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Test DVD : Gérald le Conquérant

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Gérald le Conquérant

France : 2025
Titre original : –
Réalisation : Fabrice Éboué
Scénario : Fabrice Éboué, Thomas Gaudin
Acteurs : Fabrice Éboué, Logan Lefebvre, Alexandra Roth
Éditeur : Wild Side Vidéo
Durée : 1h23
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 3 décembre 2025
Date de sortie DVD : 10 avril 2026

Il s’appelle Gérald. Son objectif : redorer le blason de sa région de cœur, la Normandie. Sa méthode : bâtir le plus grand parc d’attractions du pays, à la gloire de Guillaume le conquérant. Et pour y parvenir, il est prêt à aller loin, très loin… Retenez bien ce prénom, car il va marquer l’Histoire !

Le film

[4/5]

De tous les humoristes ayant émergé de l’éphémère expérience du « Jamel Comedy Club », Fabrice Éboué est sans doute celui qui aura le plus marqué le public français : après deux ans passés à la TV aux côtés de Marc-Olivier Fogiel dans un rôle de « sniper » à la Laurent Baffie, il coréalise deux films avec son complice Lionel Steketee, tous deux co-écrits avec Thomas N’Gijol : Case départ et Le crocodile du Botswanga cumulent à eux deux presque trois millions d’entrées dans les salles en France. En 2017, son premier film écrit et réalisé en solo, Coexister, n’attire plus que 650.000 spectateurs dans les salles obscures. Le sort réservé par le public français en 2021 à son deuxième film solo est encore plus cruel : Barbaque n’enregistre en effet que 240.000 entrées en sept semaines d’exploitation.

Fin 2025, la série noire continue pour Fabrice Éboué : son troisième film écrit et réalisé en solo, Gérald le Conquérant, ne réussit même pas à rameuter 80.000 spectateurs. Une véritable catastrophe pour une comédie aussi affûtée, mais la sortie du film aux alentours des fêtes de Noël, le manque de promo et l’affiche résolument cheap sont autant d’éléments qui nous permettent de nous demander si le film n’aurait pas été volontairement saboté par son distributeur. Pour l’heure, on est malheureusement en présence d’un film qui coche toutes les cases du plaisir populaire, mais qui se retrouve à jouer les fantômes dans un marché saturé de blockbusters et de trends TikTok.

Conçu comme un faux documentaire, Gérald le Conquérant s’inscrit dans une filiation limpide avec l’émission Strip-Tease, et par ricochet avec Cest arrivé près de chez vous, dont il reprend la manière d’observer les gens comme des volcans endormis, prêts à exploser pour une broutille administrative. Cette parenté donne au film de Fabrice Éboué une texture documentaire délicieusement bancale, où chaque plan semble respirer la vérité d’un terrain encore humide de vécu. Ce qui frappe avec ce film, c’est la façon dont l’humour, irrésistible, finit par se décaler vers une certaine noirceur, comme un tapis roulant qui accélère sans prévenir. On rit, on rit encore, puis soudain un malaise s’installe, discret mais persistant, rappelant à nouveau la bascule brutale de Cest arrivé près de chez vous.

Gérald le Conquérant joue avec cette frontière poreuse entre le rire franc et l’inconfort, et c’est précisément là que le film trouve sa singularité. Les personnages du film — Gérald, Albéric, Madeleine, Tata et les autres — sont tous attachants, même lorsqu’ils s’enfoncent dans des décisions absurdes. Leur humanité transpire dans chaque hésitation, chaque regard perdu vers la caméra, chaque phrase qui dérape un peu. Cette galerie de Normands obstinés donne à Gérald le Conquérant une chaleur inattendue, presque poétique, comme si la folie douce de Gérald contaminait tout ce qu’elle touche.

Les thématiques de Gérald le Conquérant s’entrelacent avec ses choix formels : la quête de grandeur, le besoin de reconnaissance, la tentation de réécrire l’Histoire pour se sentir exister. Le faux documentaire permet de jouer sur plusieurs niveaux : la caméra devient témoin, complice, parfois juge silencieux. Les cadres légèrement tremblés, les zooms hésitants, les silences embarrassés composent un langage visuel qui prolonge les obsessions du film, à savoir ce goût pour les utopies bricolées et les communautés en roue libre. Dans sa manière de regarder ses personnages sans jamais les écraser sous le sarcasme, le film semble dire : « Oui, ils sont fous, mais qui ne l’est pas un peu quand il rêve trop fort ? » Parallèlement, la réussite de Gérald le Conquérant doit beaucoup à ses interprètes, tous remarquables dans leur capacité à jouer la sincérité au milieu du chaos. Fabrice Éboué, en Gérald, trouve un équilibre rare entre naïveté et obstination, tandis que Logan Lefebvre et Alexandra Roth donnent à Albéric et Madeleine une profondeur inattendue.

Gérald le Conquérant aurait mérité une carrière en salles bien plus large, mais son destin discret ne fait que renforcer son charme : celui d’un film qui avance masqué, comme un chevalier normand qui aurait oublié son armure mais pas son panache. Gérald le Conquérant restera sans doute comme l’une des comédies les plus singulières de son époque, un petit trésor que les spectateurs découvriront tard, mais avec un sourire qui mettra du temps à s’effacer. Ainsi, comme d’autres comédies françaises méconnues s’étant lourdé dans les salles obscures (Les Parasites, La Clinique de l’Amour, Problemos, Les Méchants…), et à la façon de tous les films précédents de Fabrice Éboué, Gérald le Conquérant risque bien de devenir, au fil des années, un véritable film culte. Il n’y aurait rien d’étonnant par exemple à trouver, dans les années à venir, des fans du film en train de crier « Guillaume ! Au secours ! » devant la statue de Guillaume le Conquérant, située à Falaise dans le Calvados.

Le DVD

[4/5]

Le DVD Wild Side de Gérald le Conquérant nous arrive dans une édition aussi modeste que la sortie du film dans les salles. Si l’absence de Blu-ray laisse forcément un petit goût d’inachevé en 2026, l’image du DVD s’en sort honorablement, avec un rendu propre, des couleurs fidèles et un grain respecté, même si la définition accuse parfois les limites du support, notamment dans les scènes nocturnes ou les plans larges tournés en Normandie. Côté son, le mixage Dolby Digital 5.1 surprend agréablement : les ambiances rurales, les discussions captées sur le vif, les bruits de pas dans la ferme pédagogique… tout trouve sa place dans un espace sonore cohérent. Les dialogues de Gérald le Conquérant restent clairs, même lorsque les personnages s’emportent ou se coupent la parole, et la spatialisation, sans être spectaculaire, accompagne parfaitement l’esthétique du faux documentaire. On aurait aimé une édition Haute-Définition pour profiter pleinement du travail de Vincent Richard « Marquis », mais ce DVD de Gérald le Conquérant fait le job avec sérieux.

Les suppléments du DVD de Gérald le Conquérant se résument à une simple bande-annonce, ce qui peut sembler chiche pour un film qui aurait mérité un making of, des entretiens, voire un module sur l’inévitable filiation avec Strip-Tease. Pourtant, cette sobriété involontaire raconte quelque chose : on est en présence d’un film qui avance sans artifices, sans packaging tapageur, presque en contrebande. La bande-annonce permet au moins de mesurer la cohérence du projet, son humour décalé, sa manière de jouer avec les codes du documentaire. On aurait rêvé d’un supplément consacré aux acteurs, tant leur travail sur Gérald le Conquérant méritait d’être mis en lumière, mais cette édition minimaliste a finalement un charme étrange, comme si le film refusait d’être enfermé dans un écrin trop brillant.

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