News — 29 juin 2017
Nouveaux membres de l’Académie : la promotion 2017

L’actuelle présidente de l’Académie du cinéma américain, Cheryl Boone Isaacs, devra passer la main cet été à son successeur, puisque elle aura atteint le nombre maximal de quatre mandats annuels autorisés. Sa présidence se sera surtout distinguée par une ouverture sans précédent de la vénérable institution hollywoodienne, qui existe depuis 90 ans, à plus de diversité parmi ses membres. La preuve ultime en a été annoncée hier avec la liste des 774 nouveaux membres, originaires de 57 pays, qui peuvent – s’ils le souhaitent – rejoindre les près de 7000 autres membres de l’Académie. Ce nombre élevé de candidats entrants a été une fois de plus en hausse cette année, quoique moins qu’en 2016 quand il y en avait 683, c’est-à-dire deux fois plus que l’année précédente. Il s’inscrit dans la politique ambitieuse de Boone Isaacs de voir de plus en plus de femmes et de « personnes de couleur » au sein de l’Académie, leurs pourcentages passant à 28 % et à 13 % respectivement.

D’un point de vue statistique, 96 professionnels du cinéma nommés à l’Oscar pourront désormais faire partie de l’Académie, dont 24 lauréats de la statuette la plus convoitée du monde du cinéma. Sept des groupes professionnels qui forment ensemble l’institution ont fait preuve de féminisme, en invitant plus de femmes que d’hommes, dont les acteurs, les monteurs, les décorateurs et les réalisateurs de documentaires. En termes d’âge, les deux extrêmes reviennent aux actrices Elle Fanning et Betty White, qui, à 19 et à 95 ans, dépassent encore l’éventail générationnel de l’année passée, qui s’étend donc désormais sur 76 ans. Enfin, trois couples pourront se consulter en toute intimité sur leur vote pour les 90èmes Oscars, qui auront lieu le 4 mars 2018, puisque les acteurs Anna Faris & Chris Pratt et Carina Lau & Tony Leung, ainsi que la productrice Adele Romanski & le chef opérateur James Laxton ont été invités en parfaite équité matrimoniale.

L’embarras du choix

Cet accroissement sensible du nombre des nouveaux invités – pour ne pas employer le terme moins valorisant d’inflation – se fait sentir dès notre premier groupe traditionnel : les heureux élus qui ont été sollicités par deux groupes professionnels distincts et qui devront donc choisir dans quelle branche ils souhaitent voter. La plupart de ces trente gâtés, qui sont presque deux fois plus nombreux que l’année dernière, où l’on en comptait dix-huit, figurent à la fois sur la liste des réalisateurs et des scénaristes. Seulement deux d’entre eux sortent plus ou moins directement de leur sacre aux Oscars : Barry Jenkins récompensé en février dernier pour le Meilleur scénario adapté et réalisateur du Meilleur Film Moonlight et le Danois Martin Zandvliet, réalisateur des Oubliés, nommé comme Meilleur Film étranger. Un troisième a d’ores et déjà impressionné les membres de l’Académie cette année avec son film d’horreur Get out, Jordan Peele. Tous les autres viennent de pays lointains, depuis le point de vue américain, puisqu’il s’agit des champions actuels des salles arts et essai à travers la planète le Philippin Lav Diaz (Lion d’or au dernier Festival de Venise pour La Femme qui est partie), la Hongroise (Ours d’or au dernier Festival de Berlin pour Corps et âme) et l’infatigable Coréen Kim Ki-duk (Entre deux rives).

Les générations plus anciennes du cinéma international n’ont pas non plus été oubliées, puisque des auteurs reconnus tels le Brésilien Nelson Pereira Dos Santos (Qu’il était bon mon petit Français !), le Mexicain (La Montagne sacrée) et le Burkinabé Idrissa Ouedraogo (Yaaba) y figurent aussi, ainsi que les favoris du festival de Cannes, la Bosniaque Aida Begic (Premières neiges), l’Algérien Mohammed Lakhdar-Hamina (Palme d’or en 1975 pour Chronique des années de braise) et l’Iranien Mohammad Rasoulof (Prix Un certain regard cette année avec Un homme intègre). Si le public français est plutôt familier de l’œuvre de l’Israélien Eran Riklis (Les Citronniers) et du Vietnamien Tran Anh Hung (L’Odeur de la papaye verte, Caméra d’or à Cannes en 1993, César du Meilleur Premier Film et nomination à l’Oscar du Meilleur Film étranger l’année suivante), les membres de l’Académie ont choisi de se montrer généreux à l’égard de cinéastes plus confidentiels comme l’Afghan Siddiq Barmak (Osama, Golden Globe du Meilleur Film étranger en 2004), la Sénégalaise Safi Faye (Mossane), l’Indien Goutam Ghose (Dekha), la Hongroise Marta Meszaros (Ours d’Or au Festival de Berlin en 1975 pour Adoption) et le Bengali Mrinal Sen (Prix du jury au Festival de Cannes en 1983 pour Affaire classée).

Avec les félicitations du jury

Sur la liste suivante figurent les personnalités du cinéma, qui parfont leur année exceptionnelle en termes de reconnaissance de la part de l’Académie avec l’invitation solennelle de joindre le club toujours à peu près exclusif de ses membres. A commencer par quelques heureux gagnants de la dernière cérémonie des Oscars, comme le chef opérateur Linus Sandgren, le chef décorateur David Wasco et le compositeur Justin Hurwitz (La la land), le réalisateur de documentaires Ezra Edelman (O.J. Made in America), le monteur du son Sylvain Bellemare (Premier contact) et la productrice Adele Romanski (Moonlight). Se joignent à eux en tant que fraîchement nommés à l’Oscar les acteurs (Moonlight), Lucas Hedges (Manchester by the Sea), Viggo Mortensen (Captain Fantastic) et (Loving), les scénaristes Luke Davies (Lion), Theodore Melfi (Les Figures de l’ombre), Mike Mills (20th Century Women) et Taylor Sheridan (Comancheria), les réalisateurs de documentaires Gianfranco Rosi (Fuocoamare Par-delà Lampedusa) et de films d’animation Claude Barras (Ma vie de courgette), le chef opérateur James Laxton et le monteur Nat Sanders (Moonlight), ainsi que les compositeurs Mica Levi (Jackie), Lin-Manuel Miranda (Vaïana La Légende du bout du monde) et Justin Timberlake (Les Trolls).

On vous aime un peu, beaucoup, mais pas encore passionnément

La saison des prix produits chaque année aussi bon nombre d’espoirs, qui se voient à la dernière minute refuser l’accès à la prétendue aristocratie hollywoodienne à laquelle équivaut une nomination à l’Oscar. En 2017, ces candidats toujours sur les rangs, qui pourraient au moins voter pour eux-mêmes dès les nominations de l’année prochaine, se nomment entre autres Adam Driver (Silence), Joel Edgerton (Loving), Elle Fanning (20th Century Women), (Les Figures de l’ombre), Kristen Stewart (Sils Maria), Aaron Taylor-Johnson (Nocturnal animals) pour les acteurs, Garth Davis (Lion), Tom Ford (Nocturnal animals) et David Mackenzie (Comancheria) pour les réalisateurs, ainsi que le compositeur (Comancheria). Il ne nous paraît point exagéré de leur associer quatre valeurs montantes de la communauté hollywoodienne, qui feront tôt ou tard leur entrée sur la scène des Oscars : Riz Ahmed (Rogue One A Star Wars Story), Gal Gadot (Wonder woman), Domhnall Gleeson (Brooklyn) et Rami Malek (la série « Mr. Robot »).

Mieux vaut tard que jamais ou on a failli vous oublier

L’aspect le plus doux-amer de cette liste annuelle, en apparence trop inclusive, est de se rendre compte que beaucoup de vedettes établies depuis plus ou moins longtemps ne faisaient pas encore partie de l’Académie, malgré de bons et loyaux services au fil du temps. Cette fois-ci, on y trouve par exemple des nommés d’antan, apparemment ignorés à l’époque, tels que les actrices Rinko Kikuchi (Babel) et Hailee Steinfeld (True grit), le scénariste Joss Whedon (Toy story), le maquilleur Vittorio Sodano (Apocalypto et Il divo), voire le producteur du documentaire oscarisé en 2010 The Cove Fisher Stevens.

De même, l’industrie du cinéma américain s’appuie depuis trop longtemps sur la popularité de ces acteurs pour qu’on ne soit pas étonné qu’ils rejoignent l’Académie que maintenant : John Cho (Star Trek), Terry Crews (Expendables Unité spéciale), Warwick Davis (Harry Potter à l’école des sorciers), Chris Evans (Avengers), Luke Evans (La Belle et la bête), Anna Faris (Lost in translation), Lou Ferrigno (L’Incroyable Hulk), Jon Hamm (The Town), Armie Hammer (The Social network), Anne Heche (Des hommes d’influence), Chris Hemsworth (Avengers), Ciaran Hinds (Munich), Bryce Dallas Howard (La Couleur des sentiments), Dwayne Johnson (Le Roi Scorpion), (En cloque mode d’emploi), Sienna Miller (American Sniper), (Gone Baby Gone), (Vice-versa), Chris Pratt (Le Stratège), Zachary Quinto (Star Trek), Margot Robbie (Le Loup de Wall Street), Maya Rudolph (Mes meilleures amies), Amanda Seyfried (Les Misérables), Channing Tatum (Foxcatcher), Jeanne Tripplehorn (Basic instinct), Rebel Wilson (Mes meilleures amies), Mary Elizabeth Winstead (Scott Pilgrim) et Shailene Woodley (The Descendants).

Un constat qui va jusqu’à revêtir une certaine mélancolie dans le cas des vétérans américains (Jerry Maguire), Betty White (Tempête à Washington), (Jurassic Park), du hongkongais Tony Leung (The Grandmaster), de l’Italien Franco Nero (Django) et – dans une moindre mesure, parce qu’il est tout de même plus jeune – du Brésilien Rodrigo Santoro (Love actually). Les acteurs ne sont pourtant pas les seuls à devoir s’armer de patience, comme en témoignent les invitations plutôt tardives adressées aux réalisateurs David Ayer (Bad times), Derek Cianfrance (Blue Valentine), (Proof) et Guy Ritchie (Sherlock Holmes), aux scénaristes Brit Marling (Another earth) et Simon Pegg (Shaun of the Dead), ainsi qu’aux compositeurs Craig Armstrong (Moulin Rouge), Angelo Badalamenti (Blue velvet), Lisa Gerrard (Gladiator) et Jocelyne Pook (Eyes Wide Shut).

Parlez-vous Oscar ?

Et pour finir, le deuxième aspect principal de l’offensive menée sans relâche par la présidente sortante de l’Académie consiste à l’ouvrir au cinéma international. Côté français, la sélection est assez mince cette année, puisque n’y figurent que les acteurs Charlotte Gainsbourg (21 grammes) et Omar Sy (Intouchables), la réalisatrice Emmanuelle Bercot (La Tête haute) et la scénariste Céline Sciamma (Ma vie de courgette). Le cinéma européen n’est pas forcément mieux loti avec l’inclusion de l’actrice italienne Monica Bellucci (Malena), de l’acteur allemand Daniel Brühl (Inglourious basterds), du réalisateur allemand Fatih Akin (Head-on), de la réalisatrice autrichienne Jessica Hausner (Amour fou), du réalisateur portugais Pedro Costa (En avant jeunesse), de la réalisatrice géorgienne Nana Djordjadze (Les Mille et une recettes du cuisinier amoureux), de la réalisatrice grecque Athina Rachel Tsangari (Attenberg) et du producteur suisse Michel Merkt (Elle).

Ce qui laisse par conséquent la part du lion au cinéma asiatique d’un côté, avec la Chine (l’actrice Fan Bingbing / I am not Madame Bovary, la réalisatrice Ann Hui / Une vie simple et l’acteur et réalisateur Jiang Wen / Rogue One A Star Wars Story), Hong Kong (l’actrice / In the Mood for Love et le réalisateur Johnnie To / Election), l’Inde (l’actrice Aishwarya Rai / Devdas), l’Iran (l’actrice Golshifteh Farahani / Paterson et le réalisateur Bahman Ghobadi / Un temps pour l’ivresse des chevaux), le Japon (l’acteur Hiroyuki Sanada / Le Dernier samouraï et le réalisateur Takashi Miike / Audition), les Philippines (le réalisateur Brillante Mendoza / Ma’Rosa) et le cinéma latino-américain de l’autre, avec l’Argentine (le réalisateur Pablo Trapero / El clan), le Brésil (les réalisateurs Karim Aïnouz / Madame Satã, Carlos Diegues / Tieta do Brasil et Kleber Mendonça Filho / Aquarius), le Mexique (les réalisateurs Amat Escalante / La Région sauvage et Arturo Ripstein / Carmin profond) et le Venezuela (l’acteur Edgar Ramirez / La Vengeance dans la peau). Le cinéma africain est hélas comme souvent sous-représenté avec seulement les réalisateurs Nabil Ayouch (Ali Zaoua Prince de la rue) et Mohamed Diab (Clash). Enfin, l’invitation la plus improbable a été envoyée au réalisateur lituanien de films expérimentaux Jonas Mekas, âgé de bientôt 95 ans et à l’opposé exact du style de films célébrés par l’Académie américaine.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles