Test Blu-ray : L’emmurée vivante

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L’emmurée vivante

Italie : 1977
Titre original :
Réalisation :
Scénario : , ,
Acteurs : Jean Sorel, Marisa Mell, Elsa Martinelli
Éditeur :
Durée : 1h37
Genre : Thriller
Date de sortie cinéma : 4 mars 1981
Date de sortie Blu-ray : 15 avril 2021

Virginia Ducci, architecte de profession, possédant depuis l’enfance un don de clairvoyance, se voit un jour assaillie, tandis qu’elle pénètre un tunnel au volant de sa voiture, par les visions d’une femme emmurée vivante. Persuadée d’avoir eu une prémonition, elle se confie à Luca Fattori, son ami parapsychologue. Récemment mariée à Francesco Virginia et son mari Francesco, retenu en Angleterre par ses affaires, emménagent ensuite dans une vieille demeure que la jeune femme commence à rénover. En pénétrant dans l’une des pièces de la maison, elle reconnaît le décor de sa vision et entreprend de percer un mur… duquel elle exhume un squelette !

Le film

[5/5]

Enfin en Blu-ray en France

Comme chacun le sait, et comme on aime parfois à le répéter, le français n’est jamais content. Il aime à se plaindre, à tout remettre en question, dans tous les domaines, de la politique aux mœurs en passant par l’éducation et la culture – le français a un avis sur tout. Dans la section vidéo de critique-film.fr, on essaie le plus souvent de mettre en avant les difficultés rencontrées par le secteur de la vidéo physique depuis quelques années, et de saluer le travail des irréductibles artisans passionnés par le support, mais rien n’y fait.

« Et pourquoi tel film n’est pas sorti en France ? »

« Et pourquoi celui-là n’est disponible qu’en DVD alors qu’en Allemagne ils ont une édition collector de la mort qui tue ? »

« Et pourquoi vous sortez celui-là alors que tout le monde sait que son chef d’œuvre c’est celui-ci ? »

Les éditeurs ont beau se casser le fion à essayer de nous proposer de découvrir telle ou telle pépite inconnue, leur boulot finit toujours par se résumer à l’absence de Braindead en DVD et Blu-ray sur le territoire français. C’est encore pire dès que l’on s’approche un peu du cinéma de genre. Vous sortez une pépite méconnue de Tsui Hark, hé bé non, il aurait fallu sortir The blade. Vous exhumez un chef d’œuvre de derrière les fagots signé Mario Bava, ça ne va pas, parce que « moi mon préféré c’est Rabid dogs », et gna gna gna, et gna gna gna. On va vous trouvez un giallo méconnu d’Umberto Lenzi, vous chialez parce que La rançon de la peur n’est pas disponible en HD.

Dans un tel environnement, on comprend de n’avoir pas réussi à arrêter la clope. Il y a quelques mois, l’éditeur français proposait aux cinéphiles français de redécouvrir L’emmurée vivante, réalisé par en 1977. « Ha ben moi celui-là je l’aime pas trop, je préfère… » MAIS FERME TA GUEULE. Sérieux, ferme ta gueule, le français. Ferme-la à tout jamais. Ferme-la parce que L’emmurée vivante, c’est le chef d’œuvre absolu de . On peut pas faire mieux, il n’y a rien à redire. AUCUN film de Fulci n’avait plus sa place dans notre collection de Blu-ray. Alors que tu te lamentes de ne pas pouvoir revoir Conquest, on s’en balek. Ferme-la, le français. Pschht. Je ne veux plus t’entendre.

Saluons-donc plutôt ensemble le quarté dans l’ordre réalisé par depuis 2017. En effet, en l’espace de quatre ans, l’éditeur nous aura proposé avec , La longue nuit de l’exorcisme, et L’emmurée vivante la quintessence du cinéma de . Sorti fin 2020 au format Blu-ray, L’emmurée vivante fut très rapidement épuisé chez l’éditeur – trop rapidement d’ailleurs pour que nous puissions l’aborder dans nos colonnes. Mais a de la ressource, et nous en propose aujourd’hui une deuxième édition, ce qui nous permet – ENFIN – d’aborder le masterpisssss de Fulci dans nos pages.

Giallo ou pas giallo ?

L’emmurée vivante est un psycho-thriller teinté d’une délicieuse touche de fantastique. Il s’agit d’un film assez inclassable pour être honnête, mettant au centre de son intrigue, un an avant Furie et Les yeux de Laura Mars, le concept de perception extrasensorielle. Pour autant, le film de Fulci a également la particularité notable d’être quasi-unanimement considéré comme un giallo. Tout le monde semble bien déterminé à le classer dans le genre, à l’image de Jean-François Rauger, qui considère L’emmurée vivante comme le dernier des quatre gialli réalisés par , les trois premiers ayant été réalisés coup sur coup, entre 1969 et 1972. Cependant, on notera également quelques voix dissonantes, criant à qui veut les entendre que le film de Fulci n’appartient pas à cette catégorie.

Tout le monde a tort et raison dans cette histoire. Si l’on se réfère à la page de vulgarisation Wikipédia consacrée au Giallo, il s’agirait d’un « genre de film d’exploitation italien à la frontière du cinéma policier, du cinéma d’horreur et de l’érotisme (…) Les films de ce type sont caractérisés par de grandes scènes de meurtres excessivement sanglantes, un jeu de caméra très stylisé et une musique inhabituelle (…). Ces films mettent en avant la violence sadique et brutale, l’érotisme. La forme primitive de ce cinéma est l’image d’une femme, seule chez elle et qui a peur ». L’emmurée vivante ne répond qu’extrêmement partiellement à cette série de codes esthétiques. Ni sanglant, ni particulièrement violent, le film de Fulci ne proposera pas non plus le moindre soupçon d’érotisme dans son développent – au contraire des trois gialli précédents de Fulci. De plus, un des motifs les plus profondément ancrés dans l’inconscient collectif (largement façonné par le cinéma de Dario Argento) concernant le giallo est celui d’un tueur à l’arme blanche, les mains gantées de cuir, dont on ne voit pas le visage. A nouveau, L’emmurée vivante ne propose pas ce genre de scène, et ne fait preuve d’aucun fétichisme particulier vis-à-vis de la violence.

Alors, qu’est-ce qui nous permet au final de rattacher le film de Fulci à ce genre très populaire des années 70 ? Un récit fleurant bon la littérature de gare ? Check. Une héroïne apeurée ? Check. Une intrigue prenant la forme d’un whodunit ? Check… en partie du moins, [ATTENTION SPOILERS] parce que l’enquête qui se déroulera au fil du récit révélera non seulement l’identité du tueur, mais également celle de la victime [FIN DES SPOILERS].

Au final, on peut donc tout autant affirmer que L’emmurée vivante coche un certain nombre de cases lui permettant d’être considéré comme un giallo, comme on pourra également considérer qu’il n’en coche pas suffisamment pour être rattaché au genre. Histoire de ménager la chèvre et le chou, on pourrait finalement trouver un compromis, et affirmer que le film de Fulci constitue au final une parfaite « porte d’entrée » au genre pour le spectateur néophyte. On pourrait ainsi conseiller de le visionner en doublé avec Les frissons de l’angoisse, de façon à démontrer toute la richesse du genre. Cela dit, pour les cinéphiles un peu plus aguerris, L’emmurée vivante ne sera probablement pas le premier film auquel on pourrait penser si d’aventure vous avez envie de vous taper un petit giallo bien déviant en dégustant un bon Fanta. Quoi de mieux en effet que de se mater un bon vieux giallo avec un délicieux Fanta ? Sweet sweet, Fanta giallo – Ouh ouh ! Fanta giallo.

Un scénario riche et passionnant

Giallo ou pas, retour à L’emmurée vivante. Voilà un titre français pour le moins pragmatique, me direz-vous. Ce dernier s’avère certes nettement moins poétique le titre original, Sette note in nero (littéralement « Sept notes en noir »), on ne pourra pas reprocher au distributeur français de l’époque de ne pas avoir compris le film. En effet, les deux titres font référence à la même séquence, et on est loin d’un retitrage français incompréhensible tel que La longue nuit de l’exorcisme, dans lequel il n’y a ni nuit, ni exorcisme (ni longue d’ailleurs). Par ailleurs, le titre français établit en quelque sorte une filiation entre le film de Fulci et l’œuvre d’Edgar Allan Poe. On pense naturellement à des nouvelles telles que « L’inhumation prématurée » ou « La barrique d’amontillado », qui mettent en scène des enterrés vivants. Sans en révéler trop sur le film, la dernière minute de L’emmurée vivante évoquera quant à elle « Le cœur révélateur ».

Essentiellement basé sur les bribes de visions de l’héroïne (Jennifer O’Neill), qui se verront reconstituées au fil de l’intrigue, la mise en scène de joue clairement la carte de l’onirisme, de la narration fragmentée. Le scénario est un modèle de construction, et implique directement le spectateur au cœur d’un puzzle captivant, constamment sur le fil entre rationnel et irrationnel. Profondément Hitchcockienne, la mise en scène de est brillante, proposant à travers la « mémoire » visuelle de l’héroïne une réflexion sur l’image, et donc par extension sur le cinéma, le tout vu par le prisme déformant de la temporalité.

Où sommes-nous, et surtout, quand sommes-nous ? L’emmurée vivante ne cesse de balader le spectateur, de la scène d’ouverture se déroulant dans deux pays à la fois, et jusqu’au dénouement du film, auquel [ATTENTION SPOILERS] le spectateur a également assisté dès les premières minutes du métrage. [FIN DES SPOILERS] Lucio Fulci, qui maîtrise à la perfection les tenants et aboutissants de son récit, s’amuse donc à troubler la vision de son public, qui ne disposera dans un premier temps que d’éléments très fragmentaires afin de résoudre l’énigme.

Et surtout, bien conscient de la richesse de sa thématique, Fulci va jusqu’à caresser une certaine idée de « destin » ou de « déterminisme », dans le sens où l’on n’est jamais vraiment sûr du fait que l’héroïne du film n’agisse pas en fonction de ses visions, provoquant de fait ce qui se passera plus tard. Ainsi, avec sa visite au professeur Rospini (), ne provoque-t-elle pas les événements qui suivront ? Le personnage incarné par Jennifer O’Neill n’est-il pas enfermé par ses visions, emmuré dans ses propres convictions ? Sortez les copies, vous avez deux heures.

Technique et acteurs au diapason

Habile metteur en scène, profite de la confiance absolue qu’il a dans son script pour nous livrer quelques-unes des plus belles séquences jamais vues dans son cinéma. Il parvient sans en avoir l’air à faire lentement grimper le suspense, et celui-ci culminera durant la longue séquence finale, qui enchaine les rebondissements sur un rythme haletant. Sublimement photographié, L’emmurée vivante joue également sur les couleurs, et notamment sur le contraste entre le noir et un rouge vif, violent.

La superposition de ces deux couleurs ouvre la première séquence de vision de Jennifer O’Neill ; peu à peu, le rouge finira par devenir la couleur dominante du film jusqu’au final, tirant de son côté d’avantage vers l’obscurité. Un passage de l’un à l’autre qui trouve un écho dans la thématique du film, et qui paraîtrait presque logique à partir du moment où l’on prend on considération la direction vers laquelle se dirige l’héroïne, et sa destinée écrite d’avance.

Le film est par ailleurs sublimé non seulement par la musique signée Franco Bixio, Fabio Frizzi et Vince Tempera (que Tarantino reprendra dans Kill Bill), mais également par son casting, constitué d’un ensemble d’acteurs hétéroclite mais solide. Outre Jennifer O’Neil (Scanners), puissante dans le rôle de l’héroïne, on trouvera également Gianni Garko, habitué du western spaghetti, (Il était une fois dans l’Ouest) ou encore (La longue nuit de l’exorcisme).

