DVD — 19 juin 2017
Test Blu-ray : La longue nuit de l’exorcisme

La longue nuit de l’exorcisme

 
Italie : 1972
Titre original : Non si sevizia un paperino
Réalisation :
Scénario : Lucio Fulci, ,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h42
Genre : Thriller, Policier, Horreur, Giallo
Date de sortie cinéma : 22 mars 1978
Date de sortie DVD/BR : 15 juin 2017

 

 

Début des années 70, dans le sud de l’Italie, un petit village de montagne est plongé dans la terreur : de jeunes garçons se font mystérieusement assassiner et la police semble avoir du mal à identifier le meurtrier. Les pistes sont nombreuses, mais aucune ne semble réellement aboutir. La tension monte au sein de cette petite communauté et les habitants commencent à désigner des coupables. Pendant ce temps, les crimes odieux continuent…

 

 

Le film

[5/5]

Si les dérives gore et les excès en tous genre ne représentent finalement qu’une petite partie de l’imposante filmographie de Lucio Fulci, beaucoup de cinéphiles résument son œuvre au tournant qu’elle a pris en 1979 avec L’enfer des zombies, et qui se prolongerait grosso-modo jusqu’en 1982. Trois années touchées par la grâce qui permettraient à Fulci de nous livrer une série de chefs d’œuvre de l’horreur viscérale : Frayeurs en 1980, La maison près du cimetière et L’au-delà en 1981, L’éventreur de New York en 1982.

De fait, on résume souvent la carrière de Fulci à ces cinq films. C’est aller un peu vite en besogne, et oublier que le maestro est un des plus grands représentants du cinéma populaire italien, ayant œuvré dans tous les genres de l’exploitation pour le meilleur et pour le pire, slalomant de la comédie (avec Franco Franchi et Ciccio Ingrassia, surtout connus de notre côté du Piémont et du Val d’Aoste pour L’espion qui venait du surgelé) à l’horreur gothique (Beatrice Cenci) en passant, entre autres, par le polar (La guerre des gangs) ou encore le western (Le temps du massacre). A tous ces sous-genres du bis, on ajoutera naturellement l’incontournable giallo, auquel il a contribué à donner ses lettres de noblesse, avec des films aussi variés que Perversion Story (1969), Le venin de la peur (1971) ou encore La longue nuit de l’exorcisme (1972), dans lequel, bien sûr, il n’y a absolument aucun exorcisme.

Le plus dramatique dans tout ça, c’est qu’en limitant la carrière de Fulci à la période 1979-1982, on se prive des deux plus grands chefs d’œuvre du maître italien : La longue nuit de l’exorcisme donc, et L’emmurée vivante (1977) – deux films qui constituent purement et simplement l’essence de l’Art de Fulci.

 

 

Celui sur lequel on s’attardera aujourd’hui est La longue nuit de l’exorcisme. Traversant les décennies sans prendre le moindre petit « coup de vieux », Non si sevizia un paperino est non seulement un des sommets de la carrière de Fulci, mais aussi sans aucun doute un des plus grands trésors du cinéma italien des années 70. Inédit en France sur format DVD, et donc plus ou moins invisible depuis une vingtaine d’années au bas mot, le film est à première vue un giallo très classique, respectant globalement le cahier des charges du genre : meurtres à la « première personne », intrigue prenant la forme du « whodunit », résolution du mystère très didactique… Le scénario est solide, et si l’identité du tueur pourra rapidement être mise à jour par le spectateur, le plaisir est là, d’autant que le script avance par touches subtiles, imposant même des « crochets » à sa narration, pour aller visiter d’autres genres… Par exemple, la scène mettant en scène Florinda Bolkan dans le cimetière -la meilleure scène du film, et peut-être même bien la meilleure de toute l’œuvre de Fulci- prend quasiment des allures de western crépusculaire.

Mais comme dans beaucoup de films populaires italiens des années 70, le cinéaste, assisté de ses co-scénaristes Roberto Gianviti et Gianfranco Clerici, se laisse également aller à une critique assez acide de la société italienne de l’époque. Comme touché par une misanthropie galopante, Fulci tire en effet à boulets rouge sur une police / justice à deux vitesses, responsable de plusieurs mises à mort durant le film, sur l’église, qui sans rentrer dans le détail en prend pour son grade à travers le personnage de Marc Porel, sur la bourgeoisie, à travers le personnage décadent de Barbara Bouchet (junkie et sexuellement déviante), sur les journalistes ou fouille-merde professionnels, prêts à tout pour signer un scoop, même à faire obstruction au travail de la police, sur l’Italie rurale des Pouilles, avec la description de paysans cloîtrés dans des superstitions et croyances d’un autre âge, que le repli sur soi et l’extrême pauvreté poussent à délaisser leurs enfants et à se murer dans une absurde loi du silence. Ajoutez à cela une impression diffuse et malsaine de misère / frustration sexuelle aux accents de pédophilie constamment maintenue par le cinéaste et vous obtenez un giallo parmi les plus féroces, les plus sombres et désespérés des années 70.

Formellement, Lucio Fulci soigne l’atmosphère délétère de son film : prenant place dans un petit village italien éclairé de main de maître par Sergio D’Offizi (qui s’est arrangé pour rendre chacun de ses plans le plus oppressant possible : lumière écrasante en extérieurs / sombre et étouffante en intérieurs), le film s’impose rapidement grâce à une mise en scène vraiment remarquable, des compositions de plans de malades, des changements de focale inattendus ou encore des zooms / dézooms furieux… Une belle maestria technique mise au service d’un film absolument remarquable.

Et si Lucio Fulci est passé par tous les genres du cinéma d’exploitation, il en est de même pour son casting, qui impose une série de têtes très connues des amateurs de cinéma bis : on commencera bien sûr avec l’incroyable Tomas Milian, acteur aux milles visages, sorte d’équivalent 70’s du Johnny Depp actuel. Récemment disparu, Milian était un acteur des plus impressionnants, capable de tout jouer avec toujours cette même aisance « cool ». A ses côtés, on retrouvera Marc Porel, disparu en 1983 à l’âge de 34 ans : omniprésent dans les le cinéma de genre des seventies, il a notamment illuminé de sa présence un bon nombre de poliziotteschi all’italiana ou polars italiens de l’époque. On passera rapidement sur la présence d’Irene Papas et Georges Wilson au générique : si excellents soient-ils ici, ces deux acteurs habitués à un cinéma plus classique n’ont jamais particulièrement marqué le « bis » d’une pierre blanche – ils ont probablement été engagés sur La longue nuit de l’exorcisme grâce au système de co-production européenne de l’époque. Florinda Bolkan en revanche a été vue à de nombreuses reprises dans des films prisés par les amateurs de cinéma d’exploitation : outre Le venin de la peur de Fulci, on se souvient de l’avoir découverte dans le formidable Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (Elio Petri, 1970), mais aussi dans Flavia la défroquée (Gianfranco Mingozzi, 1974). Même chanson pour Barbara Bouchet, qui a joué dans tellement de séries B qu’on aurait du mal à toutes les citer ; tout juste pourra-t-on remarquer que si elle a navigué dans la plupart des genres en vogue dans les années 60/70 (giallo, comédie sexy, espionnage, polar…), elle n’a jamais tourné de péplum, au grand dam de ses admirateurs de l’époque, qui scandaient à l’entrée de tous les cinémas de quartier « Bouchet ! A l’arène ! Bouchet ! A l’arène ! ».

On terminera avec un petit mot sur la musique du film, signée Riz Ortolani : efficace et portée par la répétition d’un thème principal entêtant, elle mérite tout à fait le détour et vous restera probablement dans la tête plusieurs jours après la fin du métrage…

 

 

Le Combo Blu-ray + 2 DVD

[5/5]

Voici presque deux ans que Le chat qui fume a édité son premier Blu-ray avec Le venin de la peur (lire notre article), et en l’espace de ces quelques mois, l’éditeur s’est fait une place de tout premier ordre sur le marché de la vidéo en France. Proposant une série de films d’exploitation italiens dans des éditions s’imposant dès leurs sorties respectives comme de véritables références en terme de qualité de transfert et de suppléments, Le chat qui fume propose aujourd’hui son plus gros « coup » (et son plus gros tirage) avec La longue nuit de l’exorcisme, le film de Fulci étant très attendu par les fans du monde entier, d’autant que le master est tiré d’une restauration 2K tout simplement somptueuse.

