DVD — 24 avril 2019
Test Blu-ray : Paris au mois d’août

Paris au mois d’août

 
France : 1966
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Pierre Granier-Deferre, ,
Acteurs : , ,
Éditeur : Pathé
Durée : 1h43
Genre : Comédie, Drame
Date de sortie cinéma : 7 janvier 1966
Date de sortie DVD/BR : 24 avril 2019

 

Pendant que sa femme et ses enfants sont en vacances, un vendeur à la Samaritaine, resté seul a Paris, tombe amoureux de Patricia, jeune mannequin de mode…

 


 

Le film

[4/5]

Si bien sûr sa carrière compte un certain nombre de succès publics, Pierre Granier-Deferre est surtout connu de nos jours pour avoir été un des seuls réalisateurs français à s’être opposé à la , véritable révolution dans le paysage cinématographique français, en affirmant son attachement à des films de facture plus « traditionnelle ». De fait, l’image qu’il peut véhiculer auprès des cinéphiles est celle d’un cinéma « de papa », très éloigné des errances urbaines, jazzy et/ou poétiques mises en scène par , ou Louis Malle.

Ceci établi, la découverte – ou redécouverte – de Paris au mois d’Août n’en sera que plus étonnante. Habitée par la présence de Charles Aznavour ( de François Truffaut, 1960) et de la britannique Susan Hampshire, dont l’accent prononcé rappellera forcément celui de Jean Seberg dans A bout de souffle (Jean-Luc Godard, 1960), cette comédie romantique à base de flâneries nocturnes et poétiques, de passion contrariée et d’infidélité semble en effet sous très forte perfusion de Nouvelle Vague, et s’avère en l’état assez sidérante de la part d’un cinéaste s’étant par la suite affirmé comme le parangon d’une esthétique beaucoup plus classique, voire même désuète.

Paris au mois d’Août emportera donc le spectateur dans une espèce de tourbillon de sentiments au cœur d’une suite de moments volés dont la modernité n’aura de cesse de nous surprendre. On y découvrira par petites touches ces deux personnages se lançant dans une aventure que l’on sait condamnée à l’avance. Alternant les scènes de calme et de folie douce, peuplée de personnages hauts en couleurs et de séquences mémorables – parfois aux limites de l’expérimental – le film de Pierre Granier-Deferre trouve néanmoins son équilibre dans ce va et vient narratif le plus souvent épatant et plein de charme, dominé par les deux personnages principaux et leur refus à tout crin du train-train quotidien, le champ des possibles s’ouvrant grâce à la ville de Paris, étrangement désertée en plein mois d’Août, et où la romance peut logiquement s’épanouir au grand jour.

En résulte une magnifique histoire d’amour, délicate, tendre et drôle. Filmé en scope, doté d’une photo absolument sublime signée Claude Renoir, suivant ses personnages dans des décors formidables (qu’il s’agisse des extérieurs parisiens ou des appartements baroques et surréalistes que l’on y découvre), Paris au mois d’Août impose sans peine son rythme erratique et ses scènes les plus gonflées (à l’image de cette scène d’amour, inédite, que n’aurait pas renié Godard), d’autant que le film s’avère réellement porté par un duo d’acteurs nous proposant une alchimie plus que parfaite. Une sacrée découverte, doublée d’une sacrée surprise.

 

 

Le Blu-ray

[5/5]

L’équipage (1935), Paris au mois d’août (1966) et Fin août, début septembre (1998) sont donc les trois nouveaux films intégrant ce mois-ci les « », prestigieuse collection de digipacks cartonnés entamée il y a maintenant quelques années, et qui compte déjà quelques grands classiques du cinéma tels que Les enfants du Paradis de Marcel Carné, Paradis perdu d’Abel Gance ou encore, dans un genre assez différent, le sublime de .

Comme d’habitude avec Pathé, Paris au mois d’août a bénéficié d’une restauration 2K maniaque, et affiche aujourd’hui une forme insolente. L’image est resplendissante, offrant toute la beauté argentique du cinéma de l’époque, et redorant le blason esthétique d’un cinéaste un peu méprisé. A part quelques plans plus obscurs vraiment très rares, un brin parasités par un léger bruit, l’ensemble est d’une propreté et d’une stabilité assez foudroyantes. La luminosité relevée et les contrastes appuyés donnent une force incroyable aux flâneries poétiques proposées par le film, et une nouvelle jeunesse aux deux acteurs, Charles Aznavour (1924-2018) et Susan Hampshire (née en 1937). On notera également que le grain d’origine est scrupuleusement respecté, et que le piqué est d’une étonnante précision. Une réussite totale. Niveau son, Paris au mois d’août est proposé en DTS-HD Master Audio 2.0 (mono), et le mixage s’avère propre et clair, restituant parfaitement les dialogues et la musique du film, et faisant preuve d’un équilibre remarquable : une bande-son qui participe parfaitement à l’impeccable ravalement de façade proposé ici par Pathé.

Du côté des suppléments, on trouvera tout d’abord un passionnant sujet d’un peu moins d’une demi-heure proposant des entretiens croisés avec Erik Berchot, pianiste et ami de Charles Aznavour, Jacques Layani, écrivain spécialiste de la carrière de Pierre Granier-Deferre, et enfin Daniel Pantchenko, écrivain ayant signé – entre autres – une biographie de Charles Aznavour (mais également de Jean Ferrat, Léo Ferré ou Anne Sylvestre). L’ensemble s’avère très vivant et assez riche en anecdotes et informations intéressantes. On terminera le tour des bonus avec une sélection d’actualités Pathé (12 minutes environ), consacrées au mois d’août, à Paris ou à Charles Aznavour. Un sans-faute !

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles