Accueil Critiques de films Critique Express : La maison dorée

Critique Express : La maison dorée

0
114

La maison dorée 

Tunisie : 2024
Titre original : Ennafoura
Réalisation : Selma Baccar
Scénario : Selma Baccar, Emna Rmili
Interprètes : Rim Riahi, Amira Derouiche, Ranim Aliani
Distribution : DHR distribution / A Vif Cinemas
Durée : 1h43
Genre : Drame
Date de sortie : 29 avril 2026

4/5

Synopsis : Trois parcours, trois femmes ayant vécu dans des conditions sociales et politiques diverses, marquées par des périodes de turbulence. Leurs parcours s’inscrivent dans le contexte historique du Printemps arabe en Tunisie. Elles sont travaillées par les archétypes féminins dans l’imaginaire collectif. À travers une fiction fondée sur des faits réels, Selma Baccar explore une Tunisie en pleine ébullition.

Ils sont plutôt rares les films où, au début, pendant un bon moment, on a l’impression de ne rien comprendre et qui, malgré tout, vous happent et ne vous lâchent plus. Il faut dire que l’image est tellement belle que, d’une certaine façon, elle se suffit à elle-même. Toutefois, très vite, on se demande qui est cette jeune femme qui déambule dans une ville en tirant sa valise à roulettes, qui demande à un homme qu’elle rencontre où se trouve La Maison dorée et dont l’allure lui vaudrait à Marseille l’appellation de cagole. Pourquoi la ville lui parait-elle être sens dessus dessous ? Qui sont ces hommes et ces femmes qui discutent de l’avenir de leur pays, la Tunisie ? Où cela se passe-t-il ? Très probablement à Tunis ? Quand cela se passe-t-il ? Un premier élément est donné : dans une conversation que capte cette jeune femme, il est question de l’Egypte et de Sissi qui a été ramené au pouvoir. D’autres éléments suivront comme le fait que le Ramadan ait lieu en plein été. En fait, on est en 2013, en plein Printemps Arabe, plus précisément au moment où se déroulent des manifestations contre le gouvernement d’Ali Larayedh, issu du parti islamiste Ennahda.  Ce moment de l’histoire de la Tunisie, la réalisatrice tunisienne Selma Baccar a choisi de le raconter à sa façon, tout en restant fidèle à son combat de toujours : celui des femmes tunisiennes. Aujourd’hui âgée de 80 ans, Selma Baccar a été la première réalisatrice et la première productrice de son pays. Pourtant, La Maison dorée est son premier long métrage à être distribué en France ! Elle a également participé à la vie politique de son pays et il lui est également arrivé de « faire l’actrice », le dernier exemple de cette activité étant très récent : c’est elle qui joue le rôle de la grand-mère dans A voix basse, le film de Leyla Bouzid qui vient de sortir dans les salles françaises.

Dans La Maison dorée, Selma Baccar fait se rencontrer 3 femmes tunisiennes très différentes l’une de l’autre dans un vieil hôtel au bord de la mer, un hôtel tenu par Madame Josette, une femme âgée aux origines françaises, un hôtel doté d’un étrange réceptionniste, El Fahem. Trois femmes tunisiennes très différentes l’une de l’autre mais qui ont quand même un point commun dont on va prendre conscience petit à petit : toutes les trois vivent une situation de détresse. Venues se réfugier dans ce vieil hôtel, Il y a là Jalila, la petite soixantaine, une intellectuelle, une ancienne militante de gauche, qui fuit Taoufik, un mari qui l’a déçue : alors que, pendant longtemps, elle et lui avaient tout partagé aussi bien sur le plan professionnel que sur le plan intellectuel, Jalila vient de découvrir que Taoufik la trompait avec une jeune assistante ainsi que sa compromission avec le régime de Ben Ali ; il y a là Salwa, la femme qu’on a vue arriver à Tunis au début du film, une trentenaire au comportement peu farouche qui cherche en fait à se venger des hommes en leur transmettant le virus du Sida, attrapé au contact d’un homme qui refusait de se protéger alors qu’elle pensait vivre avec lui le grand amour ; il y a là Marwa, une jeune femme voilée, une étudiante harcelée par Amine, un islamiste avec qui elle a contracté un mariage « orfi » et qui, ayant en sa possession des images compromettantes, menace de les montrer aux parents de Marwa si cette dernière refuse de le suive en Syrie. Réunies dans ce lieu plein de nostalgie du passé qu’est la Maison dorée, bénéficiant de la complicité de Madame Josette et de El Fahem, ces trois femmes tunisiennes différentes l’une de l’autre vont apprendre à se connaître, à s’apprécier, à s’entraider et, bien aidées par les évènements qui se déroulent sur la place du Bardo et qui permettent à Jalila de retrouver la fougue militante de sa jeunesse,  vont arriver à se reconstruire et à retrouver la foi dans un avenir serein.

On peut parler de conte à propos  de La Maison dorée, un conte magnifié par la photographie de  Mohamed Maghraoui, un conte sur la sororité dont certains détails politiques ne seront pas forcément tous compris par le public hexagonal sans que, en aucune manière, cela nuise à une réception très positive du film. D’autant plus que l’interprétation est de très grande qualité avec Riam Riahi (qui fait beaucoup penser à Françoise Fabian) dans le rôle de Jalila, Amira Derouiche  dans celui de Salwa et Ranim Aliani qui interprète Marwa. Témoin des évènements de l’été 2013, Selma Baccar a fait appel à des compagnons de lutte pour interpréter les manifestants rencontrés par Jalila lors des reconstitutions de sit-ins. On ne peut terminer ce texte sans parler de la magnifique chanson qu’on entend à la fin du film : il s’agit de l’interprétation par Lobana Noomen du poème « Nisaa biladi nisaa wa nosf » (Les femmes de mon pays sont des femmes et plus) du poète tunisien Sghaier Ouled Ahmed, mis en musique par Rabii Zammouri, le compositeur de la musique du film.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici