Accueil Critiques de films Critique : La Bataille De Gaulle L’Âge de fer

Critique : La Bataille De Gaulle L’Âge de fer

0
92

La Bataille De Gaulle L’Âge de fer

France, 2026
Titre original : –
Réalisateur : Antonin Baudry
Scénario : Antonin Baudry et Bérénice Vila, d’après un livre de Julian Jackson
Acteurs : Simon Abkarian, Simon Russell Beale, Florian Lesieur et Benoît Magimel
Distributeur : Pathé Films
Genre : Guerre / Avertissement
Durée : 2h39
Date de sortie : 3 juin 2026

3/5

Peu de personnages de l’Histoire française vaguement récente font l’objet d’une vénération aussi fervente que le général De Gaulle. Tous bords politiques confondus ou presque, chacun se réclame du côté héroïque de son héritage, alors que ce culte de la personne a depuis longtemps pris le tournant du mythe patriotique. Sur cet homme plus grand que nature, d’innombrables ouvrages historiques ont été rédigés. Des reportages à la télé reviennent à intervalles réguliers sur son action décisive pendant la Seconde Guerre mondiale et après, jusqu’à l’avènement de la Cinquième République. Bref, tout a déjà été dit sur l’auteur de l’appel du 18 juin 1940. Alors que les derniers témoins directs de cette période sont en train de disparaître, l’heure serait-elle venue pour dresser une fois pour toutes au cinéma le portrait contrasté de Charles De Gaulle ?

Pas tout à fait. Même si la première partie de la grande fresque sur la résistance française par Antonin Baudry s’acquitte étonnamment bien de la tâche épineuse de condenser un parcours si riche en revers et en victoires dans deux longs-métrages d’un peu plus de cinq heures cumulées. En attendant la suite qui sortira de manière anticipée dès ce vendredi, une semaine plus tôt qu’initialement prévu, La Bataille De Gaulle L’Âge de fer remplit avec panache le rôle de vulgarisation tous azimuts d’un chapitre essentiel de l’Histoire française et européenne, qui reste riche en enseignements pour le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Le tout avec une attention particulière portée au dosage d’ingrédients appartenant à l’hagiographie d’un côté et de l’autre, une conscience aiguë des aléas de l’Histoire, qui peut parfois dépendre de décisions en apparence anodines.

Au cœur du film, l’interprétation de Simon Abkarian dans le rôle du général légendaire est à l’image de cette approche multiple, quoique finalement fort cohérente. C’est-à-dire qu’elle sait jongler sans trop de pathos entre les traits de caractère d’un homme certes imbu de sa propre importance, mais qui savait souvent faire preuve d’une lucidité et d’une détermination hors pair.

© 2026 TF1 Films Production / Belvédère / Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma / Ness Films / Logical Content Ventures / Beside Productions /
Pathé Films Tous droits réservés

Synopsis : En juin 1940, la France, envahie par l’armée allemande nazie, accepte un armistice humiliant. Un seul haut gradé de l’armée française ne cède pas au défaitisme ambiant : le général De Gaulle. Il part seul en Angleterre, dans l’espoir d’organiser le début de la reconquête depuis ce pays lui aussi menacé par le rouleau compresseur de Hitler. Pourtant, le soutien du premier ministre britannique Winston Churchill se montre hésitant. Il a beau laisser De Gaulle tenir des discours enflammés sur les ondes de la radio anglaise, faute de forces militaires et, pire encore, d’engouement parmi les Français exilés pour se rallier à sa cause, cet allié encombrant n’a qu’une valeur stratégique limitée pour lui. Petit à petit, le rêve de De Gaulle d’une France libre et autonome finit par prendre forme.

© 2026 Guy Ferrandis / TF1 Films Production / Belvédère / Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma / Ness Films / Logical Content Ventures /
Beside Productions / Pathé Films Tous droits réservés

Le public plutôt nombreux de notre escapade caniculaire dans une salle de multiplexe ce matin avait beau être relativement âgé, nous cultivons l’espoir que le diptyque La Bataille De Gaulle aura aussi des choses à dire à la jeunesse. Dans le meilleur des cas, des choses au-delà de l’appréciation de son esthétique dans l’air du temps et de l’identification avec le jeune résistant auquel Florian Lesieur sait insuffler toute la ferveur un brin fanatique que l’on trouve jusqu’à récemment chez ces idéalistes post-adolescents, qui croient pouvoir influencer le cours de l’Histoire en ayant recours à la violence. Alors que le propos dominant du deuxième film de Antonin Baudry, sept ans après Le Chant du loup, vise justement à souligner qu’il existe d’autres moyens de se battre pour son pays que de se jeter à corps perdu dans la bataille armée.

