Test Blu-ray : Special Effects

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Special Effects

États-Unis : 1984
Titre original : –
Réalisation : Larry Cohen
Scénario : Larry Cohen
Acteurs : Zoë Lund, Eric Bogosian, Brad Rijn
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h46
Genre : Thriller, Horreur
Date de sortie Blu-ray : 30 juin 2023

Actrice en herbe originaire de Dallas, Mary Jean Waterman part à New York pour faire carrière, abandonnant son mari, Keefe, et son petit garçon. Bien qu’elle ait changé d’identité pour s’appeler désormais Andrea Wilcox, Keefe finit par la retrouver lors d’une séance de shooting de photos de nu qu’il abrège pour la traquer dans les rues de New York. Elle parvient toutefois à se réfugier chez Christopher Neville, metteur en scène mégalomane qui lui a promis un rôle dans son prochain film. En réalité, la jeune femme s’est jetée dans la gueule du loup…

Introduction

Le Chat qui fume et les films que vous ne verrez jamais sur Netflix – Vague 2

L’explosion de Netflix et de quelques autres services de SVOD en France a, en l’espace de quelques années seulement, considérablement affaibli le secteur de la vidéo physique en DVD et Blu-ray. Aujourd’hui, les éditeurs vidéo doivent avoir recours à différentes astuces afin de maintenir les consommateurs dans leur giron. Cela dit, grâce à une présence accrue sur les réseaux sociaux, à des éditions collector en pagaille et à de « beaux objets » prenant la forme de luxueux coffrets, Le Chat qui fume est peu à peu parvenu à faire son trou dans le cul cœur des cinéphiles français, et à devenir un des acteurs les plus incontournables de son secteur d’activités.

Cependant, ce n’est pas parce qu’on s’est imposé comme le leader incontesté qu’il faut se reposer sur ses lauriers, et quitte à prendre des risques, Le Chat qui fume a encore innové en 2022, en lançant une première série de cinq films au format Blu-ray. Peut-être considérés comme un peu plus « obscurs » que les autres films disponibles dans le catalogue de l’éditeur, ces bonnes grosses raretés des années 70/80/90 ne faisaient peut-être pas partie des plus connues et prestigieuses, mais avaient régalé les écumeurs de vidéoclubs à la grande époque de la VHS triomphante. Proposés à bas prix et dans des boîtiers standard, les cinq raretés proposées par Le Chat qui fume dans sa première vague étaient Draguse ou le Manoir infernal, L’Aube sauvage (Savage Dawn), Le Souffle maudit (Demon Wind), Mutronics (The Guyver) et Red Mob (Chtoby vyzhit).

Un an après, l’éditeur remet le couvert avec une deuxième vague de films 80’s, composée de :

Special Effects – Larry Cohen, 1984

Breeders – Tim Kincaid, 1986

Video Dead (The Video Dead) – Robert Scott, 1987

Scarecrows – William Wesley, 1988

L’Abîme (The Rift) – Juan Piquer Simón, 1990

Si vous ne les avez peut-être pas tous loués dans les années 80/90, ces films, vous les connaissez tout de même, de nom ou de réputation – vous avez probablement lu des articles à leur sujet dans Mad Movies ou dans Impact, à la grande époque de Jean-Pierre Putters. On espère que ce galop d’essai trouvera son public, et saura attirer les amateurs de bandes déviantes vintage en France de la même façon qu’aux États-Unis. Cela fait un moment en effet que le marché a évolué dans cette direction aux États-Unis, pays où tous les nanars bénis de l’époque de la VHS, même les plus improbables ou les plus méconnus, voient le jour en Haute-Définition. Une bonne affaire pour des cinéastes tels que Fred Olen Ray, David DeCoteau, Jim Wynorski, Andy Sidaris, Rick Sloane, Kevin Tenney, Douglas Hickox ou Albert Band, hier méprisés, aujourd’hui largement remis sur le devant de la scène…

Si on est loin, très loin, d’en être au même point en France, Le Chat qui fume a tout de même fait le choix avec cette vague de se tourner vers le passé, quitte à exhumer de petits films que l’on n’aurait jamais cru voir débarquer en France il y a encore quelques années. Dans les 80’s, le crédo des éditions René Chateau était de nous donner à découvrir « les films que vous ne verrez jamais à la télévision ». Se posant dans la continuité de l’éditeur historique, Le Chat qui fume semble aujourd’hui bien déterminé à offrir au consommateur « les films que vous ne verrez jamais sur Netflix ».

Le film

[4/5]

Figure majeure de la série B américaine, Larry Cohen a offert au cinéma de genre des années 70/80 certaines de ses perles les plus mémorables. Surtout réputé pour ses talents de scénariste, Cohen a cependant endossé à quelques reprises la casquette de réalisateur afin d’illustrer à l’écran les délires les plus fous de son esprit ô combien créatif. Bébé mutant très enclin au meurtre, dragon volant s’attaquant à New York, yahourt vorace dévorant les êtres humains… L’imagination de Larry Cohen semble ne connaître aucune limite.

Sorti en VHS au milieu des années 80 chez Embassy Home Entertainment, Special Effects n’a malheureusement jamais connu les honneurs d’une sortie dans les salles obscures dans l’hexagone. La raison ayant valu au film de Larry Cohen de se voir écarté d’une distribution dans les salles est, peut-être, à chercher du côté des ressemblances que Special Effects peut entretenir, à priori, avec le Body Double de Brian De Palma, sorti en 1984. Il est vrai qu’il semble difficile d’ignorer les similitudes entre les deux films, qui traitent tous deux de la notion de « regard » en jouant sur une mise en abîme du médium cinéma, et qui, d’un point de vue formel, adoptent la même vulgarité tape à l’œil typique des années 80.

Les aficionados de Body Double pourront également arguer que la musique composée par Michael Minard pour Special Effects rappelle le score atmosphérique inoubliable de Pino Donaggio, et même que la regrettée Zoë Lund évoque la jeune Melanie Griffith. Il y a certes sans doute un peu de vrai dans ces assertions, mais il faut tout de même admettre que Special Effects ne tardera pas à trouver sa tonalité ainsi que son style, qui permettront au film de Larry Cohen de s’éloigner de façon claire et durable de celui de Brian De Palma. D’ailleurs, ces ressemblances ne sont probablement que le fruit de « l’air du temps », dans le sens où les deux films atteindraient les salles américaines avec seulement une quinzaine de jours d’intervalle.

Le scénario de Special Effects est basé sur un script intitulé The Cutting Room (La salle de montage) que Larry Cohen avait écrit vers 1967, et qu’il destinait à l’origine à Alfred Hitchcock. Remanié afin de coller davantage à son époque, le script de Larry Cohen n’en demeure pas moins une satire sans concession du monde du cinéma, fonctionnant même lors de certaines séquences comme une véritable comédie, assez noire, mais tout de même extrêmement drôle. Et si le script de Cohen nous réserve assurément quelques francs éclats de rire, c’est en raison de sa cruauté, et du fait que le scénariste / réalisateur se refuse à la moindre bienveillance vis à vis de ses personnages principaux.

En effet, les personnages de Special Effects sont, tous autant qu’ils sont, présentés comme des êtres humains médiocres, cupides, égoïstes, manipulateurs… Larry Cohen est parfaitement conscient de leurs défauts et de leurs faiblesses, dans le sens où tous sont des losers à leur manière, et que ce sont déjà leurs défauts qui les ont placés dans la situation difficile dans laquelle ils sont au début du film, et qu’ils réussiront à encore faire empirer au fur et à mesure que le film évolue. Pour autant, par le choix d’une tonalité cynique assez réjouissante, Special Effects reste globalement indifférent à leurs malheurs… Pour le plus grand plaisir du spectateur.

Globalement, l’intrigue de Special Effects donne dans le pastiche de Néo-Noir, et le talent de scénariste de Larry Cohen permet à l’ensemble de conserver une véritable fraîcheur, et l’impression que les choses se mettent en place de façon extrêmement naturelle. Cette impression est encore renforcée par le charme rugueux de la mise en scène de Larry Cohen, la plupart des plans urbains de Special Effects ayant été tournés à New York sans autorisation. Comme toujours dans son cinéma, cette volonté de toucher du doigt la « réalité » de la ville contribue clairement à en faire un long-métrage singulier, au cœur duquel le spectateur a constamment l’impression que tout peut arriver.

Du côté des acteurs, on notera bien sûr la présence de Zoë Lund, inoubliable Ange de la Vengeance pour Abel Ferrara en 1981, ainsi que Eric Bogosian, qui serait popularisé bien plus tard par son rôle du capitaine Ross dans la série New York – Section criminelle. A leurs côtés, on pourra également remarquer Brad Rijn, qui tournerait dans une poignée d’autres films de Larry Cohen (L’impasse sanglante, The Stuff, Les Enfants de Salem) avant de disparaître totalement des écrans.

Le Blu-ray

[4,5/5]

Invisible pendant des années, Special Effects débarque donc aujourd’hui en Blu-ray sous les couleurs du Chat qui fume, pour le plus grand bonheur des amoureux du cinéma de Larry Cohen. Comme les autres films de cette vague de « films que vous ne verrez jamais sur Netflix », Special Effects nous est proposé dans un boîtier classique, ce qui lui assure un tarif imbattable. Comme d’habitude néanmoins, et comme on ne change pas une équipe qui gagne, la maquette et la composition graphique de la jaquette ont été confiés à l’excellent Frédéric Domont, qui nous livre un boulot assez exceptionnel.

Côté master, on se trouve en présence d’une excellente copie, lumineuse et propre, aux contrastes soignés et à la colorimétrie impeccable. Le niveau de détail est d’une belle précision et le grain argentique a été préservé de façon maniaque – seuls une petite poignée de plans accuse des outrages du temps, mais l’ensemble est vraiment bluffant. Côté son, la version française ainsi que la version originale nous sont proposées en DTS-HD Master Audio 2.0 et mono d’origine fidèle au rendu acoustique d’origine.

Du côté des suppléments, l’éditeur nous propose une rencontre avec Christophe Lemaire (36 minutes), qui reviendra sur son amour pour le cinéma de Larry Cohen et évoquera ses souvenirs de cinéphile liés à la filmographie du célèbre scénariste / réalisateur. Il évoquera ainsi ses deux rencontres avec Cohen, et relaiera ses propos sur Special Effects, qui concernaient essentiellement la personnalité paranoïaque de Zoë Lund. Au fil des anecdotes, on en apprendra également un peu plus sur la relation qu’entretenait Larry Cohen avec le cinéaste William Lustig. C’est très instructif et comme toujours très amusant ! Merci Mr Lemaire ! On notera également que le boîtier contient la reproduction petit format de trois photos d’exploitation du film. Pour vous procurer cette édition Blu-ray limitée à 1000 exemplaires, rendez-vous sur le site de l’éditeur !

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