Bref, on vous l’avait dit en préambule : L’emmurée vivante est un chef d’œuvre, le meilleur film de – un indispensable, à posséder en Haute-Définition à tout prix. Et le premier qui me dit « Ah ben moi je garde mon édition de chez Néo » je le fais fusiller devant chez Metaluna.

Le Blu-ray

[5/5]

L’emmurée vivante est sorti courant 2020 au sein d’une édition « Collector » dans la plus pure tradition des Combos Blu-ray + DVD proposés depuis quelques années par . L’édition d’origine, limitée à 1000 exemplaires, qui incluait de plus un CD audio reprenant les meilleures musiques des films de , s’est retrouvée « épuisée » en l’espace de quelques semaines seulement. Grâces soient donc rendues aujourd’hui au Chat qui fume, qui propose donc aux cinéphiles n’ayant pas été assez rapides la première fois de retrouver L’emmurée vivante dans une édition Blu-ray only.

Proposée au tarif imbattable de 20 euros, cette nouvelle édition nous propose une maquette et une composition graphique toujours signée Frédéric Domont, mais dans un boîtier plastique presque aussi classieux que l’original – une nouvelle collection qui permettra aux retardataires de compléter leur collection sans forcément passer par le marché de l’occasion, généralement très onéreux.

Côté master, nous propose un rendu HD absolument superbe. Si certains plans « de transition » (fondus enchainés, mentions écrites) dénotent d’une légère baisse de définition, le reste du métrage affiche une belle pêche, avec un grain cinéma conservé et une définition et un piqué accrus. Comme à son habitude, l’éditeur a opté pour un encodage en 1080p respectant le défilement cinéma, et on l’en félicite chaleureusement. Niveau son, la version française d’origine côtoie donc la V.O italienne ainsi que la version anglaise ; toutes trois sont proposées en DTS-HD Master Audio 2.0. Dans tous les cas, les dialogues sont clairs, et la musique bien mise en valeur – à chacun de choisir vers quelle piste ira sa préférence, en fonction de la langue dans laquelle il a découvert le film à l’origine. Une piste musicale isolée (musique et bruitages) est également disponible.

Rayon suppléments, nous livre comme d’habitude un travail éditorial tout simplement remarquable. On commencera donc avec une présentation du film par Jean-François Rauger (28 minutes), qui permettra au directeur de la programmation de la Cinémathèque Française de revenir sur ce quatrième giallo de , qu’il décrit comme une œuvre si personnelle qu’elle était la préférée de . Il évoquera pêle-mêle les références à Edgar Allan Poe, la récurrence du motif de la spirale (évoquant forcément le destin), ou plus largement la construction de l’intrigue. Intéressant. On continuera ensuite avec un entretien avec , co-scénariste du film (27 minutes). Il reviendra sur l’adaptation du roman d’origine, qui finalement donné naissance sur la création d’un scénario original, évoquera son travail d’écriture ainsi que la genèse du film, ancrée dans l’Italie des années de plomb. Plus étonnant, il évoquera également un remake avorté de L’emmurée vivante par Quentin Tarantino.

Le reste des suppléments sera placé sous le signe de la musique. On commencera avec un entretien avec le compositeur Fabio Frizzi (25 minutes), qui évoquera son parcours avant d’embrayer sur la rencontre avec et le travail à ses côtés, avec un focus tout particulier sur L’emmurée vivante. Par ses propos et ses anecdotes, il dresse le portrait tendre et ému d’un cinéaste cultivé, très porté sur la musique, mais pas toujours forcément aimable avec ses collaborateurs. On terminera enfin avec un l’interprétation par Fabio Frizzi et ses musiciens de quelques extraits des morceaux les plus populaires du film : 7 minutes de bonheur musical ! Une édition à retrouver au plus vite sur le site de l’éditeur !

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