Test Blu-ray : Manhattan Baby / La Malédiction du Pharaon

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Manhattan Baby / La Malédiction du Pharaon

Italie : 1982
Titre original : L’occhio del male
Réalisation : Lucio Fulci
Scénario : Dardano Sacchetti, Elisa Briganti
Acteurs : Christopher Connelly, Brigitta Boccoli, Giovanni Frezza
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h29
Genre : Fantastique
Date de sortie cinéma : 5 décembre 1984
Date de sortie Blu-ray : 31 octobre 2023

En Égypte – Alors qu’il explorait un tombeau inconnu dans une pyramide, l’archéologue George Hacker délivre accidentellement une entité maléfique. Son acte déclenche immédiatement une malédiction ayant pour effet de le rendre aveugle. Il rentre alors à New York avec son épouse Emily et sa fille Suzie, laquelle porte une étrange amulette, qu’une femme lui avait offerte avant de disparaître. De retour dans leur appartement, la famille Hacker est en proie à des phénomènes paranormaux et la petite Suzie semble possédée par un esprit démoniaque…

Le film

[3,5/5]

La Malédiction du Pharaon (également connu sous le titre Manhattan Baby) n’est certes pas le film le plus populaire de Lucio Fulci, mais il est sans conteste l’un de ceux qui ont été le plus vus en France ces vingt dernières années. En effet, le film a été largement découvert par une nouvelle génération de cinéphiles au début des années 2000 grâce à une édition DVD estampillée Néo Publishing / CinéFX disponible à bas prix et ayant littéralement inondé le marché de l’occasion pendant de nombreuses années (au même titre qu’Aenigma du même Lucio Fulci). Bref, autant dire que si vous n’avez toujours pas vu Manhattan Baby, c’est que vous ne vouliez pas le voir – ou que vous étiez trop jeune pour le découvrir à l’ère de l’avènement du format DVD.

Souvent considéré comme une œuvre mineure de Lucio Fulci, Manhattan Baby a surtout le défaut d’avoir été réalisé juste après une période très faste pour le cinéaste. On résume ainsi souvent l’œuvre du maestro Lucio Fulci au tournant qu’elle a pris en 1979 avec L’Enfer des zombies, et qui se prolongerait grosso-modo jusqu’en 1982. Trois années touchées par la grâce qui permettraient à Fulci de nous livrer une série de chefs d’œuvre de l’horreur viscérale : Frayeurs en 1980, La Maison près du cimetière et L’Au-delà en 1981, et L’éventreur de New York en 1982. Alors bien sûr, Manhattan Baby tient difficilement la comparaison avec cette série de films, mais la petite histoire autour du film murmure que le budget du film a été très nettement revu à la baisse par le producteur Fabrizio De Angelis alors que le tournage avait déjà commencé, ce qui obligea Lucio Fulci et ses scénaristes Dardano Sacchetti et Elisa Briganti à revoir leurs ambitions à la baisse et, surtout, à sacrifier un certain nombre de séquences qui auraient peut-être permis au film de trouver un meilleur équilibre.

Pour autant, tel qu’on le connaît aujourd’hui, Manhattan Baby n’a rien de foncièrement honteux, et s’avère même globalement assez sympathique. Le film est certes un peu « fouillis » dans son développement, et dans la façon maladroite dont il recycle certains éléments narratifs tirés de Rosemary’s Baby, La Malédiction de la Vallée des Rois ou encore Poltergeist. Cependant, l’ensemble a beau être un peu boiteux, il s’impose finalement assez rapidement comme un Gloubi-Boulga bordélique mais bien rythmé, et parfaitement divertissant à sa manière.

D’ailleurs, le premier constat qui s’impose à la découverte de Manhattan Baby, et en dépit de son budget drastiquement réduit, c’est que la photo du film signée Guglielmo Mancori (Spasmo) est vraiment superbe. C’est en partie grâce au soin apporté à l’image que le film de Lucio Fulci parvient à accrocher le spectateur dès les premières minutes : se déroulant en Égypte, les scènes qui ouvrent Manhattan Baby dégagent une atmosphère absolument remarquable, et établissent de fait une introduction absolument passionnante.

Alors bien sûr, Manhattan Baby ne tiendra pas toutes ses promesses une fois de retour à New York, en partie parce que l’intrigue semble partir dans beaucoup (trop) de directions différentes à la fois, et surtout qu’elle évolue selon une logique narrative pour le moins étrange. En l’état, elle donne parfois l’impression au spectateur que le récit est dépourvu de ligne directrice claire, et nous propose une suite de saynètes assemblées l’une après l’autre, sans véritable histoire à raconter : on pourra par exemple s’étonner que la disparition mystérieuse de nombreux personnages dans leur entourage proche ne semble jamais réellement émouvoir les personnages principaux.

Cependant, Manhattan Baby nous réserve son lot de séquences amusantes et d’effets spéciaux réussis, qui parviennent à maintenir l’intérêt du spectateur en dépit du caractère incohérent de certaines situations : il se passe suffisamment de choses dans le film pour qu’il ne soit jamais ennuyeux, et la sublime photo fait le reste. Car qu’on entre dedans ou pas, on ne peut nier que Manhattan Baby bénéficie d’une maestria technique qu’il est facile d’apprécier. Le casting est sympathique, mené par Christopher Connelly (Les Guerriers du Bronx), Cinzia de Ponti (Bianco Apache) et Carlo De Mejo (Un homme est mort). On notera également l’importance des enfants au cœur de l’intrigue ; ils sont interprétés par Brigitta Boccoli et Giovanni Frezza. Brigitta Boccoli n’a pas tourné énormément de films s’étant exporté en dehors des frontières italiennes, mais les plus curieux pourront la revoir, âgée de 32 ans, dans un épisode de la quatrième saison de la série Don Matteo avec Terence Hill. Giovanni Frezza en revanche est un visage connu des amateurs de cinéma horrifique italien des années 80 : c’est le petit blondinet que l’on a pu voir, entre autres, dans La Maison près du cimetière, Les Nouveaux Barbares, Démons ou encore La Maison de la Terreur.

Le fait que Manhattan Baby ne soit qu’une semi-réussite dans la carrière de Lucio Fulci est cependant à relativiser : en visitant divers forums consacrés au film ou plus largement à la carrière de Lucio Fulci, on trouve tout de même pas mal d’admirateurs du film et de son atmosphère. L’un d’entre eux nous propose d’ailleurs une critique positive d’une concision et d’une classe telle que l’on ne peut résister à l’envie de vous la faire partager : « Tres bon films d’horreur causer par un tombeau qui n’avais jamais inexplore ». Si on avait su, on aurait commencé par là…

Le Blu-ray

[4,5/5]

Alors que les amoureux du cinéma de Lucio Fulci devaient se contenter depuis une vingtaine d’années d’un DVD remontant quasiment à la préhistoire du support et constituant une insulte aux compositions de plans et aux jeux de lumière mis en place par Guglielmo Mancori, Manhattan Baby débarque enfin en Haute-Définition en France, sous les couleurs du Chat qui fume. Et comme d’habitude avec l’éditeur, cette édition Blu-ray en imposera d’entrée de jeu grâce à son visuel classieux (signé Frédéric Domont) mais également au soin apporté au packaging : le tout s’affiche en effet dans un beau digipack trois volets de la mort qui tue, orné de photos du film et nanti d’un sur-étui cartonné. La classe.

Côté technique, Le Chat qui fume nous délivre, comme à son habitude, un sans-faute absolu avec cette édition Blu-ray de Manhattan Baby : définition précise, couleurs littéralement explosives, piqué à tomber, master full HD 1080p, aucun souci d’encodage à déplorer. Le rendu Haute-Définition est sublime, et les amoureux de cette curiosité de la filmographie de Lucio Fulci seront absolument ravis de redécouvrir le film dans des conditions inédites et absolument superbes : on tire à nouveau notre chapeau à l’éditeur pour cette merveilleuse présentation, d’autant que le grain cinéma d’origine a été respecté aux petits oignons. Côté son, le spectacle acoustique est également d’un excellent niveau : le film de Fulci nous est proposé dans un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 en version anglaise comme en version française d’époque, le tout étant disponibles avec des sous-titres français clairs et sans fautes. Bref, comme d’hab avec Le Chat qui fume, vous pouvez y aller les yeux fermés.

Du côté des suppléments, on commencera avec un entretien avec l’actrice Cinzia de Ponti (12 minutes), qui évoquera sa rencontre avec Lucio Fulci et ses souvenirs de tournage sur L’éventreur de New York et Manhattan Baby. Mais le gros morceau de l’interactivité du film se situe sur le deuxième Blu-ray disponible au sein de cette édition : le film Fulci for Fake de Simone Scafidi (1h31), le premier biopic sur Lucio Fulci, contenant des images, des photos et des interviews jamais vues auparavant. Ce film est d’ailleurs tellement bon qu’il a fait l’objet d’une édition Blu-ray en solo – qui sera l’occasion pour nous de l’aborder dans le détail. En attendant, pour vous procurer cette édition Blu-ray de Manhattan Baby (+ Fulci for Fake), rendez-vous sur le site de l’éditeur !

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