Test Blu-ray : First Cow

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First Cow

États-Unis : 2019
Titre original : –
Réalisation : Kelly Reichardt
Scénario : Kelly Reichardt, Jonathan Raymond
Acteurs : John Magaro, Orion Lee, Toby Jones
Éditeur : Condor Entertainment
Durée : 2h02
Genre : Western, Drame
Date de sortie cinéma : 20 octobre 2021
Date de sortie DVD/BR : 30 mars 2022

Au début du XIXe siècle, sur les terres encore sauvages de l’Oregon, Cookie Figowitz, un humble cuisinier, se lie d’amitié avec King-Lu, un immigrant d’origine chinoise. Rêvant tous deux d’une vie meilleure, ils montent un modeste commerce de beignets qui ne tarde pas à faire fureur auprès des pionniers de l’Ouest, en proie au mal du pays. Le succès de leur recette tient à un ingrédient secret : le lait qu’ils tirent clandestinement chaque nuit de la première vache introduite en Amérique, propriété exclusive d’un notable des environs…

Le film

[4/5]

« Il y a deux ans, River of Grass, le premier long-métrage de Kelly Reichardt, est enfin sorti dans les salles françaises, après un long délai de 25 années ! Avant la sortie de First Cow, les six longs-métrages précédents de la réalisatrice américaine ont donc été présentés en salle au public français. Une réalisatrice dont la réputation ne cesse de croître, une réalisatrice qui nous entraîne toujours dans des milieux naturels et aime montrer les rapports humains avec délicatesse mais sans aucune mièvrerie, une réalisatrice à qui on doit des pépites comme Wendy et Lucy, Night Moves et Certaines Femmes. First Cow a obtenu le Prix du Jury lors de la 46e édition du Festival du cinéma américain de Deauville en septembre 2020.

First Cow est souvent présenté comme étant un western. Certes, l’action se déroule dans l’Oregon aux alentours de 1820, ceci explique sans doute cela : l’ouest des États-Unis, le 19ème siècle, un groupe de pionniers, des ingrédients classiques du western sont bien présents. Mais si western il y a, c’est un western à la Kelly Reichardt ! Dans First Cow, pas de grandes chevauchées, pas de guerre contre des indiens, pas de bourgade sous la coupe d’un bandit et de sa troupe de hors-la-lois, pas de fusil, pas de grands espaces filmés en cinémascope mais, au contraire, utilisation d’un format 4/3 et des images tournées le plus souvent dans la pénombre, voire nuitamment. Non, ce que filme avec délicatesse Kelly Reichardt, c’est la rencontre, puis l’amitié naissante, entre Cookie Figowitz, un cuisinier venant du Maryland, et King-Lu, un chinois originaire du nord de la Chine. Cookie rêve d’ouvrir un hôtel, King-Lu de devenir fermier : à chacun sa vision du rêve américain ! En attendant, ils réunissent leurs talents d’entrepreneurs et rencontrent un grand succès en confectionnant et en vendant des beignets dont la recette comprend un ingrédient très rare dans leur environnement, le lait, qu’ils obtiennent en allant traire, en cachette, la nuit venue, la seule vache de la région, une vache mi-bretonne, mi-normande, qui appartient au chef de poste, lequel se désole que sa vache ne soit pas très productive !

Une fois de plus concernant un film de Kelly Reichardt, First Cow nous amène à nous poser la question suivante : comment fait-elle pour arriver à autant captiver les spectateurs avec une histoire aussi simple, telle que présentée ci-dessus ? Tout simplement dans la façon de raconter cette histoire jointe à tout ce qu’il y a autour de cette histoire. Le fait, tout d’abord, que Cookie et King-Lu viennent de deux cultures différentes ce qui ne nuit en rien à leur amitié naissante, résumant en quelque sorte la façon dont les États-unienne se sont construits à partir d’une très grande hétérogénéité dans les populations d’origine, tant géographique que sociale ; la réflexion sur l’appât du gain, les moyens pas toujours honnêtes pour arriver à le satisfaire avec les risques éventuellement tragiques qui accompagnent ces moyens ; la façon très réaliste et parfaitement crédible de montrer la vie particulièrement rude des pionniers de l’ouest américain ; le petit côté proche de la comédie avec le chef de poste qui devient le meilleur client de Cookie et King-Lu, alors que c’est lui le propriétaire de la vache dont les deux acolytes volent le lait pour confectionner les beignets dont il raffole ; des conversations qui peuvent être frivoles comme celle sur les nouveautés de la mode à Paris ou quasiment philosophiques comme celle sur le poids des gains à attendre d’une condamnation par rapport à la perte en productivité suite à cette même condamnation. Et puis, bien évidemment, comme toujours chez Kelly Reichardt, la très belle peinture d’une nature sauvage, à la fois hostile et séduisante et celle des rapports entre les hommes et les animaux, des rapports parfois brutaux, parfois pleins de tendresse. La réunion de tous ces ingrédients fait de First Cow une sorte de conte d’une grande richesse tant visuelle qu’historique et sociologique.

(…) Kelly Reichardt poursuit avec bonheur sa déclinaison de l’amitié, cet attachement entre des personnes ne faisant pas partie de la même famille et qu’on retrouve dans tous ses films. S’y ajoutent sa vision personnelle de la conquête de l’ouest et une réflexion sur l’esprit d’entreprise et l’appât du gain, avec les dérives que cela peut entraîner. Dire que Kelly Reichardt fait partie des meilleures réalisatrices du cinéma contemporain pourrait être interprété de façon réductrice par certains lecteurs. C’est donc de façon délibérée qu’on affirmera que Kelly Reichardt fait partie des meilleurs réalisateurs du cinéma contemporain. »

Extrait de la critique de notre chroniqueur Jean-Jacques Corrio. Retrouvez-en l’intégralité en cliquant sur ce lien !

Le Blu-ray

[4/5]

On salue et on félicite chaleureusement Condor Entertainment, qui nous propose aujourd’hui de découvrir First Cow au format Blu-ray, alors même que le film de Kelly Reichardt n’a réuni dans les salles qu’un peu plus de 105.000 spectateurs (sur un circuit certes réduit de 64 copies). Mais Condor croit dans le potentiel de First Cow, et on ne saurait que lui donner raison tant le rendu visuel du film s’impose comme étant vraiment de toute beauté, en partie grâce à une galette Haute-Définition exemplaire. Le format 1.37 est respecté et l’ensemble affiche une belle pêche, avec un grain scrupuleusement préservé, des couleurs et des noirs très intenses et un piqué accru, dans la limite d’un tournage en 16 mm évidemment : l’ensemble est absolument superbe. Côté son, la VO nous est proposée, au choix, dans un mixage DTS-HD Master Audio 2.0, ou dans un mixage spatialisé DTS-HD Master Audio 5.1 retranscrivant parfaitement les ambiances du film. Dans les deux cas de figure, la bande sonore est stable, nette et équilibrée. On félicite également l’éditeur de n’avoir pas pris la peine d’investir dans une VF tant celle-ci nous aurait paru incongrue, et aurait forcément trahi l’esprit de la cinéaste.

Du côté des suppléments, on trouvera un entretien avec Kelly Reichardt (33 minutes). La cinéaste y évoquera sa carrière, et revenant sur chacun de ses films dans le détail, et avec de nombreuses anecdotes. Elle nous livre au final une véritable masterclass, toute en humilité, sur ses vingt-cinq ans de carrière : absolument passionnant !

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