DVD — 28 juin 2017
Test Blu-ray : A la recherche du plaisir

 
Italie : 1972
Titre original :
Réalisation :
Scénario : Silvio Amadio
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h38
Genre : Thriller
Date de sortie DVD/BR : 15 juin 2017

 

 

Greta Franklin part en Italie suite à son embauche comme secrétaire auprès de l’écrivain Richard Stuart. Mais son but premier est de retrouver Sally, son amie, disparue alors qu’elle occupait le même poste. Eleonora, la femme de Stuart, bisexuelle, lui fait bientôt des avances, puis la drogue pour assouvir ses désirs. Lors d’une soirée, Stuart diffuse un petit film amateur dans lequel Greta reconnaît Sally. Décidée à enquêter sur ce couple sulfureux, elle ne s’aperçoit pas qu’elle tombe dans le piège qu’il lui tend. Un piège dangereux, peut-être même mortel…

 

 

Le film

[3,5/5]

Malgré un nombre avancé de théories féministes sur le sujet, qui défendent une idée selon laquelle chaque individu, quel que soit son sexe, est égal devant le spectacle cinématographique, on ne peut s’empêcher de penser que le cinéma est un Art « sexué ». Même si l’on laisse de côté l’aspect « marketing » entourant de nombreux films contemporains, avec une promotion et même une exploitation très orientée (les « soirées filles » fleurissent par exemple dans les multiplexes), la simple « perception » de l’objet filmique en tant que tel peut très largement varier en fonction du sexe du spectateur.

Jusqu’ici totalement inédit en France, plus connu de réputation sous son titre anglais Amuck (qui véhicule, pour les moins anglophones d’entre nous, une idée d’amok, de folie meurtrière), A la recherche du plaisir, réalisé par Silvio Amadio en 1972, est le parfait exemple d’un film dont la réception va, sans le moindre doute, varier du tout au tout selon qu’il soit visionné par un homme ou une femme.

Visionné par un homme, Alla ricerca del piacere sera à coup sûr considéré comme un thriller aux allures de giallo tout à fait recommandable, hyper-esthétisé et bénéficiant de cadrages et de lumières très travaillés, que cela soit dans la représentation de la ville de Venise ou la mise en place des scènes érotiques qui émaillent le métrage, baignant dans les ralentis et la musique ensorcelante de Teo Usuelli qui lui donnent des allures de rêve (ou de cauchemar) éveillé. Ce sentiment est d’ailleurs encore renforcé par les décors de vieille bâtisse bourgeoise aux multiples coins et recoins poussiéreux et remplis de toiles d’araignées, que l’on croirait sortie d’un film gothique anglais de la Hammer.

Pour votre femme en revanche, si elle consent à regarder A la recherche du plaisir avec vous, il y a de fortes chances qu’elle décrète péremptoirement en fin de métrage que le film d’Amadio n’est qu’un « porno soft » enquillant les scènes prétextes à déshabiller son casting féminin, et à les faire se papouiller entre elles. Comme quoi la femme n’a vraiment aucun sens de l’Art ! C’est vrai, quoi : pas un mot sur les qualités formelles du film, ni sur les meurtres qui s’accumulent dans le dernier tiers, ni même sur le casting, pourtant composé de Farley Granger (vu chez Visconti, Hitchcock et dans le premier Trinita), Rosalba Neri (Angélique, marquise des anges) et de Barbara Bouchet, que les amateurs de bis connaissent bien puisqu’elle a joué dans chef d’œuvre de Fulci La longue nuit de l’exorcisme que l’on évoquait la semaine dernière (lire notre article) à l’occasion de l’indispensable coffret Blu-ray / DVD disponible depuis peu chez Le chat qui fume.

 

 

Le Combo Blu-ray + DVD + CD

[5/5]

Éditeur rare et précieux sur le front de la vidéo en France, Le chat qui fume prend grand soin, depuis son premier Blu-ray sorti en France en octobre 2015 (lire notre article) de proposer de « beaux objets », propres à fasciner les collectionneurs. A ce titre, le packaging de l’édition combo Blu-ray + DVD + CD de A la recherche du plaisir représente très certainement ce qui ce fait de mieux dans l’hexagone en matière de soin éditorial apporté à un coffret. Le film est en effet présenté dans un luxueux digipack trois volets surmonté d’un fourreau, et cette édition comporte trois disques : un Blu-ray, un DVD, mais également le CD de l’entêtante bande-originale du film signée par Teo Usuelli (52 minutes). On a donc vraiment entre les mains une édition collector de grande classe, un packaging qui en impose avant même le visionnage du film. Le soin apporté à l’ensemble et la qualité des finitions en font vraiment un superbe objet, qu’on sera très fier de voir trôner sur nos étagères, aux côtés des autres éditions made in Le chat qui fume of course.

Techniquement, l’éditeur n’est pas en reste puisque le transfert Blu-ray s’avère vraiment de toute beauté, proposant un grain argentique préservé avec soin, des couleurs sublimes, mais également un piqué et des contrastes remarquables ; l’encodage ne nous réservera pas la moindre mauvaise surprise, bref, tout est fait pour magnifier le travail d’Aldo Giordani, le directeur photo du film. Côté son, la VO italienne est proposée dans un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 qui rend honneur à la douce étrangeté du métrage.

 

 

Du côté des suppléments, on trouvera l’habituelle profusion de bonus à laquelle nous a habitué l’éditeur. On commencera avec un entretien avec Rosalba Neri, qui évoque non sans une certaine émotion ses souvenirs du tournage d’A la recherche du plaisir ainsi que le côté intimidant du réalisateur ; ses propos contredisent un poil ceux tenus par sa partenaire dans l’entretien avec Barbara Bouchet (aucun lien avec Henri), dans le sens où cette dernière y décrit un cinéaste calme et d’une grande douceur. En revanche, et comme dans l’interview qu’on avait pu découvrir au sein de l’édition collector de La longue nuit de l’exorcisme, on sent tout de même une vague et diffuse condescendance de sa part envers le cinéma d’exploitation et ses admirateurs. Dans le passionnant entretien avec Stefano Amadio, on reviendra à nouveau sur la personnalité de Barbara Bouchet, qui aura profondément marqué le fils du réalisateur, alors âgé de sept ans, par sa tendance à rester nue sur le plateau devant toute l’équipe technique, même quand la caméra arrêtait de tourner. Outre cette anecdote assez croquignolesque, le fils de Silvio Amadio reviendra sur la carrière de son père, avec une humilité tout à fait plaisante.

On poursuivra ensuite avec une présentation du film par Philippe Chouvel (Psychovision), qui remet le film dans son contexte de tournage ; avec l’entretien avec Jean-François Rauger, Le chat qui fume continue sa série 3 gialli, mais le directeur de la Cinémathèque biaise un peu le concept en citant beaucoup plus de trois titres ; néanmoins, on pourra retenir qu’il s’arrête plus particulièrement sur Les Frissons de l’angoisse de Dario Argento évidemment, Six femmes pour l’assassin de Mario Bava et Les rendez-vous de Satan de Giuliano Carnimeo.

On terminera le tour de cette riche interactivité avec les traditionnelles bandes-annonces des films à venir dans le catalogue du Chat qui fume, tels que Opéra (Dario Argento, 1987) ou Sanctuaire (Michele Soavi, 1989).

Last but not least : un superbe livret de 24 pages d’affiches et photos d’exploitation de La longue nuit de l’exorcisme est offert aux acheteurs du Combo sur le site internet de l’éditeur.

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles