Critiques de films Drame — 18 janvier 2015
Critique : Wild

Affiche

Etats-Unis : 2014
Titre original : Wild
Réalisateur : 
Scénario :
Acteurs : , Gaby Hoffman, Laura Dern
Distribution : Twentieth Century Fox
Durée : 1h56
Genre : ,
Date de sortie : 14 janvier 2015

Note : 4,5/5

Elle est belle, elle est connue, elle est adorable. Reese Witherspoon le sait, les actrices vieillissantes doivent se renouveler et mettre les mains dans le cambouis. Pari relevé avec Wild, une œuvre sauvage qui brille curieusement par son attention constante aux détails de la vie ordinaire. En lice dans la catégorie « meilleure actrice » pour les Oscars 2015, Reese Witherspoon fait une entrée triomphale dans la cour des grands. Alors, oscar ou pas oscar ?

Synopsis : Après une vie d’excès qui ne lui convient plus, Cheryl décide d’entamer un périple de 1700 kilomètres le long de la côte ouest des États-Unis, avec un sac à dos et les souvenirs de sa mère disparue. Elle va devoir se battre contre les conditions extérieures et le spectre de son ancienne vie, pour parvenir à se reconstruire au terme du long voyage.

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La revanche d’une blonde

Un an après la sortie du très primé dans les cinémas français, Jean-Marc Vallée fait un retour tonitruant avec Wild. Très vite, le sujet fait grincer des dents. À la lecture du synopsis, on craint une frêle transposition d’ dans la pure tradition des œuvres de Kerouac. Engoncé dans son siège, on prie. C’est alors que l’écran s’illumine sur Reese Witherspoon, la petite blonde pétillante qui nous avait tant fait rire dans La Revanche d’une blonde. Elle nous apparaît cette fois pâle, sans fard ni artifice, bien loin de ses jeunes années. La tristesse qui cisaille son visage éblouit autant qu’elle attriste. On comprend alors que ce film est frais, nouveau et engagé. On plonge, sans résister.

Il serait malhonnête de ne pas reconnaître d’abord l’éblouissante prestation que livre Reese Witherspoon pendant près de deux heures. Celle qui s’était d’abord fait connaître par les comédies romantiques au succès parfois mitigé, a su trouver sa place dans le monde si fermé des acteurs de talent. Cette métamorphose qui impressionne, n’est pas sans rappeler celle qu’avait accompli Matthew McConaughey quelque temps auparavant dans Dallas Buyers Club. Jean-Marc Vallée a su réitérer ce qu’on peut aujourd’hui considérer comme un coup de génie. D’ailleurs, le réalisateur réussit à nouveau à tirer profit du physique de sa jeune protégée et parvient à écrire de savoureuses scènes d’anthologie. Preuve de ce tour de force, alors qu’elle n’apparaît maquillée qu’une seule fois dans le film, Jean-Marc Vallée n’a jamais rendu l’actrice aussi rayonnante. Vêtue d’un short trop large et affublée d’un sac à dos deux fois plus lourd qu’elle, son personnage apparaît aussi peu préparé au voyage que ne l’est le spectateur. Alors on rit de son amateurisme et on s’interroge : qu’est-ce qui peut pousser ce petit bout de femme à prendre la route ?

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L’immortelle vie sauvage

Wild est une œuvre d’effort physique mais qui n’épuise jamais. La présence inconditionnelle d’une nature en perpétuel mouvement, qui change au gré de la route, permet au spectateur de profiter d’un décor à couper le souffle. Ce témoin inébranlable du temps qui passe, rappelle à Cheryl tous les affres de sa vie. À la différence d’Into the wild, Jean-Marc Vallée opère de délicates digressions, des flash-backs qui étoffent la personnalité de sa protagoniste. La nature si parfaite offre un sublime contraste avec le chaos intérieur dans lequel Cheryl est plongée de force. C’est d’ailleurs grâce aux rencontres, à la contemplation du paysage, que les souvenirs se rappellent au personnage. Le film se laisse ainsi découvrir au cœur des images douloureuses et joyeuses du passé, sans jamais enfoncer les portes d’un voyeurisme malsain.

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La nature qui inonde toutes les strates du film, renvoie en écho l’évolution du personnage. La finesse des dialogues et la drôlerie souvent corrosive des monologues intérieurs, contribuent à marquer la principale distinction entre la vie urbaine et la vie sauvage : le bruit et le silence. Marqué par les conversations, la voiture et la peur, le début du film ne laisse que peu de place à la tranquillité de l’esprit. Peu à peu, le calme intérieur rejoint le calme extérieur, pour former une symbiose à laquelle il est difficile de ne pas adhérer. En cela, Jean-Marc Vallée dépasse le cadre du voyage didactique traditionnel, pour mettre tous les sens du spectateur en éveil. L’esthétisme des scènes est grandiloquent, parfois dans l’excès, mais il met en évidence les contrastes, l’alternance entre la lumière et l’ombre, entre les doutes et les joies. Il met surtout en lumière le corps en souffrance. Cette enveloppe charnelle devient une arme dans l’entreprise de réhabilitation, permet de passer outre la souffrance psychique pour sublimer sur la route, le parcours d’une jeune femme en errance. En cela, le partage visuel est essentiel pour le réalisateur, à tel point que les images créent parfois une sensation de vertige, notamment lorsque Cheryl affronte la douleur physique ultime et s’arrache un ongle des pieds. Ce dégoût paroxystique envers le corps est une libération, car le personnage affronte la douleur dans la solitude.

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À la recherche du temps perdu

La naïveté qu’on reproche au film, n’est en fait qu’une lecture erronée d’un conte spirituel oh combien ordinaire. Wild est une œuvre complète et touche à tout, qui aborde sous un jour nouveau la dépendance sexuelle et affective. Le réalisateur cherche à travers les douleurs physiques, les rencontres, les limites, à émanciper Cheryl de son obsession pour le manque. L’effort physique devient ici un acte de bravoure, tant la complexité envahit le personnage. L’image omniprésente de la mère décédée, qui flotte au-dessus du chaos, est aussi pesante qu’inquiétante. Néanmoins, elle ne correspond pas à l’image œdipienne classique. Il y a dans l’intensité des souvenirs, un cri de détresse magistralement éclairé par les hurlements et les soupirs des personnages. Ne vous y trompez pas, le deuil n’est pas ébloui par les phases traditionnelles avec lesquelles beaucoup de films jouent. Dans Wild, le deuil est appréhendé sous le prisme des regrets et des remords qui rongent le personnage. Toutefois, et pour notre plus grand bonheur, le film s’attarde également sur les joies de l’existence et les petits détails ordinaires cruciaux. Ainsi, l’amour partagé par Cheryl et sa mère pour la littérature, hante admirablement les séquences. Les citations d’œuvres littéraires, qui ponctuent le film, sont d’ailleurs un splendide fil conducteur entre les souvenirs, les espoirs et les rêveries. Elles sont un hymne à la liberté intérieure et extérieure, ainsi qu’à l’équilibre si fragile entre le passé, le présent et le futur. Elles illustrent la progressive et délicate guérison face à la souffrance sauvage et incontrôlée de l’esprit. En cela, le film s’impose comme un mirage esthétique, métaphorique et mystique.

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D’ailleurs, à la fin du film, quand l’écran s’assombrit sur la musicalité poétique de Simon & Garfunkel, on comprend tout le talent qui incombe à Jean-Marc Vallée : les deux chanteurs n’ont jamais semblé aussi pertinents et actuels.

Résumé

Wild est l’œuvre de la maturité pour Reese Witherspoon, qui crève l’écran dans ce drame sauvagement optimiste de Jean-Marc Vallée. Les défis (méta)physiques auxquels elle fait face ne sont fort heureusement pas surannés, bien au contraire. Le succès du film est indéniable, celui de son actrice l’est encore plus. Alors, bien que la bataille semble malheureusement compliquée, oui Reese mérite l’OSCAR !

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Mayeul

Cet article a été rédigé par Mayeul Permezel, Rédacteur de Critique Film.