Dégel
Chili, U.S.A., Espagne, Mexique : 2026
Titre original : El deshielo
Réalisation : Manuela Martelli
Scénario : Manuela Martelli
Interprètes : Maya O’Rourke, Saskia Rosendahl, Maia Rae Domagala
Distribution : Les films du Losange
Durée : 1h48
Genre : Drame
Date de sortie : 26 août 2026
3.5/5
Synopsis : Chili, 1992. Le pays reste marqué par des années de dictature. Alors qu’elle est gardée par ses grands-parents dans leur hôtel en station de ski, Inès, 9 ans, se lie d’amitié avec Hanna, une jeune sportive venue d’Allemagne. Lorsque celle-ci disparaît sans laisser de trace, l’enfant cherche à comprendre…

Bien que née près de 10 ans après le coup d’état militaire du 11 septembre 1973, dirigé par Pinochet et soutenu par les Etats-Unis contre le gouvernement démocratiquement élu de Salvador Allende, l’actrice et réalisatrice chilienne Manuela Martelli semble profondément marquée par la longue période de dictature qu’a connue son pays. Le titre de son premier film en tant que réalisatrice, Chili 1976, présenté à la Quinzaine des Cinéastes lors du Festival de Cannes de 2022, en est une preuve évidente. Elle est d’autant plus marquée par cette période que le Chili, après 35 ans d’un retour progressif à la démocratie, a porté au pouvoir il y a quelques mois un admirateur de Pinochet, fils d’un émigré allemand membre du parti nazi, frère d’un ministre de Pinochet. L’action de Dégel, son deuxième long métrage, présenté à Cannes 2026 dans la sélection Un Certain regard, ne se déroule pas, cette fois ci, durant la dictature de Pinochet, mais peu de temps après, en 1992. 1992, c’est le 500ème anniversaire de la prétendue découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. 1992, c’est aussi l’année de l’Exposition universelle de Séville, pour laquelle le Chili, voulant montrer qu’il en avait terminé avec la dictature et qu’il s’ouvrait à nouveau sur le monde, avait transporté depuis l’Antarctique un iceberg destiné à être le joyau de son pavillon. Un iceberg qui, bien sûr, s’est progressivement dégelé durant l’exposition. 1992, c’est aussi 3 ans après la chute du Mur de Berlin, 2 ans après le processus de réunification de l’Allemagne, pour beaucoup les signes d’un véritable dégel politique. L’action de Degel tourne autour d’une disparition, ce qui, avouons le, est plus qu’un clin d’œil aux milliers de disparitions forcées perpétrées par la répression politique entre 1973 et 1990. Elle se déroule dans une station de sports d’hiver du sud du Chili, une région dont on sait, sans que le film en fasse mention, qu’elle abrite de nombreuses personnes ayant une origine allemande dont un certain nombre d’anciens criminels nazis.
On y rencontre Inès, une fillette de 9 ans. Elle est la fille des propriétaires de l’hôtel de la station, un hôtel dont les couloirs ne sont pas sans faire penser à Shining, le film de Stanley Kubrick. Ses parents étant partis à Séville, Inès se sent un peu seule, malgré les liens qu’elle a noués avec quelques employées de l’hôtel aux origines autochtones ! Heureusement pour elle, l’hôtel a été investi par une équipe de « blonds », des skieurs allemands de haut niveau, en stage de préparation en plein hiver austral. Inès étant élève dans une école où l’enseignement se fait en langue anglaise, elle est parfaitement bilingue et cela lui permet de proposer ses services en tant que traductrice. Par chance pour Inès, il y a une skieuse parmi cette équipe de skieurs. Certes, cette jeune skieuse, Hannah, est plus âgée qu’elle de 5 ans, mais elle aussi se sent seule. Ce ne sont pourtant pas les prétendants qui lui manquent, tel Alexander, son entraineur, qui se comporte de façon douteuse avec elle ; ou Sebastian, un cousin d’Inès, qui aimerait bien sortir avec Hannah. C’est toutefois avec Inès qu’Hannah va nouer une amitié. Une amitié qui va se renforcer jusqu’au moment où Hannah disparait. Malgré son jeune âge, Inès devient alors l’élément central, le pivot, dans les recherches entreprises pour retrouver Hannah. Des recherches entreprises avec beaucoup de moyens, des recherches auxquelles Lina, la maman d’Hannah, une ancienne championne de patinage du temps de la RDA, aimerait participer, une participation refusée par les autorités. Toutefois, Lina va contourner ce refus en faisant ses propres recherches en compagnie d’Inès. Faudra-t-il attendre le dégel qui interviendra forcément à la fin de l’hiver pour retrouver Hannah ? De ce film de bonne qualité mais dont l’intérêt se situe un cran en dessous de celui de Chili 1976, on retient surtout la prestation éblouissante de Maya O’Rourke, l’interprète du rôle d’Inès, et la beauté des paysages enneigés de ce sud du Chili, excellemment mis en valeur par le Directeur de la photographie, le français Benjamin Echazarreta, déjà actif dans d’autres films chiliens comme Gloria, Une femme fantastique ou La vague.