Comme d’habitude, le film s’affiche donc dans une superbe édition Combo collector au design soigné et à la finition maniaque, prenant la forme d’un digipack trois volets contenant le Blu-ray du film ainsi que deux DVD (film + suppléments), et surmonté d’un fourreau très classe, reprenant la présentation des précédents films de la collection.

Côté image, Le chat qui fume nous propose donc une copie de toute beauté, respectueuse du grain d’origine (bien rugueux comme il faut), avec un beau piqué et des couleurs qui en envoient plein les mirettes – la restauration a fait place nette des poussières et autres points blancs, et le résultat s’avère même au-delà de nos espérances les plus folles. Côté son, VF d’époque et VO sont proposées en Dolby Digital 2.0 (mono d’origine), parfaitement clair, net et sans bavures. On notera que la VF comporte de très courts passages non doublés (souvent une phrase ou deux, proposées automatiquement en VO avec des sous-titres français), La longue nuit de l’exorcisme étant naturellement proposé en version intégrale.

Pour la plupart inédits, les suppléments proposés par Le chat qui fume en collaboration avec Freak-O-Rama contribuent à rendre cette édition « LA » référence incontournable pour tout admirateur du film de Fulci : le Combo Bu-ray + DVD de La longue nuit de l’exorcisme comporte en effet rien de moins que quatre heures de suppléments !

On y retrouvera tout d’abord les « habitués » des bonus présents sur les galettes de l’éditeur, nous proposant des mises en contexte, présentations et analyses du film d’une façon plus ou moins détendue ou protocolaire ; ainsi les personnalités de Lionel Grenier (du site luciofulci.fr), Olivier Père (directeur du cinéma d’Arte France), Jean-François Rauger (directeur de la programmation à la Cinémathèque Française) et Fathi Beddiar (passionné de bis et scénariste de Colt 45) reviendront-elles sur la réussite de La longue nuit de l’exorcisme.

 

 

On s’attardera ensuite sur les entretiens récents avec des membres du casting et de l’équipe technique du film : si l’entretien avec Barbara Bouchet pourra laisser un goût un peu amer dans la bouche de l’amateur de cinéma d’exploitation, dans la façon un peu trop détachée qu’elle a d’évoquer sa carrière et les fans de cinéma de genre, elle y évoque néanmoins une anecdote assez incroyable : sa fameuse séquence nue au début du film lui a en effet valu une accusation de corruption de mineur qui l’a forcée à se justifier devant un juge. Plus « authentique » et passionnant, l’entretien avec Florinda Bolkan permet à l’éditeur de « rattraper » l’interview qu’elle n’avait pu leur accorder au moment de la sortie en Blu-ray du Venin de la peur. Modeste et sans langue de bois, l’actrice revient donc sur sa collaboration avec Lucio Fulci sur les deux films qu’elle a tourné avec lui, et s’avère aussi authentique et passionnée qu’on pouvait l’espérer. Lucio Fulci, on l’évoquera également en long, en large et en travers dans l’entretien avec Sergio d’Offizi (directeur photo), qui revient sur sa carrière, sur Fulci et sur son boulot sur le film dans une discussion à bâtons rompus d’un peu plus de trois quarts d’heure. Pour terminer, c’est un entretien avec Bruno Micheli (monteur) qui fermera la section ; ce dernier, détendu, s’avère souvent assez drôle et s’exprime de façon très libre.

Mais ce n’est pas terminé, puisque Le chat qui fume est également allé dégotter un entretien avec Lucio Fulci (en deux parties), datant de 1988 et enregistré sur cassette audio. Le maestro y revient avec une touchante honnêteté sur l’ensemble de sa carrière, et déclare que son petit préféré au sein de sa carrière est sans doute Beatrice Cenci (1969).

On terminera le tour de cette riche interactivité avec les traditionnelles bandes-annonces des films à venir dans le catalogue du Chat qui fume : A la recherche du plaisir (Silvio Amadio, 1972), Opéra (Dario Argento, 1987), Sanctuaire (Michele Soavi, 1989) et Le retour des morts vivants (Dan’O Bannon, 1985).

Last but not least : un superbe livret de 24 pages d’affiches et photos d’exploitation de La longue nuit de l’exorcisme est offert aux acheteurs du Combo sur le site internet de l’éditeur.

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles