Test Blu-ray : Scarecrows

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Scarecrows

États-Unis : 1988
Titre original : –
Réalisation : William Wesley
Scénario : William Wesley, Richard Jefferies
Acteurs : Ted Vernon, Michael David Simms, Richard Vidan
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h23
Genre : Fantastique
Date de sortie Blu-ray : 30 juin 2023

En Floride, cinq mercenaires pénètrent dans un camp militaire, dérobent la solde des soldats de la garnison s’élevant à trois millions de dollars, puis s’emparent d’un avion, prenant en otage le pilote et sa fille. Alors que l’équipage se rend au Mexique, Bert, l’un des voleurs, saute en parachute avec le butin. Le groupe part alors à sa recherche, qui les mène à une ferme abandonnée bordée d’un champ de maïs. Ils ignorent que l’endroit est infesté d’épouvantails maléfiques…

Introduction

Le Chat qui fume et les films que vous ne verrez jamais sur Netflix – Vague 2

L’explosion de Netflix et de quelques autres services de SVOD en France a, en l’espace de quelques années seulement, considérablement affaibli le secteur de la vidéo physique en DVD et Blu-ray. Aujourd’hui, les éditeurs vidéo doivent avoir recours à différentes astuces afin de maintenir les consommateurs dans leur giron. Cela dit, grâce à une présence accrue sur les réseaux sociaux, à des éditions collector en pagaille et à de « beaux objets » prenant la forme de luxueux coffrets, Le Chat qui fume est peu à peu parvenu à faire son trou dans le cul cœur des cinéphiles français, et à devenir un des acteurs les plus incontournables de son secteur d’activités.

Cependant, ce n’est pas parce qu’on s’est imposé comme le leader incontesté qu’il faut se reposer sur ses lauriers, et quitte à prendre des risques, Le Chat qui fume a encore innové en 2022, en lançant une première série de cinq films au format Blu-ray. Peut-être considérés comme un peu plus « obscurs » que les autres films disponibles dans le catalogue de l’éditeur, ces bonnes grosses raretés des années 70/80/90 ne faisaient peut-être pas partie des plus connues et prestigieuses, mais avaient régalé les écumeurs de vidéoclubs à la grande époque de la VHS triomphante. Proposés à bas prix et dans des boîtiers standard, les cinq raretés proposées par Le Chat qui fume dans sa première vague étaient Draguse ou le Manoir infernal, L’Aube sauvage (Savage Dawn), Le Souffle maudit (Demon Wind), Mutronics (The Guyver) et Red Mob (Chtoby vyzhit).

Un an après, l’éditeur remet le couvert avec une deuxième vague de films 80’s, composée de :

Special Effects – Larry Cohen, 1984

Breeders – Tim Kincaid, 1986

Video Dead (The Video Dead) – Robert Scott, 1987

Scarecrows – William Wesley, 1988

L’Abîme (The Rift) – Juan Piquer Simón, 1990

Si vous ne les avez peut-être pas tous loués dans les années 80/90, ces films, vous les connaissez tout de même, de nom ou de réputation – vous avez probablement lu des articles à leur sujet dans Mad Movies ou dans Impact, à la grande époque de Jean-Pierre Putters. On espère que ce galop d’essai trouvera son public, et saura attirer les amateurs de bandes déviantes vintage en France de la même façon qu’aux États-Unis. Cela fait un moment en effet que le marché a évolué dans cette direction aux États-Unis, pays où tous les nanars bénis de l’époque de la VHS, même les plus improbables ou les plus méconnus, voient le jour en Haute-Définition. Une bonne affaire pour des cinéastes tels que Fred Olen Ray, David DeCoteau, Jim Wynorski, Andy Sidaris, Rick Sloane, Kevin Tenney, Douglas Hickox ou Albert Band, hier méprisés, aujourd’hui largement remis sur le devant de la scène…

Si on est loin, très loin, d’en être au même point en France, Le Chat qui fume a tout de même fait le choix avec cette vague de se tourner vers le passé, quitte à exhumer de petits films que l’on n’aurait jamais cru voir débarquer en France il y a encore quelques années. Dans les 80’s, le crédo des éditions René Chateau était de nous donner à découvrir « les films que vous ne verrez jamais à la télévision ». Se posant dans la continuité de l’éditeur historique, Le Chat qui fume semble aujourd’hui bien déterminé à offrir au consommateur « les films que vous ne verrez jamais sur Netflix ».

Le film

[4/5]

Si la présence d’une version française sur le Blu-ray de Scarecrows tend à laisser penser que le film William Wesley a bénéficié, à un moment ou à un autre, d’une exploitation dans l’hexagone, on ne trouve sur le Net aucune référence à une sortie du film en salles ou en VHS. Découvert en 2007 à l’occasion de la sortie du film en DVD chez MGM aux États-Unis, ce doublage avait peut-être été commandé par un distributeur désireux de le sortir en France, toujours est-il qu’on ne trouve aucune trace de l’existence d’une VHS française de Scarecrows, et que même les arpenteurs acharnés des allées des vidéoclubs de la fin des années 80 n’ont pas le souvenir d’avoir vu passer la jaquette de ce film.

Il faut dire qu’une histoire d’épouvantails tueurs, on l’aurait forcément remarqué. D’ailleurs, on se souvient d’avoir découvert en VHS des films tels que Les Fleurs de sang, avec son épouvantail flippant sur la jaquette de la cassette éditée par Iguane, ou encore la curiosité néo-zélandaise L’épouvantail de mort, sortie au début des années 80 chez Rainbow Vidéo. L’épouvantail était également un élément important dans l’intrigue des Enfants du Maïs en 1984. Plus tard, les épouvantails seraient également régulièrement remis à l’honneur dans le cinéma d’horreur. Pour n’en citer que quelques-uns, on peut penser à La Nuit de l’épouvantail (Jeff Burr, 1995), Les Épouvantails (Norio Tsuruta, 2001), la saga Scarecrow initiée par Emmanuel Itier (2002-2004), Jeepers Creepers 2 (Victor Salva, 2003), Dark Harvest (Paul Moore, 2004), Evil Ground (David Benullo, 2007) ou encore Les Messagers 2 – Les origines du mal (Martin Barnewitz, 2009).

Pour les amateurs de frissons agricoles, on se souvient également avoir rencontré des épouvantails dans plusieurs épisodes de séries TV prenant la forme d’anthologies fantastiques : on pense à Thriller (S2E20, La Vengeance de l’épouvantail, 1961), Les Contes de la Crypte (S2E09, Le Triangle à quatre côtés, 1990), L’Heure de la peur (S2E11, L’Épouvantail, 2011), Junji Itō Collection (Episode 11, Les épouvantails, 2018) et bien entendu Creepshow (S1E04, Le Compagnon, 2019). Ce coup d’œil rapide – et loin d’être exhaustif – sur les histoires horrifiques se basant sur des épouvantails nous permet de nous rendre compte que Scarecrows était, à sa manière, une sorte de précurseur. En raison de son originalité et de son efficacité, cette série B méconnue mériterait clairement de sortir de l’oubli…

Se déroulant au cours d’une seule et même nuit, Scarecrows commence plutôt à la manière d’un film d’action : on y fera la connaissance avec un petit groupe de mercenaires armés jusqu’aux dents en possession d’un magot de plusieurs millions de dollars. Alors qu’ils volent vers le Mexique à bord d’un avion-cargo qu’ils ont détourné, l’un des voleurs décide de s’approprier tout le pognon ; il balance une grenade sur ses camarades et saute en parachute de l’avion. S’étant débarrassé de la grenade d’une façon qui nous vaudra sans aucun doute l’effet visuel le plus foireux du film, les mercenaires se mettent immédiatement à la recherche de leur complice afin, bien sûr, de lui faire la peau et de récupérer leur butin. À l’atterrissage, ils se rendent compte que l’endroit où le fuyard a sauté n’est qu’une vaste étendue de champs de maïs entourant une ferme abandonnée gardée par trois épouvantails. Mais au fur et à mesure que la nuit avance, nos anti-héros se rendent compte que ces derniers ne sont pas de simples mannequins remplis de paille…

L’intrigue de Scarecrows est certes assez simple, mais elle est solide, bien développée et contient suffisamment de sous-intrigues et d’enjeux narratifs pour tenir le spectateur en haleine pendant un peu plus d’une heure vingt. Les mercenaires qui occupent le récit son solidement définis, bien qu’aucun d’entre eux ne soit particulièrement attachant. Cependant, ils font le job et s’avèrent toujours crédibles, et ce même s’ils ne s’attirent jamais réellement la sympathie du spectateur et qu’aucun membre du groupe ne parvient finalement à s’imposer comme le « héros » du film. En dépit de l’unité de lieu, William Wesley parvient à créer une atmosphère assez tendue et même un suspense assez surprenant ; il est en partie aidé par la photo du film, très efficace et signée Peter Deming, qui préfigure ici partiellement les ambiances qu’il utiliserait quelques années plus tard sur Evil Dead II (en effet, si Scarecrows est sorti en 1988, il a en fait été tourné en 1984, soit trois ans avant le film de Sam Raimi). La photo de Deming exploite à bon escient l’obscurité ambiante et les jeux d’ombres et de lumières.

La musique de Terry Plumeri contribue également à la tension développée par le film, mais ce qui permet surtout à Scarecrows de tirer son épingle du jeu est le phénoménal boulot abattu par Norman Cabrera sur les effets spéciaux, absolument bluffants, surtout si l’on considère le maigre budget du film. Les épouvantails, avec leurs capuches en toile de jute ne laissant le plus souvent apparaître que des dents sur des visages squelettiques, sont vraiment flippants, et constituent à eux seuls une excellente raison de découvrir le film.

Le Blu-ray

[4,5/5]

C’est sous les couleurs du Chat qui fume que débarque donc Scarecrows en France, et au format Blu-ray qui permet au film de rendre honneur à la belle photo de Peter Deming. Le film nous est proposé dans un boitier classique, ce qui lui assure un tarif imbattable et contribue à renforcer l’aspect « collection » autour des titres méconnus que l’éditeur nous propose de (re)découvrir avec cette deuxième vague orientée Horror 80’s. Comme d’habitude, la maquette et la composition graphique de la jaquette a été confiée aux bons soins de l’excellent Frédéric Domont.

Côté image, le Blu-ray de Scarecrows s’avère d’excellente facture : même si quelques taches dues au temps demeurent, le grain argentique a été scrupuleusement préservé, la définition est accrue et les couleurs solides : il s’agit d’une présentation optimale pour un film que l’on désespérait de voir arriver un jour sur les linéaires de nos revendeurs. Côté son, le film de William Wesley s’impose dans des mixages VF/VO en DTS-HD Master Audio 2.0. Le doublage français est certes un peu suranné, mais tout à fait satisfaisant, même s’il ne peut rivaliser avec la VO en termes de cohérence.

Dans la section bonus, on trouvera, en plus de la bande-annonce du film, une présentation du film par Damien Granger (15 minutes), qui nous plongera dans les arcanes d’un tournage compliqué et reviendra sur les qualités et l’originalité du film. On notera également que le boîtier contient la reproduction petit format de trois photos d’exploitation du film. Pour vous procurer cette édition Blu-ray indispensable, rendez-vous sur le site de l’éditeur !

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