Good Luck, Have Fun, Don’t Die
États-Unis, Allemagne : 2025
Titre original : –
Réalisation : Gore Verbinski
Scénario : Matthew Robinson
Acteurs : Sam Rockwell, Haley Lu Richardson
Éditeur : Metropolitan Film & Video
Durée : 2h14
Genre : Science-Fiction, Action, Comédie
Date de sortie cinéma : 15 avril 2026
Date de sortie DVD/BR : 11 septembre 2026
Un soir, dans un resto minable de Los Angeles, un homme étrange et débraillé débarque avec un détonateur à la main et affirme venir du futur. Ce serait la 117ème fois qu’il remonte le temps pour empêcher l’apocalypse déclenchée par une IA. Son ultime stratégie : recruter les clients du restaurant pour former une équipe capable de sauver le Monde. Si ce groupe aussi improbable que mal préparé y parvient, alors l’Humanité a peut-être encore une chance… Ou peut-être pas. Qui sait ?
Le film
[4,5/5]
Quel kif que ce Good Luck, Have Fun, Don’t Die ! À une époque où une bonne partie du cinéma de science-fiction semble avoir été conçue dans une salle d’attente pour algorithmes, Gore Verbinski revient avec un film qui préfère manifestement jeter le téléphone par la fenêtre plutôt que de demander à ChatGPT de lui écrire son scénario. Et rien que pour ça, il mérite déjà une petite médaille en carton recyclé. Après près d’une décennie d’absence derrière la caméra, le réalisateur de Pirates des Caraïbes, Rango et The Lone Ranger revient donc avec une drôle de bestiole : une comédie de science-fiction, un film d’action complètement azimuté, une satire sociale et un manifeste anti-écrans qui refuse obstinément de choisir son rayon dans le vidéoclub. Good Luck, Have Fun, Don’t Die raconte l’arrivée dans un restaurant miteux de Los Angeles d’un homme venu du futur, persuadé que les clients présents constituent la dernière chance de sauver l’humanité d’une apocalypse provoquée par une intelligence artificielle. Rien que ça. Et comme le monsieur en question débarque avec un détonateur et une tendance assez prononcée à parler beaucoup, la soirée va forcément devenir légèrement compliquée.
Le génie de Good Luck, Have Fun, Don’t Die, c’est de comprendre que le discours sur les dangers des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle ne peut fonctionner aujourd’hui qu’à condition de ne surtout pas ressembler à un discours sur les dangers des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle. Matthew Robinson construit ainsi un scénario qui avance par révélations successives, bifurcations, récits enchâssés et changements de perspective, tandis que Gore Verbinski transforme chaque nouvelle information en occasion de faire exploser sa mise en scène. Le film donne parfois l’impression d’assister à plusieurs épisodes de Black Mirror compressés dans une machine à laver, avec une grosse poignée de Everything Everywhere All at Once jetée par-dessus bord avant l’essorage. Mais Good Luck, Have Fun, Don’t Die ne se contente jamais d’empiler les idées. Sa structure éclatée traduit précisément son sujet : un monde où l’attention est devenue impossible à maintenir, où chaque écran réclame simultanément son morceau de cerveau et où l’existence elle-même semble fonctionner comme un fil d’actualité dont personne ne connaît plus l’origine.
Cette charge anti-téléphones portables constitue évidemment le cœur battant de Good Luck, Have Fun, Don’t Die, mais le film se montre plus malin qu’un simple « les écrans, c’est mal ». Ce qui intéresse Gore Verbinski, c’est plutôt la manière dont la technologie finit par modifier notre rapport aux autres, au réel et même à notre propre capacité de décision. Les personnages passent leur temps à regarder, enregistrer, commenter ou consommer de l’information alors qu’un type prétend littéralement être venu du futur pour les empêcher de disparaître. L’idée est aussi absurde que terriblement logique : l’humanité pourrait parfaitement être prévenue de sa propre extinction et prendre quelques secondes pour vérifier si l’information a reçu suffisamment de likes. Good Luck, Have Fun, Don’t Die pousse donc le bouchon très loin, jusqu’à faire de la passivité numérique une forme de catastrophe civilisationnelle. L’intelligence artificielle n’est finalement que l’aboutissement monstrueux d’une tendance déjà bien installée : déléguer progressivement sa mémoire, son attention, ses choix et bientôt peut-être son imagination à des machines qui, elles, n’ont jamais besoin de dormir.
Cette folie thématique trouve une traduction visuelle à la hauteur dans Good Luck, Have Fun, Don’t Die. Gore Verbinski filme comme si la caméra elle-même avait consommé beaucoup trop de café et découvert simultanément les possibilités du grand-angle, du mouvement perpétuel et du montage frénétique. Les cadres sont souvent composés comme des pièges : quelque chose attire le regard au premier plan pendant qu’un événement complètement dingue se produit ailleurs dans l’image. Le décor du restaurant devient progressivement une sorte de théâtre miniature où les trajectoires des personnages, les écrans, les fenêtres, les miroirs et les différents axes de circulation fabriquent une géographie volontairement instable. Puis le film sort du restaurant, change d’échelle, de rythme et presque de logique sans perdre complètement son fil rouge. Cette mobilité permanente n’est pas qu’un feu d’artifice technique : elle matérialise un monde incapable de rester tranquille plus de trois secondes. Good Luck, Have Fun, Don’t Die fait ainsi de la forme une extension directe du propos. Le spectateur est bombardé d’informations exactement comme les personnages le sont.
Et puis il y a cette formidable sensation de cinéma punk qui traverse Good Luck, Have Fun, Don’t Die. Pas punk parce que le film chercherait à singer une esthétique underground avec trois cheveux rouges dressés sur la tête et une guitare électrique dans le fond du cadre, mais parce qu’il semble véritablement heureux de faire autre chose que ce qu’on attend de lui. Pour un budget relativement modeste, Gore Verbinski retrouve une liberté créative assez réjouissante, celle qui consiste à prendre une idée folle au sérieux sans jamais devenir sérieux soi-même. Le film peut passer d’une séquence d’action brutale à une situation parfaitement débile, puis bifurquer vers une réflexion étonnamment pertinente sur notre époque. Cette mécanique rappelle parfois les meilleurs délires de science-fiction indépendante, ceux qui préfèrent l’excès à la prudence et l’invention au cahier des charges. Good Luck, Have Fun, Don’t Die ressemble alors à un doigt d’honneur adressé aux films fabriqués pour être immédiatement compréhensibles par tout le monde, partout, tout le temps. Une jolie façon de sauver l’humanité : commencer par sauver le cinéma de la réunion marketing.
Le film fonctionne également parce qu’il ne réduit jamais ses personnages à de simples porte-parole de la thèse maison. Good Luck, Have Fun, Don’t Die repose évidemment énormément sur Sam Rockwell, formidable en homme du futur aussi cabossé qu’enthousiaste, dont l’énergie semble constamment sur le point de faire sortir le personnage du cadre. Sam Rockwell possède cette capacité rare à rendre crédible un individu qui raconte les choses les plus invraisemblables tout en donnant l’impression qu’il pourrait parfaitement avoir raison. Face à lui, Haley Lu Richardson apporte une présence beaucoup plus terre à terre qui permet au récit de conserver un minimum d’ancrage émotionnel. Zazie Beetz, Michael Peña, Juno Temple et Asim Chaudhry complètent un groupe dont les réactions servent autant la comédie que la construction progressive du récit. Chacun semble découvrir le scénario en même temps que le spectateur, ce qui donne aux scènes de groupe une énergie presque électrique.
Il reste bien quelques défauts au cœur de Good Luck, Have Fun, Don’t Die, mais comme le dit cette expression qui ne veut rien dire, le film a finalement les défauts de ses qualités : l’abondance d’idées finit parfois par produire quelques embouteillages narratifs, certaines explications auraient gagné à être légèrement raccourcies et le film peut donner le sentiment, dans son dernier mouvement, de courir derrière sa propre imagination avec une chaussure défaite. Mais ce sont presque des défauts de luxe. À choisir entre un film trop prudent et un film qui déborde, qui tente, qui trébuche parfois mais qui possède une véritable personnalité, le choix est vite fait. Good Luck, Have Fun, Don’t Die a surtout le mérite de parler de notre époque sans avoir l’air d’un PowerPoint sur notre époque. Il parle des écrans en utilisant les armes du cinéma, de l’IA en fabriquant un objet qui ne ressemble à rien d’autre, et de la perte de contact avec le réel en proposant justement une expérience profondément physique, sonore et visuelle. Derrière ses explosions, ses délires et ses personnages frappadingues, le film pose finalement une question assez simple : si tout le monde regarde son écran au moment où le monde s’effondre, qui reste-t-il pour regarder le monde ?
Good Luck, Have Fun, Don’t Die n’apporte évidemment pas une réponse définitive aux questions quasi-philosophiques qu’il soulève, et heureusement. Il préfère lancer une grenade dans la boîte à notifications, regarder les morceaux voler et rire avant de prendre la fuite. C’est peut-être cela, au fond, son plus joli pied de nez : être un film qui parle d’une humanité devenue accro à la distraction tout en parvenant encore à distraire intelligemment. Gore Verbinski signe un objet furieux, drôle, généreux et visuellement déchaîné, suffisamment accessible pour fonctionner comme un pur divertissement et suffisamment teigneux pour laisser quelques échardes sous la peau. Dans un paysage où la science-fiction hollywoodienne aime parfois prédire l’avenir avec la prudence d’un horoscope, Good Luck, Have Fun, Don’t Die préfère carrément lui coller une baffe. Et franchement, il était temps.
Le Blu-ray
[4/5]
Pour son édition Blu-ray de Good Luck, Have Fun, Don’t Die, Metropolitan Film & Video nous propose un disque qui permet surtout de profiter dans de très bonnes conditions de la débauche visuelle et sonore imaginée par Gore Verbinski. Et ce n’est pas vraiment un luxe lorsqu’il s’agit d’un film qui passe son temps à multiplier les mouvements de caméra, les changements de lumière, les effets numériques et les environnements plus ou moins réalistes. L’image affiche donc une définition solide, suffisamment précise pour faire ressortir les détails des décors, des costumes et des visages, avec un piqué globalement convaincant. Les couleurs sont bien reproduites et les contrastes permettent aux nombreuses ambiances du film de conserver leur personnalité, qu’il s’agisse des intérieurs du restaurant, des séquences nocturnes ou des passages plus franchement spectaculaires. Good Luck, Have Fun, Don’t Die profite également d’une compression qui sait rester discrète : les mouvements rapides et les scènes chargées en informations ne donnent pas lieu à une bouillie numérique particulièrement gênante. Le transfert HD n’a évidemment pas l’impact d’une présentation 4K Ultra HD, mais il remplit très correctement son contrat et respecte l’esthétique volontairement nerveuse du long métrage. Côté son, Metro nous propose de savourer VF et VO en DTS-HD Master Audio 5.1, et les deux mixages se montrent particulièrement dynamiques, avec une utilisation régulière des différents canaux pour installer l’ambiance, accompagner les mouvements de caméra et donner de l’ampleur aux scènes d’action. Les dialogues restent parfaitement intelligibles, y compris lorsque la bande-son devient plus généreuse, tandis que les effets profitent d’une belle spatialisation. La musique de Geoff Zanelli trouve également une place confortable dans l’ensemble et participe pleinement à cette sensation de course permanente qui traverse le film. La VF comme la VO bénéficient d’un rendu ample et propre, avec des basses suffisamment présentes lorsque les séquences spectaculaires commencent à faire trembler les murs.
Côté suppléments, c’est un peu plus maigre malheureusement : cette édition Blu-ray de Good Luck, Have Fun, Don’t Die s’offre seulement une courte featurette qui fera office de making of (5 minutes). Ce module donne néanmoins la parole à plusieurs membres importants de la distribution, notamment Sam Rockwell, Juno Temple, Zazie Beetz et Michael Peña, qui évoquent rapidement leurs personnages, les costumes, les décors et leur collaboration avec Gore Verbinski. Le principe est classique mais plutôt agréable : quelques images du tournage viennent illustrer les interventions et permettent de jeter un coup d’œil derrière la fabrication de certaines scènes. On terminera le tour des bonus avec la bande-annonce du film, proposée en VF et en VO. Bref, le disque ne croule certainement pas sous les suppléments, mais la qualité technique nous permet de profiter pleinement du travail de Gore Verbinski sur un des meilleurs films de l’année 2026, et c’est bien là le principal.



























