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Test Blu-ray : New York Connection

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New York Connection

États-Unis : 1980
Titre original : Night of the Juggler
Réalisation : Robert Butler, Sidney J.Furie
Scénario : William W. Norton, Rick Natkin
Acteurs : James Brolin, Cliff Gorman, Dan Hedaya
Éditeur : Sidonis Calysta
Durée : 1h41
Genre : Thriller, Action
Date de sortie cinéma : 13 août 1980
Date de sortie DVD/BR : 24 avril 2026

Ancien policier, Sean Boyd assiste au kidnapping de sa fille par Gus Soltic un déséquilibré convaincu d’enlever une autre adolescente dont il attend une forte rançon du père, magnat de l’immobilier. Si Boyd croit d’abord pouvoir compter sur les forces de l’ordre en déposant plainte, il se heurte à un inspecteur qui garde une dent contre lui depuis des années. Livré à lui-même, Boyd se lance sur les traces de Soltic dans les rues mal famées du Bronx, freiné par un gang portoricain et d’anciens collègues…

Le film

[4/5]

New York Connection s’inscrit dans la mouvance d’un certain cinéma underground New Yorkais, né de films tels que Mean Streets (1973), Un justicier dans la ville (1974) ou, un peu plus tard, Driller Killer (1979), et qui se muera en une vague « agressive » de longs-métrages au début des années 80, s’échinant à présenter la Big Apple sous son jour le plus glauque. Avec ses silhouettes de voyous errant comme des fantômes mal rasés, New York Connection retrouve naturellement l’ADN de Maniac, Exterminator, Basket Case, Vigilante ou Combat Shock, ces films où la ville semble avaler ses habitants comme un monstre municipal vaguement syndiqué. New York Connection s’inscrit pleinement dans cette tradition, et son Bronx dépenaillé agit comme un décor mental, un espace où la violence devient presque un dialecte local.

New York Connection déploie une intrigue minimaliste, mais cette simplicité lui permet d’embrasser une forme de pureté narrative : un père, une fille, un psychopathe, et une ville qui ressemble à un labyrinthe construit par un urbaniste misanthrope. Le film transforme chaque rue en couloir de tension, chaque station de métro en ventre métallique où résonnent les pas affolés. Cette course-poursuite quasi ininterrompue évoque parfois French Connection (notamment en raison de la course-poursuite en voiture au début du film) ou Les Guerriers de la Nuit, mais avec une rugosité plus brute, comme si New York Connection refusait d’être élégant, préférant la sueur, les cris et les trottoirs fissurés. Une digression inutile mais savoureuse : on pourrait presque imaginer la ville elle-même remplir un formulaire de burn-out, tant elle semble fatiguée d’être maltraitée par ses propres habitants — mais cette idée renvoie surtout à la manière dont Sidney J. Furie et Robert Butler filment l’espace urbain comme un organisme blessé.

New York Connection explore aussi la question de l’identité, non pas au sens philosophique compassé, mais dans une logique de survie : qui est-on quand la ville nous broie ? Le père incarné par James Brolin avance comme un animal traqué, et le film capte cette énergie en multipliant les cadres serrés, les mouvements brusques, les ruptures de rythme. La caméra semble parfois trébucher avec lui, comme si elle partageait son souffle court. Ce choix formel renforce l’idée que New York Connection n’est pas seulement un thriller, mais une plongée dans un chaos urbain où la morale se dissout plus vite qu’un ticket de métro oublié dans une poche mouillée.

New York Connection se permet même quelques éclats poétiques involontaires : un néon qui clignote comme un cœur fatigué, un tunnel d’égout qui ressemble à une cathédrale pour rats philosophes, un taxi qui surgit comme un chevalier jaune poussin. Le héros court tellement qu’on se dit par moments qu’il essaie de battre un record olympique improvisé, mais le film transforme immédiatement ce sourire en tension, rappelant que chaque foulée rapproche ou éloigne une enfant de son ravisseur. Cette alternance entre absurde discret et gravité renforce la singularité du film. Du côté des acteurs, James Brolin impose une présence animale, tendue, presque vibrante, tandis que Cliff Gorman compose un ravisseur inquiétant, cousin psychique de Joe Spinell dans Maniac. Julie Carmen apporte une humanité fragile, et Dan Hedaya incarne un flic corrompu qui semble sortir d’un cauchemar bureaucratique. New York Connection trouve dans ces acteurs une densité émotionnelle qui dépasse largement son statut de série B urbaine survitaminée – c’est d’ailleurs peut-être là sa plus belle réussite.

Le Blu-ray

[4/5]

L’édition Blu-ray de New York Connection, sortie sous les couleurs de Sidonis Calysta, nous arrive dans un boîtier accompagné d’un fourreau élégant, avec un visuel qui rappelle les affiches urbaines défraîchies des années 80. Le combo Blu-ray + DVD est complété par un livret de 24 pages signé Marc Toullec, agréable à parcourir et riche en anecdotes. La restauration 4K nous offre une image étonnamment précise : le grain d’origine est respecté, les textures de rues délabrées gagnent en relief, et les visages marqués des personnages retrouvent une présence presque tactile. Les couleurs restent volontairement ternes, fidèle à l’esthétique rugueuse de New York Connection, mais les contrastes sont nettement améliorés par rapport aux anciennes copies circulant depuis des décennies. Côté son, le film est proposé en VO et VF, et toutes deux sont mixées en DTSHD Master Audio 2.0. Les deux pistes se valent réellement : la version française conserve son charme d’époque, avec un mixage clair et cohérent, tandis que la version originale offre une présence légèrement plus ample dans les ambiances urbaines. Aucun écrasement des dialogues, aucune saturation notable : New York Connection bénéficie d’un traitement sonore respectueux, qui ne cherche pas à moderniser artificiellement un matériau brut. Les sirènes, les moteurs, les cris de rue et les pas précipités trouvent une texture sonore homogène, renforçant l’immersion dans le chaos new-yorkais.

Les suppléments de New York Connection sont nombreux et bien construits. La présentation d’Olivier Père (25 minutes) replace le film dans son contexte historique et dans la galaxie des thrillers urbains post-Vietnam, tout en insistant sur le fait que le film ait été commencé par Sidney J. Furie pour être terminé par Robert Butler. L’entretien avec James Brolin (14 minutes) revient sur son implication dans New York Connection, sur les conditions de tournage dans les rues bondées, et sur la manière dont certaines scènes d’action ont été improvisées. L’entretien avec Julie Carmen (15 minutes) apporte un éclairage précieux sur la dimension sociale du film, notamment son lien avec le South Bronx où elle a grandi. Enfin, le module intitulé Pandemonium Reflex (15 minutes) propose une analyse du rôle de Sidney J. Furie dans la genèse de New York Connection, avec un extrait audio rare de conversation entre Daniel Kremer et le cinéaste. L’ensemble forme un corpus solide, cohérent, et particulièrement généreux pour un film longtemps invisible.

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