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L’attente a été assez longue, voire insoutenable avant que le comité de sélection du candidat français à l’Oscar du Meilleur Film international ne se réunisse enfin ce jour dans les locaux du Centre National du Cinéma à Paris. Alors que l’immense majorité des autres pays a d’ores et déjà annoncé son choix, il faudra encore patienter une petite semaine supplémentaire pour connaître le nom de l’heureux candidat français. Et malgré tout, ne perdons pas espoir que ce long-métrage pourra mettre un terme à la malédiction de la France, dépourvue d’un trophée dans cette catégorie depuis 1993 et le sacre d’Indochine de Régis Wargnier. On a plus que marre de répéter ce fait historique année après année. Le verdict final tombera donc mercredi prochain, le 16 septembre, suite à l’audition des producteurs, des vendeurs internationaux et des distributeurs américains de chaque film.
Maintes fois révisé, le processus de sélection tarde toujours à porter ses fruits pour le cinéma français. Désormais composé de onze membres, le comité aura la charge de choisir le successeur à Un simple accident de Jafar Panahi, qui avait obtenu deux nominations à la 98ème cérémonie des Oscars, comme Meilleur Film international et pour son scénario original. Or, le prestige de la Palme d’or du Festival de Cannes 2025 n’aura pas été suffisant pour s’imposer face au candidat norvégien Valeur sentimentale de Joachim Trier, nommé à neuf reprises et le premier lauréat de son pays dans la catégorie connue autrefois sous le nom de Meilleur Film étranger.
La bataille pour figurer ne serait-ce que sur la liste des présélections, dévoilée le mardi 15 décembre, s’annonce déjà rude. En effet, bon nombre de films majeurs ont été choisis par les pays ayant fait connaître leur choix précédemment. Par exemple la dernière Palme d’or – en théorie qualifiée d’office suite à un changement des règles de la part de l’Académie du cinéma américain ce printemps – Fjord de Cristian Mungiu, qui défendra les couleurs roumaines. Ou bien les candidats japonais (Soudain de Ryusuke Hamaguchi), chilien (Dégel de Manuela Martelli), allemand (Everytime de Sandra Wollner) et sud-coréen (Possible Love de Lee Chang-dong, qui devrait sortir directement en ligne sur Netflix début novembre).
Enfin, même si la liste annoncée cet après-midi fait preuve d’un éclectisme plutôt appréciable, l’absence de films théoriquement porteurs sur le marché international comme Les Rayons et les ombres de Xavier Giannoli avec Jean Dujardin et Juste une illusion de Éric Toledano et Olivier Nakache avec Louis Garrel a de quoi surprendre …

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La Bataille De Gaulle L’Âge de fer de Antonin Baudry (sans distributeur américain)
Vous connaissez d’emblée le plus grand empêchement à la sélection finale de la première partie du diptyque épique de Antonin Baudry. Car sans disposer jusqu’à présent d’une structure prête à défendre son cas sur le territoire américain, il est fort à parier que cette hagiographie des plus solides à la gloire du général De Gaulle n’aille pas jusqu’au bout des étapes éliminatoires. Certes, la fresque historique a été vendue dans un nombre important de pays, de l’Allemagne au Royaume-Uni, en passant par l’Australie, le Brésil, la Grèce et le Sénégal. Mais visiblement, sa vision franco-française de la Seconde Guerre mondiale peine encore à convaincre des distributeurs implantés sur le marché américain.
De toute façon, le fait qu’il ne s’agit que de la première partie d’un film à deux volets joue également en sa défaveur. Contrairement à sa belle carrière commerciale dans les salles de cinéma françaises. Après sa sortie quelque peu poussive début juin, La Bataille De Gaulle L’Âge de fer a amplement bénéficié d’un bouche-à-oreille enthousiaste, doublé de l’engouement du public pour des endroits climatisés au fil des canicules de cet été. Résultat : près de trois millions d’entrées au compteur pour ce film-ci et deux millions et demi pour sa suite, qui figurent toujours dans le Top 10 du box-office français cette semaine, respectivement à la septième et la huitième place !

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Le Corset de Louis Clichy, sortie le 14 octobre (Sony Pictures Classics)
Doublement primé aux Festivals de Cannes et d’Annecy, ce film d’animation pourrait bien créer la surprise mercredi prochain. Évidemment, il ne sortira sur les écrans français que dans un mois et son potentiel public reste donc à prouver. Mais face à une concurrence pour le moins étonnante, on hésite un peu à parier contre cette belle histoire d’enfance, qui affiche les sentiments les plus harmonieux parmi les cinq films présélectionnés. Le soutien du distributeur Sony Pictures Classics, parfaitement à l’aise lorsqu’il s’agit de faire tourner la course à l’Oscar à l’avantage de ses poulains, est un atout supplémentaire pour le premier long-métrage en solo de Louis Clichy.
Toutefois, est-ce que la France, si bien placée sur le terrain de l’animation cinématographique, est réellement disposée à élire un film de ce genre pour la représenter ? Pas plus tard que l’année dernière, Arco de Ugo Bienvenu avait dû s’incliner face à la farce douce-amère de Jafar Panahi. Bien qu’il ait eu le dernier mot en se qualifiant dans la catégorie du Meilleur Film d’animation. Néanmoins, les films d’animation nommés comme Meilleur Film international se comptent sur les doigts d’une main : Valse avec Bachir de Ari Folman en 2009, L’Image manquante de Rithy Panh en 2014, Flee de Jonas Poher Rasmussen – le seul à réussir l’exploit d’une triple nomination comme film d’animation, documentaire et film international – et Flow de Gints Zilbaoldis, victorieux comme Meilleur Film d’animation l’année dernière.

La Gradiva de Marine Atlan, sortie le 21 octobre (1-2 Special)
En parlant de surprises, la mention de ce premier film, primé à la dernière Semaine de la Critique à Cannes, en est certainement une ! Sa réalisatrice Marine Atlan a beau être connue et respectée comme chef-opératrice sur les films de Simon Rieth (Nos cérémonies), Carmen Jaquier (Foudre), Iris Kaltenbäck (Le Ravissement), Alexis Langlois (Les Reines du drame) et Louise Hémon (L’Engloutie), son récit d’un voyage scolaire à Naples, long de près de deux heures et demie, a quand même surgi un peu de nulle part. Ce qui ne signifie point qu’il ne mérite pas son inclusion sur cette liste. Juste que le public américain en général et les membres de l’Académie du cinéma américain en particulier risquent de ne pas se montrer exceptionnellement sensibles à son égard.
Par conséquent, nous évaluons ses chances de progresser dans la course à l’Oscar, jusqu’à l’annonce des nominations le jeudi 21 janvier 2027 et à la 99ème cérémonie le dimanche 14 mars 2027, comme particulièrement minces. Un peu à l’image de son distributeur américain, inconnu en tant qu’acteur substantiel dans la jungle opportuniste des stratégies pour décrocher le prix suprême du cinéma mondial. Alors qu’il peut se vanter d’avoir fait connaître en salles outre-Atlantique les films de Harris Dickinson (Urchin), Radu Jude (Dracula et Kontinental ‘25), Christian Petzold (Miroirs No.3) et Ildiko Enyedi (Silent Friend), ainsi que prochainement, en plus de La Gradiva dont la sortie américaine est prévue pour le 18 décembre, ceux de Sandra Wollner (Everytime) et Emmanuel Marre (Notre salut).

L’Inconnue de Arthur Harari (Neon)
Qu’est-ce qui est le plus étrange, le troisième long-métrage de Arthur Harari – apprécié par certains et détesté par beaucoup d’autres, y compris notre critique maison Jean-Jacques – ou le fait que le comité de sélection français ait jugé bon de le présélectionner ? En tout cas, après deux semaines à l’affiche en France, on ne peut pas dire qu’il fait l’unanimité en sa faveur avec de très confidentiels moins de 80 000 tickets à son actif. Comme mentionné plus haut, son accueil critique n’a guère été plus enthousiaste. Au risque de nous répéter, en quoi mérite-t-il d’être considéré comme l’un des films les plus représentatifs de ce qui s’est fait de mieux au sein du cinéma français ces douze derniers mois ?
À bien y réfléchir, la seule réponse qui nous vient à l’esprit est la réputation de son réalisateur. Attention, pas en tant que cinéaste, puisque ses deux films précédents Diamant noir et Onoda 10 000 Nuits dans la jungle ont eu un impact sensiblement plus important du côté des César qu’aux États-Unis ! Non, comme coscénariste oscarisé en 2024 de Anatomie d’une chute de Justine Triet.
Qui ne se souvient pas, en fait, du tollé provoqué à l’époque par le choix du comité de sélection national qui avait préféré La Passion de Dodin Bouffant de Tran Anh Hung à la Palme d’or de 2023 ? Un petit scandale parmi tant d’autres qui avait cependant conduit l’Académie du cinéma américain à élargir dès cette année ses règles d’éligibilité en matière de l’Oscar du Meilleur Film international. Pour le meilleur et pour le pire, Arthur Harari paraît en être un bénéficiaire très indirect.

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Minotaure de Andreï Zviaguintsev, sortie le 14 octobre (Mubi)
En quelque sorte, on a gardé le meilleur pour la fin. À moins que l’ordre alphabétique nous ait aidés aussi un peu … Il n’empêche que le nouveau film du réalisateur russe Andreï Zviaguintsev, Grand Prix à Cannes, coche quasiment toutes les cases pour avancer a priori jusqu’au stade des nominations. Acclamé en festivals, ce mélodrame sombre représenterait le troisième film de suite de Zviaguintsev à être nommé aux Oscars, après Leviathan en 2015 et Faute d’amour en 2018 soumis à l’époque par la Russie. Puisque le réalisateur a fui son pays d’origine, il s’agit en plus de la dernière chance de le voir participer à cette saison-ci des Oscars. Auparavant, la présélection de Minotaure par le comité allemand n’avait pas abouti.
Un remake du film français de 1969 La Femme infidèle de Claude Chabrol avec Stéphane Audran et Michel Bouquet, Minotaure a quand même un argument de taille contre lui. C’est un film en russe, produit par des capitaux français. À voir donc si cet aspect essentiel peut lui faire du tort aux yeux du comité de sélection, à peine un an après la qualification d’un autre candidat français dépourvu de la langue de Molière. Si ce n’était pour le précédent si récent d’Un simple accident, nous serions plus confiants pour le prédire.
















