Critiques de films Drame — 04 février 2015
Critique : Mademoiselle Julie

mademoiselle julie affiche

Norvège-Irlande, 2014
Titre original : Miss Julie
Réalisateur : Liv Ullmann
Scénario : Liv Ullmann, d’après l’oeuvre de Auguste Strindberg
Acteurs : , ,
Distribution : Pretty Pictures
Durée : 2h10
Genre : Drame
Date de sortie : 10 septembre 2014

Note : 4/5

L’actrice , longtemps la muse du cinéaste mythique en tant qu’actrice, adapte l’un des plus grands textes du répertoire scandinave et signe une œuvre à la hauteur du texte d’origine.

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Synopsis : 1890, en Irlande. Mademoiselle Julie se risque à un jeu de séduction avec John, le valet de son père, qui rêve d’ascension sociale grâce à cette jeune femme d’une autre classe sociale. Un rapport de classe houleux sous le regard inquiet et néanmoins combatif de Kathleen, la cuisinière du baron que doit épouser Julie et elle-même fiancée à John qui rêve d’ascension officielle, peut-être en devenant le compagnon de la noble jeune femme. Mais alors qu’à l’extérieur les feux de la Saint Jean se font entendre, leur union des sens les pousse à s’affronter et à affronter leur désir.

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Du beau théâtre filmé

Le cinéma semble un mauvais écrin pour cette pièce jouée incessamment sur scène partout dans le monde. Là grâce à un trio d’acteurs remarquables, à une mise en scène qui refuse l’accumulation de figurants et resserre son adaptation sur les trois protagonistes tout en respectant l’unité de temps et d’action, ne prenant des libertés que sur l’unité de lieu, les personnages quittant la cuisine du texte d’origine pour circuler librement dans le château et ses alentours. La mise en scène contrairement aux apparences n’est pas théâtrale. Si le récit s’attarde sur plus de deux heures, cette dilution permet de capter l’ambivalence de caractère des trois protagonistes qui parlent à voix haute sans réellement s’écouter, chacun exposant ses doléances sans faire réellement attention à celle de l’autre. Un récit ambitieux sur l’ambition. Les contraintes de la production l’ayant contrainte à un tournage en anglais, Liv Ullman a choisi de transposer le récit en Irlande et cette délocalisation a du sens, les codes de la société suédoise et ceux de l’Irlande partageant les mêmes rapports de classe et de religion dans ce petit monde de cour.

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Maître et serviteur

Colin Farrell apporte une fragilité au personnage de John très souvent limité à un être fruste (comme dans l’interprétation outrée de Peter Mullan dans la version de Mike Figgis au début des années 2000) qui a des rêves de grandeur inaccessibles pour lui et se serre de cette femme au tempérament fort mais à la fragilité de caractère qu’il perçoit et dont il abuse. Ici il est un être fragile, marqué par une tragédie, sincère dans ses sentiments. Évolution du rapport de force, Julie joue avec les sentiments qu’il a pour elle et soudain après le passage à l’acte, la part mortifère de Julie revient et lui prend le dessus, rejette son envie de mort. Grâce à l’interprétation lourde de sens de Jessica Chastain, la tragédie frappe de façon émouvante et cruelle, le montage accompagnant un cycle de vie où début et fin se confondent sur l’inéluctable fin montrée sans détour, sur la chute annoncée d’une déesse de son piédestal qui se révèle tristement humaine. Le troisième et dernier personnage, la domestique, blessée de n’être qu’un second choix se défend pour assurer sa place. Samantha Morton est filmée sans fard, avec une pointe de cruauté. Les émotions sont fortes, grâce à ce beau trio d’acteurs et la mise en scène d’une actrice qui s’impose ici comme une vraie cinéaste.

Samantha Morton

Samantha Morton

Liv Ullman et Colin Farrell

Liv Ullman et Colin Farrell

Conclusion

Ce récit d’une une passion plus sensuelle qu’amoureuse est piégée par les rapports de classe dans une mise en scène élégante et tendue, qui évite tout effet de remplissage, sans extérieurs superflus, dans ce drame non érotique d’une nuit d’été de la Saint-Jean.

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Pascal Le Duff

Cet article a été écrit par Pascal Le Duff, rédacteur en chef cinéma sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles