L’Engloutie
France : 2025
Titre original : –
Réalisation : Louise Hémon
Scénario : Louise Hémon, Anaïs Tellenne, Maxence Stamatiadis
Acteurs : Galatéa Bellugi, Matthieu Lucci, Samuel Kircher
Éditeur : Condor Entertainment
Durée : 1h38
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 24 décembre 2025
Date de sortie DVD/BR : 5 mai 2026
1899. Par une nuit de tempête, Aimée, jeune institutrice républicaine, arrive dans un hameau enneigé aux confins des Hautes-Alpes. Malgré la méfiance des habitants, elle se montre bien décidée à éclairer de ses lumières leurs croyances obscures. Alors qu’elle se fond dans la vie de la communauté, un vertige sensuel grandit en elle. Jusqu’au jour où une avalanche engloutit un premier montagnard…
Le film
[3,5/5]
L’Engloutie semble surgir d’un autre temps, non pas comme un souvenir poussiéreux, mais comme une braise encore chaude qu’on aurait retrouvée sous la neige. Le film de Louise Hémon, premier long-métrage ambitieux, installe d’emblée un territoire rude, presque mythologique : un hameau des Hautes-Alpes en 1899, isolé, gelé, où les croyances circulent plus vite que les nouvelles venues de la vallée. La réalisatrice s’empare de ce décor comme d’un laboratoire émotionnel, un lieu où les corps, les regards et les silences deviennent des outils narratifs aussi puissants que les avalanches qui rythment l’intrigue.
L’Engloutie articule ses thématiques (l’émancipation féminine, la peur de l’inconnu, la tension entre savoir et superstition…) autour d’une mise en scène qui semble presque taillée dans la roche. La caméra, souvent proche des visages, capte la moindre vibration, comme si chaque respiration d’Aimée (Galatea Bellugi, vue dans Chien de la casse) révélait un pan supplémentaire de son histoire intérieure. Comme souvent ces derniers temps avec les films centrés sur les personnages féminins, même si l’intrigue de L’Engloutie est située à la fin du XIXᵉ siècle, le récit imaginé par Louise Hémon résonne étrangement avec des préoccupations très contemporaines : l’éducation comme outil de transformation, la place des femmes dans les espaces hostiles, la confrontation entre rationalité et croyances… Pour autant, le film ne théorise jamais, mais laisse ces idées infuser dans ses images, comme une encre qui se répand lentement sur une page.
La direction artistique de L’Engloutie mérite une mention particulière. Louise Hémon, formée au documentaire, privilégie une lumière naturelle, ou du moins l’illusion parfaite de celle-ci. Les intérieurs sombres, éclairés par des flammes vacillantes, donnent l’impression d’un monde où la chaleur est un luxe fragile. Les extérieurs, eux, transforment la montagne en personnage à part entière : immense, indifférente, presque carnivore. Cette esthétique réaliste, presque sensorielle, renforce la tension dramatique, et permet à la cinéaste de nous proposer une véritable réflexion sur la manière dont un environnement façonne les comportements. Les influences de L’Engloutie se devinent, sans pour autant peser sur le récit : un peu de Vermiglio pour la rudesse montagnarde, un soupçon de L’Arbre aux sabots pour la dimension vernaculaire, et même une ombre de The Witch dans la manière dont la communauté projette ses peurs sur une femme venue d’ailleurs. Pourtant, le film reste profondément singulier : Louise Hémon ne cherche pas à imiter, mais à creuser son propre sillon, celui d’un cinéma où le réalisme se mêle à une forme de fièvre poétique, où les gestes du quotidien deviennent des rituels chargés de sens. La tension sensuelle qui traverse le film mérite également d’être soulignée. Aimée, institutrice républicaine, apporte avec elle un souffle de modernité, mais aussi un trouble que les hommes du hameau perçoivent immédiatement. L’Engloutie joue subtilement avec cette énergie, sans jamais tomber dans la démonstration. Les relations, les frôlements, les regards échangés près du feu construisent une dramaturgie discrète mais puissante.
Au-delà de la mise en scène, il faut également saluer le talent des acteurs au cœur du film. Galatea Bellugi, fascinante, incarne Aimée avec une intensité calme, un mélange de douceur et de détermination qui donne au film son cœur battant. Matthieu Lucci et Samuel Kircher, en montagnards à la fois frustes et vulnérables, apportent une densité émotionnelle qui évite toute caricature. L’Engloutie repose ainsi sur un trio d’acteurs capables de faire exister un monde où chaque geste compte, où chaque silence pèse, où chaque disparition laisse une trace durable. A découvrir !
Le coffret Blu-ray
[4/5]
Le Blu-ray de L’Engloutie, édité par Condor Entertainment, se présente sous la forme d’un Combo Blu-ray + DVD avec fourreau, un packaging simple mais élégant, qui reprend les teintes froides du film. Côté image, la galette HD impressionne par sa précision. Le travail sur la lumière naturelle, si essentiel au film, est parfaitement restitué : les intérieurs sombres conservent leur grain organique, les flammes des bougies dessinent des halos subtils, et les paysages enneigés gagnent en profondeur. Le master Haute-Définition offre un piqué solide, sans excès de netteté artificielle, et les contrastes respectent la palette volontairement austère du film. Les scènes nocturnes, souvent piégeuses, restent lisibles, et les textures des vêtements, des murs, des visages conservent leur authenticité. L’Engloutie bénéficie ainsi d’un transfert qui respecte pleinement les intentions de la réalisatrice. Côté son, L’Engloutie nous est proposé DTS-HD Master Audio 5.1, et nous offre une spatialisation discrète mais efficace, notamment dans les scènes de tempête ou de veillée, où les bruits de vent, de craquements et de murmures enveloppent le spectateur. Mais l’éditeur Condor Entertainment pense également aux spectateurs non équipés de Home Cinema : le film nous est également proposé en DTS-HD Master Audio 2.0 : le mixage stéréo, naturellement plus frontal, conserve une clarté remarquable, idéale pour apprécier les dialogues et les ambiances minimalistes. L’Engloutie trouve ainsi un équilibre rare entre précision technique et respect de la sobriété voulue par Louise Hémon.
Côté suppléments, le Blu-ray édité par Condor nous propose de découvrir plus en profondeur le travail de la réalisatrice, avec deux courts-métrages. Le premier des deux, Voyage de documentation de Madame Anita Conti (38 minutes, 2024), retrace le parcours de la première femme océanographe française embarquée en 1952 sur un chalutier. Le film, composé d’archives, de journaux de bord et d’images 16mm, dresse un portrait fascinant d’une pionnière qui avait pressenti la nécessité de protéger les océans. La mise en scène, sobre et respectueuse, révèle déjà l’intérêt de Louise Hémon pour les figures féminines confrontées à des environnements hostiles. Le second court-métrage, Le Dernier débat (16 minutes, 2020), met en scène une joute verbale dans un espace clos, où les tensions politiques et humaines se cristallisent autour d’un échange aux allures de fin du monde. Le court, nerveux et précis, témoigne d’un sens aigu du rythme et de la dramaturgie. Ces deux œuvres, complémentaires, éclairent le parcours de la réalisatrice et enrichissent la compréhension de L’Engloutie.






















