Critique : First Cow

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First Cow

Etats-Unis : 2019
Titre original : –
Réalisation : Kelly Reichardt
Scénario : Kelly Reichardt, Jonathan Raymond d’après « The Half-Life », roman de Jonathan Raymond
Interprètes : John Magaro, Orion Lee, Toby Jones
Distribution : Condor Distribution
Durée : 2h02
Genre : Drame
Date de sortie : 20 octobre 2021

4/5

Il y a 2 ans, River of Grass, le premier long métrage de Kelly Reichardt, est enfin sorti dans les salles françaises, après un long délai de 25 années ! Avant la sortie de First Cow, les six longs métrages précédents de la réalisatrice américaine ont donc été présentés en salle au public français. Une réalisatrice dont la réputation ne cesse de croitre, une réalisatrice qui nous entraine toujours dans des milieux naturels et aime montrer les rapports humains avec délicatesse mais sans aucune mièvrerie, une réalisatrice  à qui on doit des pépites comme Wendy et Lucy, Night Moves et Certaines Femmes. First Cow a obtenu le Prix du Jury lors de la 46e édi­tion du Fes­ti­val du ciné­ma amé­ri­cain de Deau­ville en septembre 2020.

Synopsis : Au début du XIXe siècle, sur les terres encore sauvages de l’Oregon, Cookie Figowitz, un humble cuisinier, se lie d’amitié avec King-Lu, un immigrant d’origine chinoise. Rêvant tous deux d’une vie meilleure, ils montent un modeste commerce de beignets qui ne tarde pas à faire fureur auprès des pionniers de l’Ouest, en proie au mal du pays. Le succès de leur recette tient à un ingrédient secret : le lait qu’ils tirent clandestinement chaque nuit de la première vache introduite en Amérique, propriété exclusive d’un notable des environs.

Un western atypique

First Cow est souvent présenté comme étant un western. Certes, l’action se déroule dans l’Oregon aux alentours de 1820, ceci explique sans doute cela : l’ouest des Etats-Unis, le 19ème siècle, un groupe de pionniers, des ingrédients classiques du western sont bien présents. Mais si western il y a, c’est un western à la Kelly Reichardt ! Dans First Cow, pas de grandes chevauchées, pas de guerre contre des indiens, pas de bourgade sous la coupe d’un bandit et de sa troupe de hors-la-lois, pas de fusil, pas de grands espaces filmés en cinémascope mais, au contraire, utilisation d’un format 4/3 et des images tournées le plus souvent dans la pénombre, voire nuitamment. Non, ce que filme avec délicatesse Kelly Reichardt, c’est la rencontre, puis l’amitié naissante, entre Cookie Figowitz, un cuisinier venant du Maryland, et King-Lu, un chinois originaire du nord de la Chine. Cookie rêve d’ouvrir un hôtel, King-Lu de devenir fermier : à chacun sa vision du rêve américain ! En attendant, ils réunissent leurs talents d’entrepreneurs et rencontrent un grand succès en confectionnant et en vendant des beignets dont la recette comprend un ingrédient très rare dans leur environnement, le lait, qu’ils obtiennent en allant traire, en cachette, la nuit venue, la seule vache de la région, une vache mi-bretonne, mi-normande, qui appartient au chef de poste, lequel se désole que sa vache ne soit pas très productive !


Comment fait-elle ?

Une fois de plus concernant un film de Kelly Reichardt, First Cow nous amène à nous poser la question suivante : comment fait-elle pour arriver à autant captiver les spectateurs avec une histoire aussi simple, telle que présentée ci-dessus ? Tout simplement dans la façon de raconter cette histoire jointe à tout ce qu’il y a autour de cette histoire. Le fait, tout d’abord, que Cookie et King-Lu viennent de 2 cultures différentes ce qui ne nuit en rien à leur amitié naissante, résumant en quelque sorte la façon dont les Etats-Unis se sont construits à partir d’une très grande hétérogénéité dans les populations d’origine, tant géographique que sociale ; la réflexion sur l’appât du gain, les moyens pas toujours honnêtes pour arriver à le satisfaire avec les risques éventuellement tragiques qui accompagnent ces moyens ; la façon très réaliste et parfaitement crédible de montrer la vie particulièrement rude des pionniers de l’ouest américain ; le petit côté proche de la comédie avec le chef de poste qui devient le meilleur client de Cookie et King-Lu, alors que c’est lui le propriétaire de la vache dont les deux acolytes volent le lait pour confectionner les beignets dont il raffole ; des conversations qui peuvent être frivoles comme celle sur les nouveautés de la mode à Paris ou quasiment philosophiques comme celle sur le poids des gains à attendre d’une condamnation par rapport à la perte en productivité suite à cette même condamnation. Et puis, bien évidemment, comme toujours chez Kelly Reichardt, la très belle peinture d’une nature sauvage, à la fois hostile et séduisante et celle des rapports entre les hommes et les animaux, des rapports parfois brutaux, parfois pleins de tendresse. La réunion de tous ces ingrédients fait de First Cow une sorte de conte d’une grande richesse tant visuelle qu’historique et sociologique.

Interprétation, photo, musique

Ne cherchez pas de grandes stars du cinéma américain dans ce film de Kelly Reichardt ! En fait, les comédiens les plus connus sont Toby Jones, l’interprète du chef de poste, et Ewen Bremner, l’interprète de Lloyd : le premier est anglais et le second écossais. Bien que moins connues, les deux têtes d’affiche s’avèrent être d’excellents comédiens : John Magaro, l’interprète de Cookie, lui est bien américain ; Orion Lee, qui joue Ling-Lu, est né à Hong-Kong et a la nationalité australienne. Partant du principe qu’on ne change pas une équipe qui gagne, la réalisatrice a de nouveau fait appel au même Directeur de la photographie que pour ses 3 films précédents : le californien Christopher Blauvelt. Quant à la musique, elle est l’œuvre du musicien de country alternative William Tyler.

Conclusion

Kelly Reichardt poursuit avec bonheur sa déclinaison de l’amitié, cet attachement entre des personnes ne faisant pas partie de la même famille et qu’on retrouve dans tous ses films. S’y ajoutent sa vision personnelle de la conquête de l’ouest et une réflexion sur l’esprit d’entreprise et l’appât du gain, avec les dérives que cela peut entrainer. Dire que Kelly Reichardt fait partie des meilleures réalisatrices du cinéma contemporain pourrait être interprété de façon réductrice par certains lecteurs. C’est donc de façon délibérée qu’on affirmera que Kelly Reichardt fait partie des meilleurs réalisateurs du cinéma contemporain.

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