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Test Blu-ray : Une libellule pour chaque mort

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Une libellule pour chaque mort

Espagne : 1975
Titre original : Una Libélula para cada muerto
Réalisation : León Klimovsky
Scénario : Paul Naschy
Acteurs : Paul Naschy, Erika Blanc, Antonio Mayans
Éditeur : Artus Films
Durée : 1h28
Genre : Thriller, Horreur
Date de sortie DVD/BR : 21 avril 2026

Dans les bas-fonds de Milan, une série de meurtres est perpétrée au sein des prostituées, dealers, et homosexuels. Le tueur, qui semble investi d’une mission purificatrice, laisse, en signature, une libellule sur chacune de ses victimes. L’inspecteur Scaporella est diligenté pour mener l’enquête, aidé par sa fiancée Silvana…

Le film

[3,5/5]

Aucun préambule atmosphérique ne s’impose pour comprendre qu’Une libellule pour chaque mort appartient à cette Espagne du début des années 70, encore engluée dans les dernières secousses du franquisme. Le film, tourné en 1975, porte sur lui les traces d’une époque où la société oscillait entre contrôle rigide et envies de liberté. Une libellule pour chaque mort enregistre cette tension dans les tenues des personnages féminins, souvent trop sages pour être honnêtes, mais traversés par des motifs et des coupes qui trahissent une modernité impatiente. Et pour les lecteurs qui commencent à connaître l’auteur de ces lignes et ses petites marottes formelles et thématiques, on arguera qu’il n’y a rien d’obsessionnel dans cette observation : simplement la preuve qu’Une libellule pour chaque mort respire son époque, ses contradictions, ses désirs de changement coincés dans des rues où la police veille encore un peu trop.

León Klimovsky, infatigable artisan du cinéma de genre dont on avait récemment parlé à l’occasion de la sortie au format Blu-ray de La Furie des Vampires, filme Une libellule pour chaque mort comme un puzzle dont les pièces auraient été taillées à la main, avec – certes – une précision parfois approximative mais un vrai goût pour l’artisanat, doublé d’une réelle envie de raconter quelque chose. Le mélange de thriller, de Giallo et de drame social donne à son film une texture singulière, presque granuleuse, où la violence surgit sans prévenir. Le film explore la peur, la culpabilité, la fragilité des identités masculines et féminines dans une société qui change plus vite que ses habitants. Une libellule pour chaque mort ne se contente pas d’aligner les meurtres : il scrute les regards, les silences, les gestes retenus, comme si chaque personnage portait une valise pleine de secrets trop lourds.

La mise en scène d’Une libellule pour chaque mort joue beaucoup sur les contrastes : ruelles sombres contre façades éclatantes, visages fermés contre couleurs presque trop vives. Les teintes psychédéliques, héritées des expérimentations visuelles de l’époque, rappellent les audaces de films comme La Résidence ou certains films de José Ramón Larraz. Le film se permet même quelques plans qui semblent rêver d’un cinéma plus libre, plus sensuel, plus frontal. Les cadrages serrés sur les yeux, les mains, les objets du quotidien lui donnent parfois une dimension presque fétichiste, mais toujours au service de l’atmosphère. Habile, León Klimovsky sait exactement comment utiliser la caméra pour créer un malaise diffus, et créer un thriller psychologique étrange mais fascinant.

La dimension sociale d’Une libellule pour chaque mort apparaît dans la manière dont le film observe les rapports de force. Les femmes, souvent enfermées dans des rôles imposés, semblent prêtes à exploser, et Une libellule pour chaque mort capte cette tension avec une précision presque documentaire. Les vêtements, les attitudes, les silences : tout renvoie à une époque où la libération des mœurs avançait par à-coups, parfois dans la douleur. Le film, malgré ses maladresses, témoigne d’un vrai désir de cinéma, d’une volonté de raconter une société en mutation à travers un récit de meurtre et de mystère. Une libellule pour chaque mort s’inscrit ainsi dans la lignée des gialli européens qui utilisaient le genre pour dire quelque chose du monde, même si c’était parfois de manière détournée.

Impossible de parler d’Une libellule pour chaque mort sans évoquer Paul Naschy, massif, charismatique, presque mythologique. Son jeu, tout en retenue animale, donne au film une densité inattendue. Autour de lui, les actrices — notamment Erika Blanc — apportent une fragilité nerveuse qui renforce la dimension psychologique du film. Leur présence, parfois plus forte que le scénario lui-même, rappelle que le cinéma de genre espagnol savait créer des atmosphères uniques, même avec trois bouts de ficelle et un calendrier de tournage serré. Une libellule pour chaque mort repose donc sur un équilibre délicat : un mélange de charme daté, de tension diffuse et de poésie involontaire qui, cinquante ans plus tard, fonctionne toujours aussi bien.

Le coffret Blu-ray

[4,5/5]

Une libellule pour chaque mort vient juste de sortir au format Blu-ray, et à cette occasion, l’éditeur Artus Films nous propose pour un Digipack élégant, avec la version intégrale sur Blu-ray et sur DVD. L’objet, solide et joliment illustré, appartient à la prestigieuse collection « Giallo » où l’éditeur aime mêler respect patrimonial et plaisir de collectionneur. Le visuel, fidèle à l’affiche espagnole, joue sur les teintes chaudes et l’ambiance inquiétante du film, ce qui donne à Une libellule pour chaque mort une présence physique cohérente avec son identité. Sur la galette HD, l’image restaurée en 2K offre au film de León Klimovsky un piqué très appréciable. Les couleurs psychédéliques, typiques du cinéma européen des années 70, retrouvent une vigueur presque insolente. Quelques points blancs subsistent, et certaines transitions entre sources différentes trahissent l’âge du matériel, mais rien qui empêche Une libellule pour chaque mort de briller dans cette édition. Une courte fin de séquence provenant visiblement d’une VHS non restaurée rappelle que la complétude a parfois un prix, mais les amateurs de cinéma bis savent que ce genre de cicatrice fait partie du charme. Côté son, la piste VO espagnole en LPCM Audio 2.0 (mono) donne à Une libellule pour chaque mort une ouverture correcte, malgré un souffle perceptible. Le mixage reste propre, équilibré, et permet d’apprécier la musique et les ambiances sans frustration. La version française, héritée de la sortie VHS, amuse parfois malgré elle, notamment dans les scènes où le personnage homosexuel se voit affublé d’un doublage caricatural. Pour une expérience fidèle, la version originale reste la meilleure manière de savourer le film, même si la VF conserve un charme bis indéniable.

Côté suppléments, on commencera avec une présentation du film par Emmanuel Le Gagne et Sébastien Gayraud (52 minutes). Les deux intervenants replacent Une libellule pour chaque mort dans la carrière tentaculaire de León Klimovsky, cinéaste argentin devenu pilier du cinéma de genre espagnol. Leur analyse, parfois hésitante mais toujours passionnée, éclaire les zones d’ombre d’un réalisateur prolifique dont les œuvres sud-américaines restent difficiles d’accès. Ils rappellent que le film s’inscrit dans une période où Klimovsky alternait fulgurances et travaux alimentaires, ce qui donne au film son mélange si particulier de maîtrise et de bricolage inspiré. On terminera enfin avec le traditionnel diaporama d’affiches et de photographies (2 minutes). On y retrouve des visuels rares, des photos d’exploitation et des documents qui replacent le film dans son époque. Rien de révolutionnaire, mais un bonus cohérent avec l’esprit de cette édition Artus Films, qui cherche avant tout à offrir un écrin solide à Une libellule pour chaque mort.

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