Test Blu-ray : La Maison de la Terreur

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La Maison de la Terreur

Italie : 1983
Titre original : La Casa con la scala nel buio
Réalisation : Lamberto Bava
Scénario : Dardano Sacchetti, Elisa Briganti
Acteurs : Andrea Occhipinti, Anny Papa, Fabiola Toledo
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h47
Genre : Thriller, Giallo
Date de sortie cinéma : 23 décembre 1987
Date de sortie Blu-ray : 15 février 2022

Engagé afin de composer la musique d’un film d’horreur, Bruno emménage dans une vaste villa, dans la banlieue de Rome, dont le propriétaire est Tony Rendina, un ami d’enfance. Très vite, Bruno réalise que la maison est le cadre de faits étranges et inexplicables. Il fait bientôt la connaissance de Katia, une voisine, laquelle est sauvagement assassinée à l’arme blanche dans le jardin bordant la propriété. Un tueur rôde dans les parages, et le cauchemar ne fait que commencer…

Le film

[3,5/5]

Grosse actu en vidéo pour les Bava père et fils : après la sortie ces jours-ci de plusieurs grands classiques issus de la carrière de Mario Bava (Le Masque du démon, La fille qui en savait trop et Caltiki le monstre de l’espace), son fils Lamberto Bava est également mis à l’honneur, avec les sorties successives de La Maison de la Terreur et de son diptyque Démons / Démons 2.

Le Chat qui fume fut donc le premier à mettre Lamberto Bava sur le devant de la scène vidéo, en nous proposant le mois dernier de redécouvrir en Blu-ray La Maison de la Terreur, le deuxième long-métrage solo de Bava fils, datant de 1983. Auparavant, le fiston avait consciencieusement marché dans les traces de son père avec le gothique Baiser Macabre (1980). Avec son deuxième long, initialement conçu pour être une mini-série pour la télévision italienne, Lamberto Bava s’attaquait à un film d’horreur reprenant en grande partie les codes du Giallo, un autre genre cher à son maestro de papa.

Pour autant, Lamberto Bava décidait de signer avec La Maison de la Terreur un giallo teinté de modernité typiquement 80’s : s’il se rattache au genre par bien des aspects, formels et narratifs, il est également largement placé sous le signe de son temps. Ainsi, dès les premières minutes du film, il sera littéralement impossible de ne pas voir le gros clin d’œil effectué par Bava à son confrère Lucio Fulci, puisqu’il met en scène trois petits garçons se défiant de visiter la cave d’une maison soi-disant hantée. Pour ceux qui n’auraient pas saisi la référence à La Maison près du cimetière (1981), Lamberto Bava choisit de plus de donner le rôle du garçon descendant dans la cave à Giovanni Frezza, le petit blondinet inquiétant qui jouait aux côtés de Catriona MacColl dans le film de Fulci.

La deuxième référence qui ne pourra pas échapper aux amateurs de Gialli se situe dans « LA » grosse scène de meurtre de La Maison de la Terreur : celle d’Angela (Fabiola Toledo), qui se fait trucider au couteau, étouffer avec un sac plastique et éclater la tronche sur le carrelage de la salle de bain, et qui s’avère tellement gore et spectaculairement excessive dans ses effets qu’elle ne pourra que rappeler celle du meurtre au rasoir de Veronica Lario dans le Ténèbres de Dario Argento (1982), film sur lequel Lamberto Bava occupait d’ailleurs le poste d’assistant-réalisateur.

Bref, on a terminé la semaine dernière notre « Semaine du Giallo », mais on commence à se dire qu’on aurait pu jouer les prolongations avec La Maison de la Terreur, qui ne respecte certes pas tous les codes du genre, mais qui s’en amuse clairement, en ajoutant de plus à son récit une dimension « méta ». Cette dimension est liée au métier du personnage principal, Bruno (Andrea Occhipinti), compositeur de musiques de films travaillant sur un film – un whodunit de type Giallo, réalisé par Sandra (Anny Papa) – dont l’histoire est basée, sans qu’il le sache, sur la maison qu’il occupe le temps de composer sa bande originale. Cet aspect est intéressant et original, car Lamberto Bava joue beaucoup sur le fait que le spectateur ne sait jamais vraiment si la musique qu’il entend est celle du film, ou celle du film… dans le film ! Impossible également de ne pas citer ce meurtre durant lequel le tueur utilise une bobine de pellicule pour étrangler sa victime, dans le but de cacher son identité – qui est, comme le veut la tradition du whodunit, révélée par la dernière bobine du film dans le film. Vous arrivez à suivre ?

Bien sûr, le compositeur au cœur du film sera rapidement dérangé par un défilé de personnages féminins qui seront autant de chair fraiche à destination du tueur. Dès la première nuit, Bruno fera donc la connaissance de Katia (Valeria Cavalli), qui se cachait dans un placard à la recherche de son amie Linda, la précédente locataire de la villa. Vous me direz, faut-il être nigaude pour chercher une amie dans un placard, mais que voulez-vous – le scénario du film, imaginé par Dardano Sacchetti et Elisa Briganti (La Maison près du cimetière, L’Enfer des Zombies) ne s’attardera pas sur cette incohérence et ira rapidement de l’avant, en faisant mourir l’importune sous les coups d’un tueur armé, dans un premier temps, d’un petit cutter d’écolier. Plus tard, la copine de Katia, Angela, sera la deuxième victime du tueur fou, et Bruno, inquiet de ne pas voir réapparaitre les deux femmes, partagera son inquiétude avec sa petite amie Giulia (Lara Lamberti). Mais la présence de Giulia n’est-elle pas liée à cette vague de crimes ?

Cet aspect de l’intrigue pourra être une surprise pour le cinéphile qui redécouvrira aujourd’hui La Maison de la Terreur, après l’avoir découvert en VHS dans les années 80. En effet, la culpabilité éventuelle de Giulia, ainsi que tout le background du personnage, avaient été consciencieusement gommés par l’édition vidéo du film en France, de même que certains agissements du jardinier Giovanni (Stanko Molnar). De fait, on ne pourra que saluer Le Chat qui fume d’avoir réintégré ces scènes, qui permettent au film d’étoffer un peu davantage son intrigue, de sorte à établir plus de fausses pistes que sur le montage du film que nous connaissions jusqu’ici.

Il suffit parfois d’un rien pour réhabiliter un film, et le fait de découvrir aujourd’hui La Maison de la terreur dans sa version intégrale pourra nous faire regretter d’avoir pu autrefois avoir la dent dure vis-à-vis du film de Lamberto Bava. Il s’agit en réalité d’un film soigné et globalement solide malgré quelques incohérences. Les scènes de meurtres sont très graphiques, et les scènes inédites parviennent à brouiller les pistes même si bien sûr le spectateur habitué au Giallo ne tardera sans doute pas à orienter ses soupçons vers la bonne personne.

Le coffret Blu-ray + CD

[5/5]

Comme on l’a dit un peu plus haut, La Maison de la terreur est édité en France dans un somptueux Combo Blu-ray + CD sous les couleurs du Chat qui fume. Et qui dit Le Chat qui fume dit forcément « excellence technique » + « bel objet de collection », ce qui tendrait presque, à force, à donner l’impression que l’on signe toujours à peu près le même papier concernant leurs sorties. On tente d’être professionnels et de rédiger nos chroniques sans se dire avant même de les avoir ouvertes qu’il n’y aura rien à redire et qu’on repartira dans le sempiternel défilé de superlatifs, mais dans le cas du Chat, il faut bien se rendre à l’évidence : il n’y a rien à redire. Le film de Lamberto Bava nous est donc proposé dans un superbe Combo Blu-ray + CD, le CD en question (16 titres, 55 minutes) étant un florilège de titres composés par les frères Maurizio et Guido De Angelis pour le cinéma. Le tout est par ailleurs présenté dans un très beau Digipack trois volets surmonté d’un étui rigide, au design réalisé par l’excellent Frédéric Domont. Il s’agit d’une édition limitée à 1000 exemplaires.

La Maison de la terreur est non seulement proposé dans une présentation luxueuse qui ravira les collectionneurs, mais le Blu-ray édité par Le Chat qui fume envoie le bois niveau image. Le master affiche certes un piqué un peu « doux », mais qui correspond aux limites d’un tournage rital des années 80. Le grain argentique est préservé, les contrastes sont très affirmés, les noirs d’une profondeur absolue, bref, c’est du très beau travail. Côté son, VF et VO nous sont proposées en DTS-HD Master Audio 2.0 (mono d’origine), et proposent toutes deux un confort d’écoute optimal, un bon dynamisme, même si les dialogues de la VF sont sans doute mixés un peu bas.

Rayon suppléments, en plus du CD de seize titres qui viendra à coup sûr régulièrement égayer vos oreilles, on aura droit à une jolie sélection de bonus qui nous permettront de prolonger un peu le plaisir pris devant le film. On commencera avec un entretien avec Lamberto Bava (17 minutes), qui reviendra sur la genèse du film, qui devait à l’origine être une mini-série pour la TV italienne, divisée en plusieurs épisodes de 20 minutes. Le cinéaste admettra cependant rapidement s’être « lâché » sur la violence graphique, en partie parce que son premier film, Baiser Macabre (1980), était souvent considéré comme « trop soft » par les producteurs de cinéma d’horreur – il avait donc mis la dose en termes de gore pour prouver à ceux qui en doutaient que lui aussi était capable de se vautrer dans les excès. Il évoquera également la musique du film, le montage (assuré par ses soins) et l’affiche du film. A ce sujet, il se rappellera avoir croisé dans une convention un fan américain du film qui s’était fait tatouer l’affiche de La Maison de la terreur dans le dos…

On continuera ensuite avec un entretien avec Dardano Sacchetti (21 minutes), qui reviendra tout d’abord sur le point de départ du film, à savoir la maison en elle-même, que le producteur Luciano Martino venait d’acquérir, et qu’il voulait utiliser pour un film. Pour relever ce défi, le scénariste du film se replongerait dans ses souvenirs, et en particulier de sa maison d’enfance, qui l’a visiblement beaucoup marqué et a fait naitre en lui une véritable passion pour l’horreur. Seulement partiellement convaincu par le film de Lamberto Bava, Dardano Sacchetti estime qu’il manque une histoire plus solide, une réalisation plus « couillue », un peu de budget et une ouverture sur l’extérieur. Il reste aujourd’hui convaincu que La Maison de la terreur méritait mieux, mais que le producteur Luciano Martino s’en foutait.

On trouvera également un entretien avec Gianlorenzo Battaglia (17 minutes), chef opérateur du film, qui évoquera rapidement son parcours et sa rencontre avec Lamberto Bava avant de revenir sur le tournage de La Maison de la terreur. Il évoquera quelques partis-pris formels et techniques du film, certains comédiens et reviendra sur certains trucages et l’utilisation de la caméra à l’épaule. On terminera enfin avec la traditionnelle bande-annonce. Pour vous procurer cette édition limitée à 1000 exemplaires, rendez-vous sur le site de l’éditeur !

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