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Test Blu-ray : La Guerre des gangs

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La Guerre des gangs

Italie : 1980
Titre original : Luca il contrabbandiere
Réalisation : Lucio Fulci
Scénario : Lucio Fulci, Ettore Sanzò
Acteurs : Fabio Testi, Ivana Monti, Marcel Bozzuffi
Éditeur : Artus Films
Durée : 1h37
Genre : Thriller, Policier
Date de sortie cinéma : 23 juin 1982
Date de sortie DVD/BR : 21 avril 2026

Luca est contrebandier de cigarettes à Naples avec son frère Micky. Malgré les risques encourus, cette activité lui assure une vie confortable avec sa femme et son fils, loin de la misère milanaise qu’ils ont fuie quelques années auparavant. Mais un jour, lors d’une opération, Luca et ses camarades sont pris en chasse par la Garde des finances. À la suite d’une course poursuite en bateau, les contrebandiers parviennent à s’échapper après avoir sacrifié leur cargaison. Micky pense alors que Sciarrino, un autre contrebandier, les a dénoncés. Peu de temps après, il est sauvagement abattu au bord d’une route. Luca n’a alors qu’une idée en tête : retrouver l’assassin de son frère. Durant son enquête, il va apprendre l’arrivée du  » Marseillais « , un redoutable trafiquant de drogue qui souhaite s’installer dans la ville…

Le film

[4/5]

La Guerre des gangs est un polar qui avance comme une bête blessée, oscillant entre rage contenue et élégance cabossée, un film qui rappelle que Lucio Fulci ne s’est jamais contenté d’être le pape du gore. Moins connu en France que sa vague de films d’horreur des années 70, il n’en est pas moins un excellent petit film de Lucio Fulci, au cœur duquel on retrouve son goût immodéré pour les outrances et les excès en tous genres. Suivant une logique de violence très proche de la réaction en chaîne chère à Mario Bava, le film propose une progression linéaire mais jouissive, sorte de crescendo dégénéré de la vendetta, si bien qu’on se doute très vite qu’il ne restera plus grand monde de vivant à la fin du film. Le plaisir n’en est pas moins présent pour qui goûte ce type de films, d’autant que, on le savait déjà grâce à des films tels que L’Emmurée vivante, le maestro Fulci sait également être un formaliste de grand talent, composant des cadres extrêmement beaux et soignés. Au final, on découvre ou redécouvre un polar de haute volée, très proche des polars poisseux de la décennie précédente, notamment influencé par le Mean Streets de Martin Scorsese.

Ce qui frappe dans La Guerre des gangs, c’est cette manière de prolonger l’héritage du poliziottesco tout en le tirant vers une forme de tragédie urbaine, héritée des films américains de la fin des années 70. Lucio Fulci y filme Naples comme une arène antique où les clans s’entre déchirent, où les ruelles deviennent des couloirs du destin, et où chaque regard peut déclencher une pluie de balles. Il y a dans La Guerre des gangs une réflexion discrète mais réelle sur la fatalité. Les personnages semblent prisonniers d’un engrenage qui les dépasse, comme si la Camorra était une divinité capricieuse exigeant son tribut de sang. Fulci, sans jamais verser dans la morale, montre comment la violence devient un langage, une manière de communiquer quand les mots ne suffisent plus. Bref, si le film est sorti en 1980, il porte encore clairement sur lui les stigmates des années 70 : tensions sociales, corruption rampante, explosion des trafics, et cette impression que la ville entière respire au rythme des règlements de comptes. La Guerre des gangs s’inscrit dans cette époque où les mœurs se libéraient autant que les violences se radicalisaient, et où les vêtements féminins, plus affirmés, plus libres, semblaient parfois en décalage avec la brutalité masculine omniprésente. Lucio Fulci capte cette contradiction sans insister, comme un détail sociologique glissé dans un plan de rue.

Comme on l’a déjà dit un peu plus haut, la narration de La Guerre des gangs fonctionne comme une mécanique infernale, façon Baie Sanglante : chaque action entraîne une réaction, chaque mort en appelle une autre, et la caméra de Fulci semble parfois anticiper la violence avant même qu’elle n’éclate. Les cadrages, souvent obliques, donnent l’impression que le monde penche dangereusement, comme si la ville elle-même perdait l’équilibre. Les couleurs, fanées, presque maladives, renforcent cette sensation de décomposition morale. Le cinéaste, qui adorait filmer les corps en souffrance, trouve ici un terrain de jeu plus réaliste, mais tout aussi intense. Les fusillades, sèches et brutales, rappellent les grandes heures du polar bis italien de l’époque, quelque-part entre Milan calibre 9 de Fernando Di Leo et Le Témoin à abattre d’Enzo Castellari. Mais La Guerre des gangs cherche avant tout à montrer l’absurdité tragique de la spirale de la violence, et sous ses airs de série B nerveuse, il interroge la manière dont les hommes se détruisent pour préserver une illusion de pouvoir.

Les acteurs de La Guerre des gangs contribuent d’ailleurs largement à la réussite du film. Fabio Testi, charismatique comme un faucon qui aurait troqué ses serres pour un revolver, impose une présence magnétique. Son jeu, tout en tension contenue, donne au film une colonne vertébrale solide. Autour de lui, les seconds rôles, souvent issus du vivier du poliziottesco, apportent une authenticité brute, presque documentaire : on notera notamment la présence à l’écran de Marcel Bozzuffi (French Connection, Section de choc…), de l’incontournable Nello Pazzafini (Ben & Charlie, Le Gladiateur du futur…), de Romano Puppo (Un citoyen se rebelle, California, Big Racket…) et de la sculpturale Cintia Lodetti (Les Évadées du Camp d’amour). La Guerre des gangs repose ainsi sur une distribution qui comprend parfaitement l’univers qu’elle habite, et qui donne au film une densité émotionnelle inattendue. Le résultat est un film hybride, nerveux, parfois maladroit, mais toujours habité par une énergie brute. Une énergie qui rappelle que le cinéma italien de l’époque n’avait peur de rien, et surtout pas de se salir les mains !

Le Blu-ray

[5/5]

Le Blu-ray de La Guerre des gangs édité par Artus Films arrive dans un boîtier Mediabook qui ferait presque ronronner un collectionneur insomniaque. L’objet, épais, solide, sent bon la passion éditoriale : un Blu-ray, un DVD, un CD de la bande originale signée Fabio Frizzi, et un livret de 80 pages signé Stéphane Lacombe et Lionel Grenier, intitulé « 20 nuances de poliziottesco ». Le Mediabook, avec sa couverture rigide et ses pages cousues, donne l’impression de tenir un petit grimoire du bis italien, un artefact sorti d’une époque où les films se consommaient comme des légendes urbaines. La Guerre des gangs trouve ici un écrin à la hauteur de son statut culte. L’image, issue d’un master 2K restauré, surprend égaleùe,t très agréablement. Les dernières griffures ont disparu, les tremblements ont été calmés, et la copie affiche une stabilité exemplaire. Le film, tourné avec des filtres et des flous typiques de l’époque, retrouve une netteté inattendue sans jamais sacrifier son grain organique. Les couleurs glauques, presque maladives, sont respectées, tandis que certaines scènes extérieures gagnent en précision. Une séquence en boîte de nuit, saturée de teintes électriques, montre à quel point le travail de restauration a été mené avec soin. La Guerre des gangs n’a jamais été aussi beau, sans pour autant perdre son identité rugueuse. Côté son, Artus Films nous propose deux pistes LPCM 2.0, en VO italienne et en VF. La version originale, nettoyée, énergique, restitue parfaitement le mono d’époque et la musique électrisante de Fabio Frizzi. La version française, longtemps malmenée, retrouve ici une clarté bienvenue : les voix sont nettes, la traduction efficace, et l’ensemble tient parfaitement la route. Les deux pistes se valent, chacune offrant une immersion cohérente dans l’univers du film. La Guerre des gangs bénéficie ainsi d’un traitement sonore respectueux, sans hiérarchie artificielle entre les versions.

Côté suppléments, on commencera avec le livret passionnant inclus dans le Mediabook, mais les bonus vidéo méritent tout autant l’attention. On trouvera d’abord une présentation du film par Olivier Père (56 minutes), qui explorera la carrière de Fulci, le contexte du film, les codes du genre, et les coulisses parfois chaotiques de la production italienne. On continuera ensuite avec un entretien avec Fabio Testi (19 minutes), toujours généreux en anecdotes, évoquant la personnalité de Lucio Fulci, le tournage du film parfois dangereux, et même la participation de véritables contrebandiers. On terminera avec un diaporama d’affiches et photos (2 minutes) et la bande-annonce originale (4 minutes). La Guerre des gangs bénéficie ainsi d’une édition riche, cohérente (contrairement à celle éditée par The Ecstasy of Film en 2013), et parfaitement adaptée à son statut de classique du bis. Indispensable !

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