Histoires parallèles

France, Belgique, Italie, Arabie Saoudite, 2026
Titre original : –
Réalisateur : Asghar Farhadi
Scénario : Asghar Farhadi, Saeed Farhadi et Massoumeh Lahidji, d’après un scénario de Krzysztof Kieslowski et Krzysztof Piesiewicz
Acteurs : Isabelle Huppert, Virginie Efira, Vincent Cassel et Pierre Niney
Distributeur : Memento
Genre : Drame
Durée : 2h21
Date de sortie : 14 mai 2026
2,5/5
Autofiction et Histoires parallèles : même combat ? Oui et non, même si les errances filmiques entre la réalité et la fiction de Pedro Almodóvar et de Asghar Farhadi n’ont visiblement pas trouvé les faveurs du jury sous la présidence de Park Chan-wook dans la course à la Palme d’or qui les opposait très récemment.
Dans les deux films, il est question d’écriture et de l’influence de celle-ci sur le monde réel qui entoure les auteurs respectifs en manque d’inspiration. Et chaque fois, cette confusion entre l’imagination et le quotidien le plus banal met beaucoup trop longtemps avant que ses fruits cinématographiques ne viennent rassasier notre appétit de spectateur de plus en plus blasé par tant de détours alambiqués. Or, le deuxième long-métrage francophone que le réalisateur iranien tourne hors de son pays d’origine, après Le Passé en 2013, est tout de même un cran en dessous du nombrilisme créateur d’une grande cohérence stylistique chez son confrère espagnol.
En effet, la première heure du dixième film de Asghar Farhadi est presque pénible. Elle est en tout cas bien trop quelconque pour nous inciter à nous intéresser réellement au sort de ses personnages à moitié imaginaires. Jusqu’à ce qu’un lien concret s’établisse entre ces deux appartements du côté des grands boulevards parisiens, les enjeux dramatiques y sont des plus ténus. Face aux délires romantiques sans queue ni tête dignes d’un mauvais roman de gare que l’écrivaine en fin de parcours couche sur le papier sans trop de conviction, il n’y a aucun contrepoids susceptible de conférer un minimum d’aplomb moral à son microcosme personnel. Ce qui est un comble, quand on sait que le réalisateur polonais Krzysztof Kieslowski, sur le scénario duquel cette histoire est basée, était jadis en mesure de marquer le coup éthique à travers ses Décalogues en à peine une heure par commandement !
Dès lors, le revirement tardif vers une thématique sexiste hélas plus que jamais d’actualité, qui va de pair avec une plus grande place accordée au personnage d’homme à tout faire auquel Adam Bessa confère une belle ambiguïté, s’efforce à sauver le récit, mais n’y parvient que très partiellement.

France 3 Cinéma / Memento Distribution Tous droits réservés
Synopsis : Pour son nouveau roman, Sylvie prend comme point de départ les choses qu’elle observe dans l’appartement d’en face, où une femme et deux hommes travaillent sur le bruitage de films. Elle leur invente un triangle amoureux qui ira jusqu’au drame de jalousie, tout en se remémorant sa propre enfance qu’elle avait passée dans cet appartement là, en face du sien. Puisque sa nièce Laurence s’inquiète de son laisser-aller qui risque de retarder son déménagement prochain, elle engage Adam, un chômeur précaire qui lui était venu en aide dans le métro. À la lecture du manuscrit de Sylvie, qu’elle décide finalement de jeter, Adam prend l’initiative d’entrer en contact avec les trois voisins d’en face, qui ne se doutaient jusque là de rien et dont la vie sentimentale est bien différente de ce que la fiction avait pu imaginer.

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Hommes forts et femmes glacées
Pour un réalisateur ayant été un magnifique chroniqueur de la condition sociale dans son pays d’origine, principalement dans son chef-d’œuvre Une séparation mais aussi ailleurs, Asghar Farhadi reste curieusement à l’écart de cette même réalité cruelle en France. Le ton longtemps feutré d’Histoires parallèles, ainsi que ses personnages volontairement privés d’un lien trop pragmatique avec la réalité engoncent la narration dans le genre d’étude de mœurs dépourvue d’une emprise palpable sur la vie, la vraie. Seul Adam fait office de trublion venu de l’extérieur, quoique sans que sa présence ne change quoique ce soit au statu quo pendant la première moitié du film. Au cours de cette heure initiale, le mode opératoire assez douteux consiste en une Isabelle Huppert tristement fade, qui ressasse mollement le psychodrame érotique qu’elle a imaginé – par ennui ou par envie de revanche sur son passé familial – pour ses voisins complètement ignorants de cette surveillance malsaine.
Rien ne vient déranger cette prémisse peu engageante, ni l’arrivée d’un deuxième regard dans cet appartement en piteux état, ni l’apparition éclair de Catherine Deneuve, cantonnée à une brève séquence où son éditrice fait comprendre à Sylvie que son heure de gloire est désormais passée. Alors qu’il y aurait quand même énormément de choses à dire ou au moins à suggérer sur le voyeurisme éhonté du personnage principal, tout comme sur son obsession à mélanger son propre passé, des bribes du présent et son imagination débordante.
Hélas, à l’image du duo mal assorti entre la vieille intellectuelle acariâtre et le jeune marginal fourbe, nous traversons cette longue introduction du récit dans un état d’indifférence totale. Notre flegme n’est guère combattu par la romance fictive entre Anna, Nicolas et Théo, les doubles nullement plus cocasses que leurs pendants réels auxquels Virginie Efira, Vincent Cassel et Pierre Niney prêtent une lourdeur des plus artificielles.
Non, le seul et unique point positif de cette première heure décevante, c’est qu’elle nous en apprend un peu plus sur le métier passionnant de bruiteur, d’une manière malheureusement plutôt superficielle. Plus tard, à la lecture du journal d’Anna, cette vocation pour les bruits en apparence anodins trouve enfin une expression cinématographique saisissante, alors que c’est quand même une drôle d’activité à exercer au cœur de l’un des quartiers les plus animés de la capitale …

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Le pouvoir prémonitoire du cinéma
Le grand basculement vers un film à la hauteur des talents remarquables qui y ont contribué, y compris Zbigniew Preisner le compositeur attitré de Kieslowski, se fait toujours attendre, une fois qu’Adam a osé briser la barrière invisible entre appartements, faite de honte et peut-être aussi du refus de confronter la fiction romanesque à la banalité de la réalité. La dynamique scénaristique devient progressivement moins laborieuse, malgré cet effet sans doute recherché de déjà-vu et de répétition qui nous paraissait géré avec plus d’adresse et de malice dans Autofiction.
Dans le cas présent, il se résume à un changement de registre bluffant d’Efira, Cassel et Niney, soudainement plus proche de l’image publique que ces comédiens véhiculent dans la plupart de leurs films respectifs. À l’exception de Nicolas devenu Pierre, autrefois un séducteur et mari infidèle qui est devenu une loque humaine, au propre comme au figuré, puisqu’il souffre de terribles maux de dos. Sauf que cette incapacité physique demeure au stade de l’anecdote, à l’instar de la surdité partielle de Sylvie, jamais exploitée à bon escient.
Au bout de près de deux heures de film, le choc retentissant entre ce que l’autrice avait imaginé depuis le confort préservé de son foyer et des sentiments plus crus survient. Si l’on vivait à une autre époque, ne serait-ce qu’aux débuts de l’œuvre cinématographique de Asghar Farhadi dans les années 2000, ses retombées auraient probablement été traitées avec moins d’égards pour la victime. Dommage que toute la vérité brute et déplaisante qui éclate alors au grand jour, dans un moment magistralement révélateur où les masques des rapports sociaux hypocrites sont arrachés sans ménagement, ne tient pas sur la durée, jusqu’à une conclusion finalement aussi mi-figue, mi-raisin qu’Histoires parallèles dans son ensemble !

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Conclusion
La parenté thématique entre ce film-ci et le nouvel Almodóvar nous avait sauté aux yeux dès la découverte de leurs bandes-annonces. Même si tout paraît d’ores et déjà avoir été dit sur le sujet essentiel de la création à cheval entre l’être et le paraître, on espérait trouver ces deux cinéastes de renommée internationale au meilleur de leur forme afin de nous donner leur point de vue singulier sur la question. À notre grand regret, il n’en a été rien, surtout du côté d’Histoires parallèles qui gâche sans compter ses quelques bonnes idées de départ.
Ne reste dès lors que l’interprétation joliment imprévisible d’Adam Bessa, ainsi qu’un exemple supplémentaire et oh si nécessaire sur l’évolution de la représentation du rapport de force entre les sexes, qui a tout l’air de faire fi de la figure abjecte de la femme souffrant en silence, alors que son agresseur continue de vivre tranquillement et sans remords.















