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Critiques de films Drame — 24 avril 2019
Critique : Alice T.


: 2018
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Radu Muntean, , Razvan Radulescu
Interprètes : , ,
Distribution :
Durée : 1h45
Genre : Drame
Date de sortie : 1er mai 2019

3/5

A bientôt 48 ans, le réalisateur roumain Radu Muntean est un habitué du Festival de Cannes : Boogie, son 2ème long métrage, était à la Quinzaine des Réalisateurs en 2008, le 3ème, Mardi après Noël, à un Certain Regard en 2010 et le 4ème, L’étage du dessous, dans cette même sélection en 2015. En 2018, les palaces n’étaient plus les mêmes : c’est Locarno qui a accueilli Alice T., le 5ème long métrage de Radu Muntean, et Andra Guti, la jeune interprète du rôle d’Alice, était repartie avec le Prix d’interprétation féminine.

Synopsis : En pleine crise d’adolescence, Alice souhaite profiter de la vie comme elle l’entend au grand dam de Bogdana, sa mère adoptive. Lors d’une de leurs disputes, celle-ci découvre qu’Alice est enceinte. Cet aveu affecte Bogdana qui a longtemps essayé d’avoir un enfant.
Ce qui semble être une épreuve va pourtant renforcer leurs liens…

Le dilemme d’une mère et celui de sa fille

Pas facile, quand on n’a jamais pu avoir d’enfant et qu’on a fini par adopter une petite fille, de se retrouver un jour avec cette enfant, devenue une adolescente rebelle de 16 ans, qui vous annonce qu’elle est enceinte et qu’elle refuse de se faire avorter. Un problème de plus pour Bogdana Tarpan, qui, après son divorce, élève seule Alice, très souvent menteuse et manipulatrice, un problème encore plus grave que ceux que cette dernière n’arrête pas de rencontrer dans son lycée. Mais il n’est pas interdit d’évoluer et, dans l’esprit de Bogdana, pourquoi, après tout, cet enfant ne deviendrait-il pas celui qu’elle n’a jamais réussi à avoir ? Quant à Alice, elle voit dans cet enfant la possibilité de devenir une sorte de reine dans sa famille tout en étant consciente des difficultés qui l’attendent.

Une superbe première partie

Les réalisateurs roumains en général et Radu Muntean en particulier sont des adeptes des plans-séquences, souvent très longs, et ils recherchent avant tout une transcription des situations et des personnages qui soit la plus proche possible de la réalité. Dans la première moitié de Alice T., ce que le réalisateur obtient de ses interprètes et de Tudor Lucaciu, le Directeur de la photographie avec qui il a travaillé sur tous ses films, est, dans cette optique, de tout premier ordre. Par ailleurs, Radu Muntean n’est pas quelqu’un qui tient à porter un jugement sur ses personnages. Il se considère comme un intermédiaire entre ceux-ci et les spectateurs, il se contente d’être un témoin le plus objectif possible et il laisse le spectateur, s’il le souhaite, construire son propre jugement. Dans cette première moitié du film, on ne peut donc qu’être transporté par la peinture des rapports tendus qu’entretiennent une mère et sa fille, par le portrait de cette adolescente mal dans sa peau, à la recherche permanente des limites vis-à-vis des adultes, qui aspire à recevoir toujours plus d’amour de la part de ses proches et qui ne se rend même pas compte de l’amour que lui porte sa mère, laquelle, comme beaucoup d’adultes, a beaucoup de mal à s’écarter des deux comportements extrêmes que sont la démagogie et l’autoritarisme.

Malheureusement, au mitan du film, survient un événement qu’il serait dommage de divulguer et qui fait partir le film dans une toute autre direction, beaucoup moins intéressante. Certes, la façon de filmer est toujours la même, le jeu des interprètes est toujours aussi parfait, il y a toujours autant de personnages pendus à leur smartphone, les tenues d’Alice passent du rouge de la rebellion au bleu de l’apaisement et le scénario nous fait passer d’un film « à la Pialat » à un film beaucoup moins excitant, presque mièvre.

Un choix qui s’imposait

Les principales motivations de Radu Muntean pour réaliser Alice T. ont été  de deux ordres : tout d’abord, la présence, dans sa famille, de plusieurs enfants adoptés, aboutissant, pour lui, au désir d’explorer davantage ce sujet ; ensuite, le fait d’être père de deux enfants, un garçon et une fille, sur le point d’arriver à l’adolescence, avec l’espoir que la réalisation du film puisse l’aider à mieux les comprendre.

Pour le choix de ses interprètes, c’est par celle qui allait interpréter le rôle d’Alice que Radu Muntean a commencé. Un très vaste casting a été organisé et, parmi les 800 jeunes filles qui ont été convoquées, le choix s’est assez vite porté sur Andra Guti, ce que la vision du film permet très facilement de comprendre, tellement la jeune fille s’avère particulièrement naturelle dans son rôle d’adolescente si pleine de vie, si forte et si fragile à la fois mais qu’on a du mal à aimer ! Une fois Andra Guti choisie, le réalisateur, souhaitant que se crée une vériable osmose,  lui a demandé son accord pour le choix des autres acteurs. C’est Mihaela Sîrbu qui joue sa mère, une comédienne qui vient du théâtre mais qu’on avait pu voir dans Aferim ! et dans L’étage du dessous, le film précédent de Radu Muntean. Ce dernier s’est, pour la première fois, donné un rôle dans un de ses films, celui du père de Cesonia, la meilleure amie de Alice. Une façon pour lui de rendre hommage à A nos amours de Maurice Pialat.

Conclusion

Il est rare qu’un film soit aussi nettement partagé en deux parties aussi différentes : une première partie intense, nerveuse, superbe, une seconde partie beaucoup moins vive, à la limite de la mièvrerie. Un point commun, toutefois, entre ces deux parties : la grande qualité des très longs plans séquence qui mettent vraiment en valeur le jeu des interprètes.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles