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Test Blu-ray : Mārama

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Mārama

Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande : 2025
Titre original : –
Réalisation : Taratoa Stappard
Scénario : Taratoa Stappard
Acteurs : Ariana Osborne, Toby Stephens, Umi Myers
Éditeur : Blaq Out
Durée : 1h29
Genre : Horreur
Date de sortie cinéma : 22 avril 2026
Date de sortie DVD/BR : 11 septembre 2026

Dans les landes désolées du Yorkshire du Nord en 1859 à l’époque de l’Angleterre Victorienne, Mary Stevens, une femme morie en quête de vérité sur ses origines, rejoint le manoir Hawkser. Entre les couloirs lugubres, apparaissent alors d’ancestrales visions qui révèlent peu à peu un mystère terrifiant…

Le film

[3,5/5]

L’arrivée de Mary Stevens dans les landes du Yorkshire n’a rien d’une petite promenade digestive entre deux moutons anglais. En 1859, cette jeune femme māorie venue d’Aotearoa débarque dans une demeure victorienne où chaque porte semble avoir quelque chose à cacher, chaque portrait quelque chose à reprocher et chaque objet quelque chose à raconter. Mārama installe ainsi son héroïne au cœur d’un décor gothique parfaitement identifié, avec son manoir isolé, ses couloirs interminables, ses visions, ses secrets de famille et cette sensation délicieuse que les murs ont probablement davantage de choses à dire que les personnages. Mais Taratoa Stappard ne se contente pas de remettre les vieux meubles du cinéma gothique en place. Son premier long-métrage les retourne comme une vieille armoire pleine de cadavres historiques et fait du genre horrifique un outil de réflexion sur la colonisation, l’identité et la confiscation d’une culture. Le résultat est certes lent, mais mystérieux jusqu’à l’excès, et constamment habité par une véritable personnalité.

Mārama doit surtout beaucoup à sa beauté visuelle. Le directeur photo du film Gin Loane compose une image somptueuse, froide et presque maladivement élégante, où les vastes paysages du Yorkshire semblent prolonger l’état intérieur de Mary. Le manoir de Nathaniel Cole devient progressivement une prison mentale autant qu’un lieu physique, avec ses symétries, ses espaces profonds, ses zones plongées dans l’ombre et ses apparitions qui surgissent parfois dans les miroirs ou au détour d’un cadre. Les couleurs et les costumes participent eux aussi à cette sensation d’étrangeté : le rouge de certaines tenues tranche brutalement avec les teintes terreuses et assombries de la demeure, comme si le personnage de Mary refusait visuellement de se fondre dans cet environnement qui cherche précisément à l’absorber. Mārama possède ainsi une vraie science du tableau, avec des compositions qui pourraient presque rester accrochées au mur sans que personne ne réclame la fin de la séance. Et ce soin esthétique n’est jamais totalement gratuit : l’enfermement des personnages dans des cadres très construits rejoint directement l’enfermement culturel et social dont Mary tente de s’extraire.

Car Mārama trouve sa véritable singularité dans son enracinement māori. Taratoa Stappard ne plaque pas quelques motifs exotiques sur une histoire victorienne déjà connue par cœur : il utilise les codes du gothique pour raconter quelque chose qui vient de sa propre histoire familiale et culturelle. Le whakapapa, la lignée, les ancêtres, la transmission et la récupération d’une identité deviennent progressivement le véritable moteur du récit. Le film a d’ailleurs été développé avec le concours de linguistes, de Matakite et d’experts culturels, tandis que le tournage était accompagné de karakia, ces prières traditionnelles destinées notamment à respecter le tikanga māori. Ce souci d’ancrage explique pourquoi les visions de Mārama ne fonctionnent jamais simplement comme de banales hallucinations horrifiques. Elles donnent une forme cinématographique à une mémoire qui refuse de disparaître. Le passé n’est pas ici un grenier poussiéreux où l’on vient chercher deux fantômes pour faire sursauter le spectateur : c’est une présence vivante, une généalogie qu’on a tenté d’effacer et qui revient réclamer son nom.

Mārama revendique donc très clairement son statut d’horreur gothique māorie, et le mélange est particulièrement stimulant. Le film convoque les figures classiques du genre, de la demeure inquiétante aux secrets enfouis, des visions aux escaliers sinistres, tout en les faisant travailler sur un autre terrain. Le gothique a historiquement beaucoup parlé de familles malades, de fortunes bâties sur des crimes et de revenants issus d’un passé honteux ; Mārama lui demande simplement de regarder un peu plus loin que ses vieilles fenêtres anglaises. Pourquoi les morts reviennent-ils ? Parce que les vivants ont refusé de les entendre. Pourquoi les objets deviennent-ils menaçants ? Parce qu’ils sont les traces matérielles d’une histoire de spoliation. Pourquoi Mary est-elle hantée ? Parce que son identité lui a été confisquée avant même qu’elle puisse la connaître. La mécanique horrifique rejoint ainsi une réflexion beaucoup plus large sur ce que signifie hériter d’un passé que d’autres ont réécrit à votre place.

Mārama n’est pourtant pas irréprochable, loin de là. La fascination exercée par l’univers finit parfois par se transformer en stationnement prolongé dans les couloirs du manoir. Certaines séquences prennent leur temps alors que leur destination devient assez évidente, et le mystère peut donner l’impression de tirer sur la nappe pour éviter de montrer trop vite ce qui se trouve sous la table. Quelques longueurs viennent donc régulièrement gripper la progression, surtout lorsque le film insiste sur son atmosphère au lieu de laisser les événements produire eux-mêmes leur inquiétude. Cette lenteur n’est pas nécessairement un défaut de mise en scène – Mārama cherche clairement une forme de contemplation anxieuse – mais elle rend certaines portions du récit moins tendues qu’elles pourraient l’être. Le film aurait probablement gagné à laisser davantage de place à ses éclats de violence et à moins prolonger certaines attentes. Quand la maison finit enfin par ouvrir ses placards, elle découvre d’ailleurs qu’elle aurait mieux fait de rester fermée.

Parce que Mārama finit par rappeler une chose assez terrible : les véritables monstres n’ont pas besoin de pouvoirs surnaturels. Le film accumule bien quelques éléments fantastiques et des images qui semblent appartenir à un autre monde, mais les horreurs qui explosent dans son dernier mouvement sont surtout celles commises par des hommes. La colonisation, l’appropriation culturelle, le vol des objets sacrés, l’effacement des identités et la violence exercée sur les corps deviennent infiniment plus effrayants que n’importe quelle créature cachée derrière une porte. Taratoa Stappard rejoint ainsi une tradition du cinéma d’horreur où le surnaturel sert moins à faire croire aux fantômes qu’à rendre visibles des violences parfaitement réelles. Mārama transforme alors la maison hantée en maison coupable. Et lorsqu’elle finit par rendre les coups reçus, la vengeance prend une dimension presque rituelle : Mary ne cherche plus seulement à découvrir qui elle est, elle récupère ce qu’on lui a retiré. Le passage de Mary à Mārama devient ainsi un acte de réappropriation, presque une seconde naissance.

Cette dimension explique également pourquoi le film peut évoquer, par endroits, Les Innocents de Jack Clayton ou The Witch de Robert Eggers, références que Taratoa Stappard a lui-même citées pour évoquer les influences du projet, tout en mentionnant Get Out de Jordan Peele pour sa réflexion sur le regard dominant porté sur une culture. Mais Mārama ne cherche pas à devenir le cousin néo-zélandais de ces films. Il récupère certains outils du cinéma gothique et du cinéma d’horreur contemporain pour les faire entrer dans une histoire qui leur préexistait. C’est précisément ce déplacement qui lui donne son intérêt. Là où le gothique traditionnel transforme le passé en menace, Mārama montre que le passé est parfois déjà la menace. Il suffit simplement de retirer le joli papier peint victorien pour découvrir ce qui a été soigneusement dissimulé derrière.

Et puis il y a Ariāna Osborne. Son interprétation donne au film son axe émotionnel, avec une Mary d’abord contenue, presque étrangère à elle-même, puis progressivement traversée par une colère qui ne demande qu’à trouver sa forme. Physiquement, Ariāna Osborne évoque des actrices telles que Keira Knightley ou Lily-Rose Depp – elle est d’une maigreur épouvantable, presque inquiétante. Taratoa Stappard joue beaucoup avec ce physique presque décharné (silences, regards, micro-variations du visage), ce qui accentue la transformation du personnage. Face à elle, Toby Stephens compose un Nathaniel Cole parfaitement répugnant dans sa manière de dissimuler la violence sous les bonnes manières, tandis que Umi Myers et Evelyn Towersey apportent d’autres nuances à cet étrange microcosme victorien. Mārama n’est donc pas toujours aussi tendu ou fluide qu’il pourrait l’être, mais il possède quelque chose de plus précieux qu’une mécanique horrifique impeccable : une identité. Belle, sombre, parfois pesante, parfois viscéralement brutale, cette première réalisation de Taratoa Stappard transforme les vieilles dentelles du gothique en tissu de mémoire. Et derrière les fantômes, les miroirs et les ombres, c’est finalement l’Histoire elle-même qui vient frapper à la porte.

Le Blu-ray

[4/5]

Disponible en Blu-ray sous les couleurs de Blaq Out, Mārama bénéficie d’un transfert qui rend pleinement justice au travail sur l’image effectué par Gin Loane. Tourné dans un format Scope très écrasé, le film profite d’une image particulièrement fine et surtout d’une photographie dont les contrastes sont essentiels à l’ambiance. Les paysages extérieurs, volontairement froids et presque délavés, conservent une belle profondeur tandis que les scènes dans le manoir jouent davantage sur les noirs, les bruns et les éclairages à la bougie. Le Blu-ray restitue correctement cette opposition, avec des noirs suffisamment denses pour préserver le caractère gothique de l’ensemble sans transformer les séquences nocturnes en gros trou noir numérique. Les détails sont également au rendez-vous, qu’il s’agisse des étoffes des costumes, des boiseries du manoir ou des éléments culturels māoris qui occupent progressivement une place déterminante dans le récit. Les visages restent bien définis et les arrière-plans conservent suffisamment de matière pour permettre aux compositions très travaillées de Gin Loane de respirer. La partie sonore est tout aussi sérieuse, avec deux mixages en VO, en DTS-HD Master Audio 5.1 et DTS-HD Master Audio 2.0. Le mixage multicanal constitue évidemment le choix privilégié pour profiter pleinement de l’atmosphère du film. Mārama n’est pas une œuvre qui cherche à faire trembler les murs à chaque apparition, mais son travail sonore repose sur une multitude de petits éléments : ambiances extérieures, craquements du manoir, bruits de pas, déplacements dans les différents espaces et musique qui vient progressivement épaissir la sensation de malaise. Le mixage stéréo propose naturellement une écoute plus frontale et moins enveloppante, mais conserve une belle précision, et permet de retrouver la matière du film sans sacrifier les voix.

Côté suppléments, Blaq Out nous propose tout d’abord un entretien avec Taratoa Stappard (37 minutes), complément particulièrement intéressant puisqu’il permet de revenir directement aux racines du projet. Le réalisateur commence l’entretien en français avant de poursuivre en anglais et évoque notamment sa famille, son parcours personnel et la manière dont son propre rapport à ses origines māories a nourri l’écriture de Mārama. Ce passage est essentiel pour comprendre pourquoi le film ne ressemble pas simplement à une tentative de fabriquer un nouveau sous-genre horrifique à coups de motifs culturels savamment alignés. Taratoa Stappard revient sur la notion même d’horreur gothique māorie et sur la volonté de faire entrer l’expérience des peuples autochtones dans un cinéma d’horreur qui les a longtemps laissés en dehors du cadre. L’entretien permet ainsi de mieux comprendre la relation entre le genre gothique, la colonisation et la question de l’appropriation culturelle. Le second supplément est le court-métrage Taumanu, également signé Taratoa Stappard, et précédé d’une introduction du réalisateur (25 minutes). Ce bonus possède évidemment un intérêt particulier puisqu’il permet de découvrir une œuvre antérieure du cinéaste et d’observer, sur un format plus court, certaines préoccupations qui irriguaient déjà son travail.

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