Pendant les premières années de la France libre couvertes par ce film-ci, le vaillant général De Gaulle s’apparente plus à une bête traquée ou à un empereur sans couronne qu’au héros national que l’écriture rétrospective de l’Histoire avait plus tard fait de lui. Ainsi, il est tout à l’honneur du scénario de veiller à ce que le (très) difficile démarrage de l’opération reconquête de la mère patrie ne soit pas réduit ici à un enchaînement de victoires stratégiques de plus en plus enthousiasmantes. Non, la proverbiale traversée du désert pour De Gaulle y est suffisamment bien illustrée pour que la chute du premier domino en sa faveur fasse son beau petit effet de soulagement longtemps attendu.

De surcroît, l’adversité au plan intransigeant d’une France renaissant de ses cendres bénéficie de plusieurs visages, dont ceux du magistral Simon Russell Beale en Churchill encore plus opportuniste que son pendant français et de Mathieu Kassovitz dans la peau incommode de l’amiral Darlan, la face sombre d’une idéologie fort douteuse qui met l’ambition personnelle avant l’intérêt général de son pays.

© 2026 TF1 Films Production / Belvédère / Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma / Ness Films / Logical Content Ventures / Beside Productions /
Pathé Films Tous droits réservés

D’ailleurs, quel serait cet idéal patriotique défendu par la plupart des personnages de La Bataille De Gaulle L’Âge de fer ? Au fond, ce serait une conception presque archaïque de l’honneur et du sacrifice que chaque membre du gouvernement fantôme à Londres, puis à Brazzaville, serait prêt à consentir par admiration pour leur commandant visionnaire. Cela vaut pour les officiers envoyés en première ligne : Benoît Magimel très efficace en général Koenig et dans une moindre mesure Niels Schneider en général Leclerc, sans doute davantage à la manœuvre dans la suite. Tout comme pour son entourage personnel, son aide de camp Courcel, son aumônier et son plombier, auxquels respectivement Kacey Mottet Klein, Grégoire Colin et Karim Leklou confèrent de l’aplomb d’une façon plus ou moins gracieuse.

Or, ils représentent tous, sans exception, un contexte historique finalement pas si favorable à la croisade chauvine de De Gaulle. Les doutes et les défaites, symboliques ou plus concrets, de ce dernier concourent à faire de cette première partie une ode cinématographique étrangement galvanisante. Car il aura fallu du temps et de la persévérance pour accomplir ce projet de souveraineté française, qui était en fin de compte vu d’un œil dubitatif par l’ensemble des partis étrangers. Dès lors, l’exploit de Antonin Baudry consiste à fondre ce constat historique globalement nuancé, avec tout ce qu’il implique néanmoins en termes de raccourcis et d’ellipses béants, dans une aventure filmique nullement consensuelle.

Au contraire, son film se montre assez téméraire pour considérer que ce premier chapitre de la légende De Gaulle aurait retenu une importance telle, tant d’années plus tard, qu’il puisse être interprété sans trop de mal en tant qu’avertissement détourné sur certains dangers qui risquent de guetter la France dans un avenir proche, à court ou à moyen terme.

© 2026 Guy Ferrandis / TF1 Films Production / Belvédère / Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma / Ness Films / Logical Content Ventures /
Beside Productions / Pathé Films Tous droits réservés

Conclusion

Les poussées de fièvre patriotique au cinéma se sont régulièrement avérées problématiques. Dans le cas de La Bataille De Gaulle L’Âge de fer, nous sommes par contre prêts à faire preuve de bienveillance. Est-ce que le film de Antonin Baudry risque d’être récupéré un jour par des tendances obscurantistes, situées plus du côté de la lâcheté pétainiste que du courage gaulliste ? Peut-être. D’ici là, sa facture des plus solides et son positionnement idéologique réfractaire aux fanatismes, d’où qu’ils viennent, lui permet – espérons-le – d’être cette perle rare en ces temps gangrenés par des clivages politiques extrêmes : un film sachant célébrer le passé glorieux d’une certaine France, sans pour autant prétendre que la victoire du général De Gaulle ait été acquise d’avance. On croise les doigts pour que cette bonne impression de la première moitié se confirme au moment de la conclusion, sensiblement plus délicate pour évoquer la marche triomphale du libérateur sans tomber dans des clichés d’adulation béate …

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici