Critique : Bébé tigre

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Derrière les chiffres froids et impersonnels de l’immigration se cachent souvent des destins personnels bouleversants. Il appartient alors au cinéma de fiction d’en témoigner, de préférence sans misérabilisme, ni chantage émotionnel. Pari réussi pour cette histoire au fond plutôt banale, qui sait néanmoins convaincre par son optimisme mesuré. La face angélique de l’acteur principal, amplement mise en valeur sur l’affiche de Bébé tigre et dans le film lui-même, y est un leurre astucieux pour nous rendre plus accessible le parcours d’un jeune homme, en plusieurs points emblématique de la forme actuelle de l’immigration pour raisons économiques.

Critique : Les Nuits d’été

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Si être homosexuel n’a jamais été facile, en dépit d’une récente poussée de tolérance dans certains pays occidentaux, obtenue au bout de longues années de lutte, être un travesti signifie de faire partie d’une minorité au sein d’une autre minorité, tout en étant la cible de railleries de tous bords. Cette envie de faire siens les attributs extérieurs féminins tout en restant un homme renvoie à une iconographie du mépris et de l’exclusion, dont la figure de proue cinématographique reste hélas jusqu’à ce jour La Cage aux folles. Le premier film de Mario Fanfani a le bon goût de ne pas du tout s’engager sur cette voie d’une discrimination plus ou moins larvée. Il va même plus loin en esquissant délicatement une sorte d’état des lieux et des mœurs dans la France profonde de la fin des années ’50, où la guerre d’Algérie préoccupait l’opinion publique au point de mal la préparer au choc moral de ’68.

Critique : Les Héritiers

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Les Américains adorent les contes édifiants, dans lesquels des femmes d’exception, interprétées par Michelle Pfeiffer, Meryl Streep ou Hilary Swank, sauvent des classes entières d’adolescents de la délinquance et de l’exclusion, grâce à leurs méthodes d’enseignement ludiques. En France, le cinéma est généralement plus attaché à une vision réaliste des choses, ce qui n’empêche pas une certaine poésie filmique d’accompagner ces sursauts d’humanité, comme dans Entre les murs de Laurent Cantet. Cependant, la tentation de céder au chantage sentimental s’avère parfois trop grande pour y résister. C’est ainsi que des films comme Les Héritiers voient le jour. D’un point de vue moral, nous souscrivons d’office à ces leçons de tolérance et de respect, qui ont par contre le plus grand mal à rester exemptes d’un manichéisme sommaire.

Critique : Félix et Meira

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Face au très médiatisé Mommy de Xavier Dolan figure un autre film canadien, au sujet plus social mais au traitement intimiste, le Félix et Meira de Maxime Giroux. Récompensé par le prix du meilleur film canadien au Festival International du Film de Toronto en 2014, tourné à Montréal après un important travail de documentation, le film ose mettre en scène l'improbable relation que noue une femme juive hassidique avec un Québécois francophone et sans confession.

Critique : Alda et Maria

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L’époque n’est pas la nôtre, ni le pays, le Portugal, qui a perdu beaucoup de son attrait pour les immigrés ces trente dernières années. Mais sinon, le drame évoqué dans ce premier film est représentatif de la misère qui rattrape – tôt ou tard – quiconque s’aventure hâtivement dans un exil subi. Le sort des deux adolescentes au cœur de Alda et Maria bascule ainsi brutalement dans la précarité, dès qu’elles doivent quitter leur foyer provisoire. L’odyssée qui s’ensuit s’abstient d’événements trop glauques, qui nourriraient un désespoir sans fond. Elle exprime par contre en toute simplicité une tristesse et une nostalgie, qui finissent par paralyser tous les réfugiés à un moment donné de leur exode.

Critique : Le Cri du sorcier

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e Shout / Cri du sorcier n’est pas l’oeuvre de Skolimowski qui a le mieux résisté au temps mais reste à découvrir, pour sa capacité à transcender la campagne anglaise, pour ses comédiens dont la regrettée Susannah York, belle et fascinante ou Alan Bates, aussi terrifiant qu’envoûtant et pour l’audace formelle d’un des plus grands cinéastes de sa génération.

