Test Blu-ray : L’Aube sauvage / Savage Dawn

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L’Aube sauvage / Savage Dawn

États-Unis : 1985
Titre original : Savage Dawn
Réalisation : Simon Nuchtern
Scénario : William P. Milling, Max Bloom
Acteurs : Lance Henriksen, George Kennedy, William Forsythe
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h43
Genre : Action
Date de sortie Blu-ray : 15 avril 2022

Dans les années 1980 – L’ex-soldat Ben Stryker se rend dans une petite ville du Texas, Agua Dulce, perdue au coeur du désert. Il y retrouve Tick Rand, un vieil ami. Mais leurs retrouvailles sont bientôt gâchées par un gang de bikers, les « Sauvages ». Ces derniers ne tardent pas à s’en prendre à la population et à semer le chaos dans la bourgade. Face à cette situation, Stryker se voit contraint à reprendre les armes…

Introduction

Le Chat qui fume et les films que vous ne verrez jamais sur Netflix – Vague 1

L’explosion de Netflix et de quelques autres services de SVOD en France a, en l’espace de quelques années seulement, considérablement affaibli le secteur de la vidéo physique en DVD et Blu-ray. Aujourd’hui, les éditeurs vidéo doivent avoir recours à différentes astuces afin de maintenir les consommateurs dans leur giron. Cela dit, grâce à une présence accrue sur les réseaux sociaux, à des éditions collector en pagaille et à de « beaux objets » prenant la forme de luxueux coffrets, Le Chat qui fume est peu à peu parvenu à faire son trou dans le cul cœur des cinéphiles français, et à devenir un des acteurs les plus incontournables de son secteur d’activités.

Cependant, ce n’est pas parce qu’on s’est imposé comme le leader incontesté qu’il faut se reposer sur ses lauriers, et quitte à prendre des risques, Le Chat qui fume vient encore d’innover, en lançant le mois dernier une nouvelle série de films d’exploitation au format Blu-ray. Peut-être considérés comme un peu plus « obscurs » que les autres films disponibles dans le catalogue de l’éditeur, les cinq premiers titres de cette série parallèle sont de bonnes grosses raretés des années 70/80/90, ne faisant peut-être pas partie des plus connues et prestigieuses, mais ayant régalé les écumeurs de vidéoclubs à la grande époque de la VHS triomphante. Proposés à bas prix et dans des boîtiers standard, ces cinq films bénéficient de l’expérience – désormais unanimement reconnue – du Chat qui fume en matière de soin éditorial, et s’offrent de fait des éditions Blu-ray absolument inespérées.

Les cinq raretés proposées par Le Chat qui fume au sein de cette première vague sont :

Draguse ou le Manoir infernal – Patrice Rhomm, 1976

L’Aube sauvage (Savage Dawn) – Simon Nuchtern, 1985

Le Souffle maudit (Demon Wind) – Charles Philip Moore, 1990

Mutronics (The Guyver) – Screaming Mad George & Steve Wang, 1991

Red Mob (Chtoby vyzhit) – Vsevolod Plotkin, 1992

Si vous ne les avez peut-être pas tous loués dans les années 80/90, ces films, vous les connaissez tout de même, de nom ou de réputation – vous avez probablement lu des articles à leur sujet dans Mad Movies ou dans Impact, à la grande époque de Jean-Pierre Putters. On espère que ce galop d’essai trouvera son public, et saura attirer les amateurs de bandes déviantes vintage en France de la même façon qu’aux États-Unis. Cela fait un moment en effet que le marché a évolué dans cette direction aux États-Unis, pays où tous les nanars bénis de l’époque de la VHS, même les plus improbables ou les plus méconnus, voient le jour en Haute-Définition. Une bonne affaire pour des cinéastes tels que Fred Olen Ray, David DeCoteau, Jim Wynorski, Andy Sidaris, Rick Sloane, Kevin Tenney, Douglas Hickox ou Albert Band, hier méprisés, aujourd’hui largement remis sur le devant de la scène…

Si on est loin, très loin, d’en être au même point en France, Le Chat qui fume a tout de même fait le choix avec cette vague de se tourner vers le passé, quitte à exhumer de petits films que l’on n’aurait jamais cru voir débarquer en France il y a encore quelques années. Dans les 80’s, le crédo des éditions René Chateau était de nous donner à découvrir « les films que vous ne verrez jamais à la télévision ». Se posant dans la continuité de l’éditeur historique, Le Chat qui fume semble aujourd’hui bien déterminé à offrir au consommateur « les films que vous ne verrez jamais sur Netflix ».

Le film

[3,5/5]

L’âge d’or du film de motards se situe probablement quelque part entre la fin des années soixante et le début des années soixante-dix, le phénomène s’étant naturellement développé autour du film de Dennis Hopper Easy Rider en 1969. D’une manière ou d’une autre, le genre s’est largement essoufflé à la fin des glorieuses Seventies, mais on en trouvait encore de larges traces dans le cinéma d’action des années 80, et jusqu’au début des années 90, très riches en seconds-rôles de bikers patibulaires, souvent vêtus de cuir et toujours prêts à chatouiller de la mandale et/ou à tripoter de la femelle. Sorti sur les écrans américains en 1985, L’Aube sauvage renoue quant à lui clairement avec la tradition d’exploitation du « Biker Movie » : les motards qui nous sont présentés dans le film de Simon Nuchtern ne sont pas de simples silhouettes destinées à devenir les adversaires du héros lors de l’inévitable séquence de bar, mais constituent réellement le centre du film, sa substantifique moelle.

L’Aube sauvage est donc un film de motards, mêlé à de lourdes influences western – une espèce de mélange de l’intrigue des Sept Samouraïs prenant place dans une ambiance et des décors à la Mad Max, le tout étant suffisamment rythmé par les bastons, les outrances et les rebondissements pour en faire un divertissement des plus fréquentables. Le héros, Stryker (Lance Henriksen), est un étranger arrivant en ville non pas à cheval mais sur sa moto, et le scénario – qui n’est certes pas d’une grande profondeur – l’incitera rapidement à faire le ménage parmi les membres d’un gang de motards bien déterminé à mettre à sac la petite ville d’Agua Dulce, Arizona. Et c’est parti pour une heure quarante de violence et de saillies vulgaire, sur fond de masculinité débridée…

L’Aube sauvage offre à Lance Henriksen l’occasion, finalement assez rare au sein de sa carrière, d’incarner un rôle de héros. A ses côtés, on trouvera également une solide sélection de seconds-rôles : George Kennedy, Richard Lynch, Karen Black et William Forsythe. Le reste du casting est constitué de gros bras. Mais alors que la plupart des films d’action de l’époque restaient souvent centrés sur leurs personnages de « gentils », la force principale de L’Aube sauvage est bel et bien en réalité de s’intéresser à ses méchants, qui à l’image de William Forsythe, Karen Black et Mickey Jones, en deviendront assez fascinants. Exploitant habilement le scénario de William P. Milling et Max Bloom, le réalisateur Simon Nuchtern prend plaisir à s’imprégner de l’état d’esprit de ces bikers, et l’exploration de ce milieu sordide et poussiéreux permet finalement au film de se démarquer de tous ces concurrents de l’époque.

L’intrigue de L’Aube sauvage est d’une simplicité extrême, mais enchaîne les rebondissements les plus WTF sans le moindre temps mort, chaque nouvelle séquence étant une possibilité pour les gentils ou les méchants de faire la démonstration la plus éclatante de leurs grosses balloches et de leurs muscles machos. A ce petit jeu, c’est finalement Pigiron (William Forsythe) qui l’emportera – du moins pour un temps – en parvenant, par un subterfuge vieux comme le monde, à mettre la main sur un char d’assaut venu d’une base militaire voisine. Cela sera pour lui l’occasion de diriger le monstre de métal en s’adonnant à la destruction du village, tandis qu’à ses côtés, Rachel (Karen Black) s’offrira un monumental substitut phallique en chevauchant le canon du tank d’un air satisfait.

Tout est donc réuni pour faire de L’Aube sauvage un divertissement de haut vol : si la chorégraphie des scènes de combats à mains nues n’est certes pas à la hauteur, les excès de l’ensemble et son énergie anarchique en mode « Bigger and Louder » valent clairement le détour. Honnête artisan de la série B, Simon Nuchtern donne au public ce qu’il est venu voir, à savoir de l’action, quelques blagues et autres punchlines destructrices, des affrontements en pagaille, et bien sûr un peu de nudité gratuite, le tout étant transcendé par une étonnante musique signée Pino Donaggio.

Le Blu-ray

[4,5/5]

C’est Le Chat qui fume qui nous permet aujourd’hui de (re)découvrir Savage Dawn alias L’Aube sauvage, qui restait inédit en vidéo en France depuis sa sortie en VHS en 1990, sous les couleurs de Delta Vidéo. Comme d’habitude avec l’éditeur, le film s’affichera dans des conditions techniques irréprochables, et nanti d’un superbe packaging Blu-ray. On notera bien sûr qu’un boitier plastique remplace ici l’habituel Digipack privilégié par l’éditeur, mais la composition de l’ensemble, que l’on doit au graphiste du Chat qui fume, Frédéric Domont (alias BaNDiNi), nous propose à nouveau un beau travail de création ne se contentant pas de simplement « recycler » l’affiche du film. Un bel objet qui s’harmonisera parfaitement avec les autres éditions simples Blu-ray sorties par Le Chat qui fume et qui ornent déjà à coup sûr déjà vos étagères.

Techniquement, aussi bien côté image que côté son, Savage Dawn affiche une forme insolente, prouvant à nouveau le soin maniaque apporté par l’éditeur à ses restaurations, traitant les films avec le respect qui leur est dû. L’image est d’une belle stabilité, le grain d’origine est scrupuleusement respecté, le piqué est d’une étonnante précision et les contrastes pointus accentuent l’impression de profondeur de l’ensemble. Bien sûr, on notera toujours quelques petits défauts épars (taches, poussières, cigarette burns…), et les plans à effet sont toujours inévitablement marqués par de légères baisses de définition, mais l’ensemble est excellent : une belle réussite. Côté son, le film est proposé soit en VF soit en VO, dans des mixages DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine, propres et clairs, restituant parfaitement les dialogues et la musique de Pino Donaggio.

Du côté des suppléments, une fois n’est pas coutume, Le Chat qui fume ne nous propose ici que la bande-annonce du film. Cela dit, étant donné la rareté du film, le fait de pouvoir enfin le revoir dans des conditions optimales est déjà un cadeau inespéré… Pour vous procurer cette édition limitée à 1000 exemplaires, rendez-vous sur le site de l’éditeur !

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