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Critique : Sous le ciel de Kyoto

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Sous le ciel de Kyoto

Japon, 2024
Titre original : Kyo no Sora ga Ichiban Suki to Mada Ienai Boku wa
Réalisatrice : Akiko Ohku
Scénario : Akiko Ohku, d’après une histoire de Shusuke Fukutoku
Acteurs : Riku Hagiwara, Yuumi Kawai, Aoi Ito et Kodai Kurosaki
Distributeur : Art House Films
Genre : Drame romantique
Durée : 2h08
Date de sortie : 22 juillet 2026

3,5/5

Pendant longtemps, on ne sait pas trop où ce mélodrame à haute valeur romantique veut en venir. Ou bien, plus concrètement, comment la réalisatrice arrive à nous faire adhérer corps et âme à tous ces revirements, qui nous auraient fait crier au cliché grossier dans d’autres circonstances ? La magie filmique saisissante de Sous le ciel de Kyoto réside dans ces surprises qui n’en sont peut-être pas. Pourtant, elles finissent par conférer au film de Akiko Ohku une intensité affective qui ne demande qu’à être partagée.

À partir d’un ensemble de stéréotypes du genre, comme l’étudiant solitaire et timide, la relation rêvée qui se matérialise contre toute attente et l’acharnement du sort qui risque de faire échouer cette romance naissante, le récit réussit globalement le grand écart entre la recette vieille comme le monde du grand amour et sa réinterprétation plus moderne, truffée de détails inattendus. Avec la solitude et la fragilité des sentiments comme thèmes majeurs de cette histoire à la fraîcheur détonante.

Petit à petit, nous parvenons à nous identifier aux tourments du cœur des personnages de ce film intrinsèquement japonais. Ils ont beau exister dans la fiction à l’autre bout du monde, leurs aspirations existentielles ressemblent de près à ce qui traverse la pensée de la plupart d’entre nous, à un moment ou l’autre de nos vies respectives. Sauf que, grâce à la sincérité du jeu de Riku Hagiwara et de Yuumi Kawai dans les rôles principaux, ce couple en devenir sait préserver une singularité désarmante. En modulant la narration subjective en fonction du bonheur ou du mal-être mental du protagoniste, la narration trouve le juste équilibre entre la substitution de ses sentiments par les nôtres et, en même temps, un regard nullement condescendant sur les errements de ce jeune adulte, trop préoccupé par ses propres fantasmes pour saisir avec lucidité la réalité affective autour de lui.

© 2024 The Fool / Free Stone Production / She Taught Me Serendipity Film Partners / Art House Films Tous droits réservés

Synopsis : Après une absence de plusieurs mois, Tôru Konishi revient à l’université de Kyoto pour sa deuxième année d’études. Dès son premier cours magistral, il tombe sous le charme de Hana Sakurada, une nouvelle camarade de classe aussi solitaire que lui. Hélas, caché en permanence sous son parapluie qui lui sert de bouclier contre le monde extérieur, il n’ose pas lui avouer ses sentiments. Pour gagner un peu d’argent, il reprend également son job d’étudiant tard le soir, où il doit nettoyer des bains publics, en compagnie de la jeune musicienne Sacchan.

© 2024 The Fool / Free Stone Production / She Taught Me Serendipity Film Partners / Art House Films Tous droits réservés

À première vue, le credo de Sous le ciel de Kyoto pourrait être interprété comme une incitation banale au dépassement de soi. Car après tout, qu’y a-t-il de plus efficace pour se libérer de ses inhibitions personnelles que de tomber amoureux ? C’est-à-dire de s’ouvrir progressivement à l’autre, afin de former tôt ou tard une entité commune, une nouvelle vie à partager à deux. Heureusement, le cahier de charges dramatique de Akiko Ohku s’avère sensiblement plus sophistiqué que cela. La réalisatrice emprunte certes quelques figures courantes du coup de foudre appelé à devenir plus qu’un simple feu de paille passager, le principe de la sérendipité en tête. Simultanément, elle laisse cependant toute latitude à ses personnages pour faire durer le suspense romantique. Avec un résultat pour le moins bluffant.

En effet, sa narration cultive à merveille l’incertitude avec laquelle Konishi aborde cette opportunité insoupçonnée. D’abord, l’incertitude par rapport au profil psychologique de notre héros, qui aurait facilement pu rejoindre les rangs grandissants sur les écrans de toutes tailles de personnages situés sur le spectre de l’autisme, avec sa vie routinière et à l’écart de quasiment toute inclusion sociale. Ensuite, plus développée encore, l’incertitude sur son approche de ce défi affectif, en fin de compte plus complexe qu’une première prise de contact par temps de pluie. Puisque sa vie d’ermite des temps modernes ne l’a guère préparé à cette éventualité – le sujet de sa copine de l’année précédente n’ayant été nullement approfondi avec son fidèle ami Yamane –, il patauge pleinement dans les tentatives de séduction qui n’osent pas dire leur nom.

© 2024 The Fool / Free Stone Production / She Taught Me Serendipity Film Partners / Art House Films Tous droits réservés

Ceci dit, le premier retournement majeur, qui pourrait s’apparenter à une digression superflue, le met devant des responsabilités ne faisant jusque là point partie de son champ de vision sentimental. Tandis que nous nous apprêtions à accueillir avec bienveillance l’accélération du rapprochement entre Konishi et l’élue de son cœur, un magnifique grain de sable vient durablement perturber cette entente de plus en plus cordiale.

Que les choses soient claires, surtout pas « magnifique » dans le sens qu’il adoucit encore davantage l’eau de rose que nous sommes désormais prêts à ingurgiter sans modération ! Non, la rupture de ton est aussi radicale que salutaire. Elle sait parfaitement prendre son temps, afin de mieux insister sur la gêne pesant sur une partie considérable de la vie du protagoniste. Et permettre accessoirement à Aoi Ito en collègue prise pour acquis de donner une voix sublime, tremblante mais néanmoins ferme, à toutes celles et à tous ceux qui n’osent pas avouer leurs sentiments à l’être aimé de loin.

Pas assez de ce coup de théâtre venu de nulle part, ouvrant la voie à un triangle sentimental aux côtés asymétriques, le récit poursuit dès lors dans des directions auxquelles on ne s’attendait plus, si tard dans cette intrigue conduite avec une douce fermeté. Cependant, il serait tout à fait inexact de se lamenter sur le déraillement inévitable d’une histoire si joliment prédéterminée jusque là.

Comme ce fut le cas depuis le début de Sous le ciel de Kyoto, la réalisation de Akiko Ohku s’emploie avant tout à œuvrer sur la véracité affective de ses personnages. Qui reste d’ailleurs de tout premier ordre, peu importe qu’il s’agit de la lente descente aux enfers de Kinoshi – avant une renaissance in extremis susceptible de vous fendre le cœur – ou bien le cri de détresse du propriétaire des bains publics, un petit rôle de rien du tout à qui Arata Furuta confère brièvement une humanité poignante.

© 2024 The Fool / Free Stone Production / She Taught Me Serendipity Film Partners / Art House Films Tous droits réservés

Conclusion

Au cinéma, tout ou presque a déjà été dit sur l’amour. Assouvie ou contrariée, l’attirance romantique vers une autre personne inspire depuis plus d’un siècle les cinéastes de tous les pays. Par conséquent, Sous le ciel de Kyoto ne prétend rien inventer en la matière. Ce que le beau film de Akiko Ohku réussit par contre haut la main, c’est de nous faire vibrer intimement pendant deux heures au gré des aléas sentimentaux qu’éprouvent ses personnages plein de candeur. Cela nous paraît déjà beaucoup, à l’heure où le cynisme et le repli irrémédiable sur soi font de terribles ravages auprès de la jeune génération en particulier et, en général, chez l’humanité dans son ensemble, aussi désabusée que désespérée !

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