Critique : Loin des hommes

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Aride comme les hauts plateaux de l’Atlas, pudique comme la philosophie humaniste d’Albert Camus, cette adaptation libre de l’une de ses nouvelles a surtout donné un très beau film. Avec une intensité sourde, David Oelhoffen n’y évoque point un choc des cultures, mais plutôt une bataille subtile pour un peu de compréhension et de solidarité, pendant que l’équilibre social et historique se détraque irrémédiablement. Si l’on veut considérer Loin des hommes comme un western – une référence pleinement assumée par son réalisateur –, ce serait alors un western algérien aux multiples facettes. Car sa principale qualité est une redistribution cyclique des cartes à une vitesse impressionnante, un changement de donne permanent auquel les deux personnages, interprétés magistralement par Viggo Mortensen et Reda Kateb, s’adaptent aussi bien qu’ils le peuvent.

Critique : Quelques jours de la vie d’Oblomov

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Aussi marqué soit-il par des caractéristiques typiquement russes, comme le séjour estival à la datcha ou un état d’esprit fortement fataliste, ce film de Nikita Mikhalkov subjugue par sa capacité de transcender ce cadre presque folklorique, au profit de quelques vérités universelles. C’est une remarquable épopée intimiste sur un perdant, un exercice d’autant plus compliqué à accomplir que le piège de l’attendrissement ou du cynisme guette à chaque instant.

Critique : Nymphomaniac – Volume 2

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La folle et poétique histoire du parcours érotique d'une femme, de sa naissance jusqu'à l'âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s'est auto-diagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l'avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.

Critique : Des filles en noir

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Ce drame glaçant écrit et réalisé par Jean-Paul Civeyrac est l'un des films les plus accessibles de sa déjà riche filmographie, plus direct dans son émotion, moins intellectuel, porté brillamment par les jeunes comédiennes Elise Lhomeau et Léa Tissier.

Critique : The Riot Club

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Pour son troisième long-métrage au sein de la jeunesse anglaise privilégiée après Un jour (avec Anne Hathaway) et Une Education (avec Carey Mulligan), la réalisatrice danoise Lone Scherfig choisit d'en révéler les aspects les moins nobles à travers ce groupe fictif inspiré de cercles secrets qui oeuvrent dans les grandes universités.

Critique : A Most Violent Year

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Après Margin Call, un drame bavard à Wall Street et son opposé absolu le silencieux All is lost avec Robert Redford perdu seul en mer, le cinéaste J.C.Chandor s'impose avec ce qui apparaît comme un croisement de ces deux approches cinématographiques comme l'un des auteurs les plus importants du cinéma américain contemporain avec ce film noir à la violence feutrée.

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Test Blu-ray : Shelter

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Qu’on se le dise : Shelter n’est pas un nouveau festival de bourrinage non-stop à mettre à l’actif de Jason Statham. En effet, le réalisateur Ric Roman Waugh y avance d’abord à pas feutrés, comme s’il voulait rappeler au public que Jason Statham n’est pas un simple distributeur automatique de mandales, mais aussi un type capable de tenir un plan fixe sans cligner des yeux.

Critique : The Christophers

Quand on va voir un film de Steven Soderbergh, on ne sait jamais trop à quoi s’attendre. Certes, depuis ses débuts de réalisateur il y a bientôt quarante ans, deux tendances principales se sont dégagées dans son travail, avec d’un côté son goût pour le style élégant et sophistiqué de films de genre particulièrement bien ficelés et de l’autre l’envie irrépressible d’expérimenter, le plus souvent dans les méandres du cinéma d’horreur.

Test Blu-ray 4K Ultra HD : Send Help

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Dès les premières minutes de Send Help, on pourra constater que Sam Raimi n’a rien perdu de son goût pour les situations qui dérapent comme une savonnette sous amphétamines. Le film s’ouvre sur un monde du travail où la hiérarchie ressemble à une pyramide bancale, prête à s’effondrer au moindre courant d’air toxique.

Critique : Colony

Qu’il respecte avec une belle fidélité nostalgique les codes du film catastrophe fait partie des qualités de Colony. Elles sont en effet nombreuses. Car même si Yeon Sang-ho n’y réitère pas son exploit d’il y a dix ans avec Dernier train pour Busan, à savoir nous ravir avec un film d’invasion zombie à l’intensité hautement jouissive, le réalisateur sud-coréen maîtrise parfaitement la tension au cours de cette course contre l’infection des plus efficaces.

Critique Express : Notre histoire – Chroniques du Caire

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Avec ce film qui rappelle à la fois les grandes heures du cinéma égyptien et, plus encore, les grandes heures de la comédie italienne, A.B. Shawky confirme les qualités de réalisateur qu'on avait perçues dans "Yomeddine".