DVD — 19 septembre 2015
Test Blu-ray : Le venin de la peur


Italie, Espagne, France : 1971
Titre original :
Réalisateur :
Scénario : Lucio Fulci, Roberto Gianviti
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h42
Genre : Thriller, Horreur, Erotique
Date de sortie cinéma : 21 juillet 1976
Date de sortie DVD/BR : 20 octobre 2015

 

Carol Hammond, fille d’un célèbre avocat, est la victime d’hallucinations étranges où elle imagine des orgies sexuelles sous LSD organisées par sa voisine, la belle Julia Durer, une actrice à la vie sulfureuse et débridée. A la mort de cette dernière dans des conditions mystérieuses, Carole voit son monde s’écrouler et les mains de la police se refermer sur elle. Arrivera-t-elle à contenir sa folie et ses désirs sexuels insatisfaits ?

 


 

Le film

[4/5]

Voici donc enfin Le venin de la peur, premier film de Lucio Fulci à paraître sur support Blu-ray en France ; le deuxième effet Kiss Kool étant que le film était inédit depuis la glorieuse époque de la VHS, au même titre que d’autres films de Fulci tels que les très bons Perversion Story (1969) ou La longue nuit de l’exorcisme (1972), ou que les très mauvais Soupçons de mort ou Les fantômes de Sodome, tous deux tournés en 1988. C’est donc au Chat qui fume que l’on doit la bonne nouvelle de la sortie sur support Blu-ray du Venin de la peur, culte et depuis longtemps invisible dans l’hexagone.

Le venin de la peur est un giallo très classique, répondant en tous points au cahier des charges du genre. Tout d’abord, co-production européenne oblige, nous aurons droit à l’inévitable casting international propre au bis de l’époque, et au cœur duquel on trouve forcément à boire et à manger, du français Jean Sorel au britannique Stanley Baker en passant, rayon filles, par la brésilienne Florinda Bolkan et la suédoise … Le deuxième élément typique du giallo, qu’on retrouve également dans beaucoup de poliziotteschi all’italiana des années 70, c’est la critique mordante et non voilée de la bourgeoisie italienne. Période post-68 oblige, le « fric » devient souvent synonyme d’impunité et même de déviances diverses (la drogue menant forcément aux déviances sexuelles et/ou à la prostitution, puis au meurtre) – les valeurs bourgeoises en prennent donc pour leur grade dans un esprit frondeur et anar qui tient probablement également d’un certain opportunisme de la part de Lucio Fulci, qui se régale visiblement à nous livrer un film lancinant, érotique, visuellement sublime et volontiers psychédélique. Dans le déroulement de son intrigue, et outre ses débordements de luxure donc, Le venin de la peur tient en revanche du whodunit tout ce qu’il y a de plus classique, maitrisé mais un poil mécanique, avec le recours habituel à une psychologie / psychanalyse de bazar pour expliquer tel ou tel comportement.

Avec l’aide de la photo magnifique signée Luigi Kuveiller (Les frissons de l’angoisse) et le score angoissant d’Ennio Morricone (la musique de la pub Royal Canin), le maestro Lucio Fulci parvient à créer un climat angoissant et trouble, qui rappelle souvent, sans forcément l’égaler, son chef d’œuvre L’emmurée vivante tourné en 1977. Sa mise en scène s’avère souvent élégante, avec par exemple une intéressante utilisation du split-screen héritée de L’étrangleur de Boston (Richard Fleischer, 1968) et L’affaire Thomas Crown (Norman Jewison, 1968), par moments plutôt audacieuse (on nage en pleine ambiance onirique), même s’il se laisse aller à certaines facilités formelles, telles que les usages de zooms/dézooms du plus laid effet, mais que l’on retrouvera régulièrement dans le cinéma fantastique, jusqu’au cœur du Shining de Kubrick.

On vous invite également à lire la critique de notre rédacteur en chef Pascal Le Duff, qui avait pu voir le film l’année dernière lors de sa programmation à la Cinémathèque.

 

 

Le Blu-ray

[5/5]

Le venin de la peur arrive donc au mois d’octobre dans les bacs ; il s’agit d’une édition Combo Blu-ray + DVD + CD, comprenant un Blu-ray non zoné et disposant de sous-titres anglais (je dis ça pour nos lecteurs anglais, et qui ont d’ailleurs bien du mérite à nous lire sans comprendre un traitre mot de ce que je baragouine) ; le master utilisé par Le chat qui fume vient de StudioCanal – pour les curieux, les américains de chez Mondo Macabro disposent exactement de la même source. Et autant le dire tout de suite, le rendu HD du film est tout simplement excellent. L’image est propre et stable, le grain argentique a été soigneusement préservé ; le piqué est précis, les couleurs équilibrées, avec des teintes naturelles, des rouges qui tranchent carrément dans le vif et des noirs profonds sans être bouchés. L’encodage est sans souci, les gros plans sont vraiment de toute beauté, et on ne trouvera aucune trace visible d’un passage de l’image au DNR ou réducteur de bruit.

Du côté des pistes audio, l’éditeur nous propose trois mixages en DTS-HD Master Audio 2.0, et laissera le choix aux cinéphiles avec trois pistes sonores de bonne qualité ; les dialogues sont mixés plus bas sur la version anglaise, et sans doute un poil trop haut sur la version française ; les amateurs de versions françaises d’époque apprécieront le fait de retrouver le doublage d’origine du film, un brin suranné et souvent amusant ; il participe clairement au charme du visionnage pour qui a découvert le film il y a trente ans en VHS, même si par certains aspects il dénature également l’œuvre de Fulci (avec notamment l’utilisation de musiques sur certaines séquences qui s’avèrent absentes des deux autres mixages).

Sachant peut-être qu’il serait attendu au tournant par les « grands » éditeurs de bisseries de par le monde (Arrow, Mondo Macabro et dans une très moindre mesure Blue Underground), Le chat qui fume a décidé de frapper très fort avec une c’est également avec une section suppléments affichant clairement une richesse incroyable : plus de trois heures de bonus en tout !

Dans la section Le venin de Fulci, on trouvera tout d’abord un entretien avec Anita Strindberg, qui s’exprime dans un français parfait et revient sur sa carrière, ainsi que sur Le venin de la peur et sa relation avec Fulci. Ensuite, un entretien avec Jean Sorel revient de la même façon sur le personnage de Lucio Fulci et ses méthodes de travail sur le plateau.

La section Le venin de la peur : analyses du film nous propose une série d’analyses du film, en HD s’il vous plait, par diverses personnalités gravitant de près ou de loin autour de l’univers Fulci. On aura donc droit aux interventions de , du site luciofulci.fr (21 minutes, sous-titres anglais disponibles), d’, journaliste sur Arte, de Christophe Gans, qui nous explique notamment comment le travail de Fulci a influencé sa mise en scène sur Silent Hill, d’, créateur et rédac’ chef de L’écran fantastique, la palme de la meilleure intervention sur cette galette allant presque naturellement au toujours passionnant de la Cinémathèque Française, qui y va de ses souvenirs de façon pertinente et souvent drôle.

Dans le docu-carrière Les vies de Lucio Fulci, on retrouvera à nouveau Lionel Grenier, qui reviendra sur la la carrière de touche-à-tout du réalisateur de L’enfer des Zombies, avant de se replonger dans Le venin de la peur à travers Les venins des censeurs, où il évoque la censure sur les films de Fulci. Le module intitulé Les versions du venin revient sur les différents montages du film, le plus court étant, curieusement, celui distribué en France, les montages italiens et américains contenant respectivement moins de nudité et un peu moins de dialogue. Le montage proposé sur le Blu-ray est celui en provenance des États-Unis, une scène supplémentaire de dialogue, absente du montage US, se trouve d’ailleurs offerte en supplément, en SD et VOST. avec également une galerie photos ainsi que près de 5mn reprenant des génériques de début/fin des versions américaines et italiennes. Une série de génériques alternatifs, ainsi que les traditionnelles bandes-annonces et galerie photos complètent presque le tour du propriétaire.

Presque seulement, parce que l’éditeur a décidé de nous faire également le cadeau du Venin de la peur en mode VHS : comme son nom l’indique, il s’agit d’un transfert de la VHS éditée par Hollywood Vidéo, en version française naturellement, témoignant du bond qualitatif incroyable que nous offre la présente édition.

N’oublions pas non plus de spécifier que le film est également disponible en DVD au sein de ce coffret (avec le défilement PAL à 25 images / secondes), et allégé d’une partie des suppléments, de même que le CD de la musique du film composée par Ennio Morricone, comprenant 19 titres pour environ 75 minutes de plaisir.

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles