Antonia et ses filles

Pays-Bas, Belgique, 1995
Titre original : Antonia
Réalisatrice : Marleen Gorris
Scénario : Marleen Gorris
Acteurs : Willeke Van Ammelrooy, Els Dottermans, Jan Decleir et Marina De Graaf
Distributeur : Tamasa Distribution
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h43
Date de sortie : 5 août 2026 (Reprise)
2,5/5
Si, comme nous, vous êtes réfractaires à la voix off omniprésente, qui vous mâche constamment le travail primordial de compréhension intime de ce qui se passe à l’écran, vous éprouverez probablement aussi un mal considérable à adhérer à Antonia et ses filles. Ce parti pris narratif, doublé du fléau du cinéma des années 1990 de mettre de la musique emphatique à toutes les séquences, nous a ainsi sérieusement empêchés d’apprécier cette chronique féministe imaginée par Marleen Gorris. Alors que nous avons nos réserves personnelles à l’égard de ce genre, qui consiste essentiellement à raconter la vie d’un groupe de personnages sur la durée, la version que la réalisatrice néerlandaise nous en fournit n’a strictement rien fait pour nous réconcilier avec lui.
Au contraire, puisque la tonalité plutôt progressiste du propos, en faveur d’un style de vie à l’écart des traditions patriarcales à la campagne, y a fâcheusement tendance à se diluer dans le cycle imperturbable des naissances et des décès. En tant que portrait d’un microcosme villageois, typique du milieu du siècle dernier, le récit s’avère déjà plus probant. Même si l’approfondissement des rapports de force sociaux et des traditions chrétiennes qui se perdent au fil du temps tombe là encore victime des enjeux mélodramatiques de l’intrigue. Sauf que ce volet fait de coups bas, de viols et autres violences conjugales demeure largement hors cadre, au profit d’une routine saisonnière empreinte d’une préciosité tristement inoffensive.
À se demander où la réalisatrice voulait en venir avec sa fable féministe, récompensée de l’Oscar du Meilleur Film étranger en 1996, qui pratique au mieux un militantisme à la dérobade …

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Synopsis : Après la guerre, Antonia rentre avec sa fille Danielle dans le village de sa naissance. Peu de choses y ont changé pendant les vingt ans de son absence. Bien qu’elle n’approuve pas forcément de l’esprit étriqué de certains villageois, elle s’y installe. Grâce à son accueil chaleureux chez elle de femmes délaissées ou maltraitées, elle devient au bout de quelques années une référence doucement féministe dans la communauté. Un rôle qu’elle endosse sans le moindre orgueil, jusqu’au jour de sa mort, où elle réunit les membres nombreux de sa famille recomposée autour d’elle.

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L’odeur du temps qui passe
Comme la voix off ne manque pas de nous le rappeler à intervalles réguliers, les années passent à un rythme soutenu dans Antonia et ses filles. Cette progression temporelle perçue presque en accéléré se reflète discrètement au niveau du maquillage, le point technique le plus réussi du film de Marleen Gorris. Elle est par contre largement absente en termes d’évolution des moyens de locomotion ou autres gadgets ayant pullulé dans les foyers européens à partir des années 1950. Antonia et son village plutôt endormi ont l’air de vivre en parfaite autarcie, coupés du monde et des événements importants qui ont dû ponctuer la vie des Néerlandais. Effectivement, cette chronique-ci est d’un genre différent. Elle préfère s‘emmurer dans un drôle de microcosme, où tout le monde est libre de rester parfaitement statique.
En effet, l’absence de complexité des personnages y est surprenante. Selon un étrange dogme monolithique, chacun se voit d’emblée assigné un rôle social et par conséquent dramatique auquel toute dérogation sera exclue par la suite. Cela vaut autant pour notre héroïne, le pôle calme et observateur de l’histoire – à une brève explosion de rage près – que pour sa descendance officieuse. Toutes ces femmes s’épanouissent certes dans ce refuge du monde extérieur, mais elles ne semblent avoir d’autre vocation que ce que le scénario leur a indiqué dès leur première apparition. Bien évidemment, les personnages masculins ne sont nullement mieux lotis. Au mieux, ils sont comme ensorcelés par la sagesse du sexe opposé. Au pire, ils se croient tout permis avec ces femmes en voie d’émancipation.

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Le miracle de la mort
Pas assez de ce traitement discutable du droit des femmes de disposer de leurs propres vies et de leurs corps, Antonia et ses filles promeut de surcroît une vision bizarrement terne de l’existence. Très rarement, les aspects plus joyeux de la vie y prennent le dessus. Comme lorsque tous les couples fraîchement formés s’envoient en l’air le même soir. Au grand dam de Thérèse, la petite-fille surdouée d’Antonia, qui n’arrive pas à dormir avec tout ce vacarme dans la maison commune. Soit dit en passant, le regard trop pudique sur le plaisir érotique lesbien a de quoi dénoter à ce moment-là, puisqu’il est filmé d’une façon particulièrement désincarnée. Surtout en comparaison avec ses pendants hétérosexuels, représentatifs de ce que le cinéma européen a connu de plus voluptueux au cours des dernières décennies du XXème siècle.
En face, la plupart du temps, les couleurs chatoyantes de la copie numérique restaurée ne parviennent guère à masquer le désespoir qui sous-tend le récit. Un désespoir à dominante macabre, en place dès le récit cadre, à partir duquel Antonia se remémore les années bien remplies qu’elle a vécues dans sa maison rose. D’ailleurs, pourquoi est-elle la seule à pouvoir décider de l’heure de sa mort naturelle, tandis que l’hécatombe des dernières minutes du film survient sans raison, ni logique ? Une drôle de liberté scénaristique supplémentaire que Marleen Gorris s’autorise sans sourciller.
Dommage alors que la réalisatrice ne va jamais jusqu’au bout de ses délires, féministes et même fantastiques ! Cela aurait pu permettre à son quatrième long-métrage de réellement prétendre à être le manifeste cinématographique en faveur des femmes pour lequel il est pris dans certains cercles.

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Conclusion
En tant que premier film d’une réalisatrice ayant remporté l’Oscar du Meilleur Film étranger / international, Antonia et ses filles s’est assuré une place d’une importance plus ou moins anecdotique dans l’Histoire du cinéma. D’autant plus que dans les trente ans depuis ce sacre, seule deux autres consœurs ont réussi cet exploit : l’Allemande Caroline Link et la Danoise Susanne Bier. Malheureusement, le film de Marleen Gorris traite son sujet à fort potentiel féministe d’une manière bien trop docile et platement mélodramatique pour mériter qu’on se souvienne de lui pour d’autres raisons.















