Test Blu-ray : Bianco Apache

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Bianco Apache

Italie, Espagne : 1987
Titre original : –
Réalisation : Bruno Mattei, Claudio Fragasso
Scénario : José María Cunillés, Francesco Prosperi
Acteurs : Sebastian Harrison, Lola Forner, Cinzia de Ponti
Éditeur : Le chat qui fume
Durée : 1h30
Genre : Western
Date de sortie cinéma : 26 août 1987
Date de sortie Blu-ray : 15 avril 2021

L’Ouest américain, durant la seconde moitié du XIXème siècle – Un convoi de pèlerins est attaqué par une bande de pillards. Ces derniers massacrent tout le monde à l’exception d’une femme, sauvée in extremis par des Apaches. Enceinte, elle est ramenée jusqu’à leur camp, où elle meurt en couches. L’enfant survit. Baptisé Shining Sky, il est élevé par White Bear, le chef de la tribu. « L’Apache blanc » grandit avec Black Wolf, le fils du chef, et devient son meilleur ami. Jusqu’au jour où, tous deux amoureux de la même femme, Rising Sun, Shining Sky tue accidentellement Black Wolf. Il est alors condamné à l’exil…

Le film

[3,5/5]

Bruno Mattei et Claudio Fragasso sont surtout connus pour le film Virus cannibale, qui a eu vite fait de cataloguer le duo comme les faiseurs de nanars les plus décomplexés et les plus WTF de tout le cinéma Bis. Grâce à une sélection de trois films judicieusement sélectionnés, Le chat qui fume permet au cinéphile de rompre avec cette idée reçue. Après Novices libertines et Scalps, il est aujourd’hui temps de nous pencher sur Bianco Apache.

Bianco Apache est un western spaghetti sorti sur les écrans français à l’été 1987, deux mois avant Scalps, qui fut à priori tourné en même temps. Il s’agit certes d’un spagh’ extrêmement tardif, mais d’autres représentants du western all’italiana ont encore succédé aux deux films de Bruno Mattei et Claudio Fragasso. Terence Hill a ainsi su prouver qu’il avait de la suite dans les idées en réalisant ou co-réalisant Petit papa baston en 1994 et Doc West / Doc West 2 en 2009. Même chose pour Enzo G. Castellari, qui signerait le très réussi Jonathan degli orsi (littéralement « Jonathan des ours ») en 1994…

Comme vous pouvez vous en douter, Scalps et Bianco Apache partagent de nombreux points communs. Ce sont deux westerns que l’on pourra classer dans la catégorie des westerns « pro-indiens ». Ils possèdent quelques acteurs en commun, et commencent et se terminent à peu près de la même façon – on ouvre les hostilités avec une scène de massacre d’un village indien, et le dernier acte sera orchestré sur le mode de la chasse à l’homme / vengeance. Les deux films font également preuve de la même cruauté, ainsi que d’excès dans la violence qui réjouiront les amateurs de bis et un peu d’avantage reculer les fondus de western.

Cependant, le western est un genre qui « réunit » beaucoup plus qu’il ne divise, et chaque représentant du genre semble posséder son petit cheptel d’aficionados. Ainsi, on vous invite à oublier les avis trop tranchés et les plumes fielleuses de la critique, et à foncer sur les forums francophones consacrés au genre western : vous y constaterez que les films de Bruno Mattei et Claudio Fragasso y comptent d’ardents défenseurs.

Comme le sous-entend clairement son titre, Bianco Apache reprend un thème relativement « cliché » dans l’univers du western : celui du petit « blanc » élevé par les indiens, à la Little big man. L’idée d’un petit gars tiraillé entre plusieurs cultures et ne se sentant jamais tout à fait chez lui est intéressante. Le héros du film est ainsi soumis au rejet de la part son propre peuple (les blancs) et de la part son peuple adoptif (les indiens), ce qui pourra créer chez lui un dilemme quant au « camp » à choisir. Prenant finalement clairement parti pour la cause indienne, Bianco Apache tend à représenter les blancs comme de parfaites ordures. Aucun personnage ne sera épargné, et surtout pas Isabella (Cinzia de Ponti), qui est une des plus viles salopes (mean bitch) que le western spaghetti ait porté. Et pourtant, on sait qu’il y en a eu ! Un vrai défilé de garces ! Ah ! Ah !

Au-delà de cela, l’intrigue du film restera assez linéaire et, finalement, assez cousue de fil blanc. Bianco Apache recycle d’ailleurs pas mal de clichés, mais se laisse pour autant suivre sans jamais provoquer d’ennui. Il faut dire aussi que les cinéastes insistent, et ce dès les premières séquences du film, sur une certaine cruauté tirant sur le sadisme (ce tomahawk dans la tronche !) qui, si elle s’avère sans finesse, tendra tout de même à accrocher le spectateur dès le départ. Pas subtil pour deux sous, le film n’en sera que plus efficace dans son dernier acte, volontiers nihiliste, qui met un terme à une intrigue aussi linéaire que douloureusement implacable.

Derrière la caméra, Mattei et Fragasso alternent le pire et le meilleur : certaines scènes d’action s’avèrent extrêmement efficaces, bien découpées et parfaitement cadrées, alors que d’autres sont plus faibles. On regrettera également l’utilisation fréquente de « stockshots animaliers » vaguement ridicules ; peut-être moins mal intégrés que dans le cas de Virus cannibale, mais tout de même bien mal intégrés à l’ensemble.

Néanmoins, malgré ces petits défauts (auxquels s’ajoute le jeu pas forcément impérissable du jeune Sebastian Harrison), Mattei et Fragasso parviennent à maintenir Bianco Apache à flot, en utilisant notamment de belle manière les sublimes paysages naturels mis à leur disposition. Au petit jeu des comparaisons cela dit, on ne pourra que lui trouver Scalps globalement supérieur, car sans doute encore plus méchant et sadique.

Le Blu-ray

[5/5]

Comme on l’a déjà indiqué un peu plus haut, Bianco Apache fait partie d’une vague de trois films de Buno Mattei à voir le jour en Blu-ray ce mois-ci : vous avez à coup sûr déjà lu nos tests de Novices libertines et de Scalps, l’autre western mis en boite en 1987 par Bruno Mattei et Claudio Fragasso. Comme d’habitude avec Le chat qui fume, ce Blu-ray de Bianco Apache s’offrira la forme d’un élégant Digipack trois volets, dont la conception graphique est à nouveau signée par le talentueux Frédéric Domont. L’ensemble est surmonté d’un joli fourreau cartonné aux couleurs du film, et il s’agit d’une édition limitée à 1000 exemplaires.

Côté technique, et comme à son habitude, l’éditeur français nous livre avec ce Blu-ray de Bianco Apache une copie solide – et même assez superbe – au format 1.85 respecté, et nous propose un master propre, aux contrastes soignés et à l’encodage sans faille réelle, rendant un bel hommage à la belle photo et aux sublimes paysages proposés par le film. Côté son, on retrouvera naturellement les pistes VO et VF en DTS-HD Master Audio 2.0 et mono d’origine. Que cela soit en VO ou en VF, le rendu acoustique parait un poil étouffé en de rares occasions, plus strident à d’autres ; cela dit, les deux mixages collent toujours parfaitement à l’ambiance du film.

Du côté des suppléments, c’est avec un plaisir non dissimulé que l’on trouvera sur le Blu-ray de Bianco Apache la troisième partie de l’entretien-carrière consacré à Claudio Fragasso (35 minutes). Abordant son travail par l’axe chronologique, le scénariste / réalisateur reviendra ici sur la (vaste) période allant de 1990 à 2016. Période de déclin de la série B italienne oblige, on abordera ici beaucoup de films peu connus chez nous. On retiendra tout particulièrement Non aprite quella porta 3 (très sérieusement vendu en Italie comme le troisième épisode de la saga Massacre à la tronçonneuse, et plus pragmatiquement distribué partout ailleurs sous le titre Night killer), qui fut l’occasion d’un véritable tournant dans sa carrière : après une dispute avec Bruno Mattei, ce vétéran du Bis finirait par se tourner vers le cinéma de « prestige », à message, en 1993 avec Teste rasate (littéralement « Têtes rasées »), un film sur les skins néo-nazis dans la mouvance de Romper Stomper, puis en 1995 avec Palerme-Milan aller simple. Ce dernier remporterait un beau succès à l’international, si bien qu’une suite intitulée Coppia omicida fut produite en 1998. Réfractaire à la langue de bois et généreux en anecdotes parfois croustillantes, Fragasso est passionnant, et c’est un vrai plaisir de l’écouter. On terminera enfin le tour du propriétaire avec les bandes-annonces de Scalps et Bianco Apache.

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