Revu sur MUBI : Mister Lonely

0
312
© 2008 O’Salvation / IFC Films / Shellac Distribution Tous droits réservés

Après quatre semaines de confinement, tout le monde se sent un peu comme Monsieur ou Madame Solitude, n’est-ce pas ? Pour vous remonter tant soit peu le moral, on vous conseille ce magnifique conte doux-amer, encore disponible pendant une semaine sur la plateforme par abonnement . Son réalisateur n’a certes jamais versé dans le cinéma optimiste et édifiant, bien au contraire. Avec , il se trouvait cependant au point de croisement idéal entre les films farouchement indépendants du début de sa carrière, Gummo et Julien Donkey-Boy, et ses œuvres ultérieures, toujours pas commerciales, quoique produites grâce à des acteurs plus porteurs, tels que James Franco dans Spring Breakers et Matthew McConaughey dans The Beach Bum. La distribution de son troisième long-métrage a ainsi beau déborder de noms prestigieux, elle se met entièrement au service de ce que l’on qualifierait d’improvisation poétique.

Le milieu des sosies n’a en effet jamais eu droit à un traitement filmique plus bienveillant et inspiré qu’ici. Plutôt que de traiter ses personnages comme des infirmes psychologiques, la narration les suit sans le moindre jugement dans leur odyssée, plus rêve que cauchemar, d’hommes et de femmes du spectacle amateur. La scène sur laquelle Michael Jackson et Marilyn Monroe se produisent se trouve désormais du côté des coins de rue ou des Ehpad. Leur public y est assez indifférent envers les efforts de ressemblance consentis par et , tous les deux animés par une très belle fragilité. La fuite en avant, vers l’autarcie du délire en Écosse, ne se solde pas par l’aboutissement de leur ambition : s’effacer complètement derrière leurs idoles respectifs. Elle les met davantage face à leurs contradictions intimes, dans un terrain hors du temps, où Chaplin peut encore ressembler à Hitler. Car après tout, n’est-il pas l’un des comédiens les plus accomplis qui soient, capable d’exprimer une monstruosité repoussante qui nous paraît en parallèle incroyablement attachante ?

© 2008 O’Salvation / IFC Films / Shellac Distribution Tous droits réservés

Alors que nous ne sommes pas particulièrement friands de digressions dramatiques, de sujets annexes qui détournent invariablement l’attention du spectateur de l’enjeu principal d’un film, celle imaginée par Harmony Korine autour des nonnes dans l’avion est un véritable coup de génie. Proche d’une hallucination collective, avec comme pilote aussi improbable que magistral dans son fanatisme germanique, elle procure une mise en abîme hautement ironique aux stratagèmes d’imposture guère moins innocents de la part des sosies. Tout comme la face sombre de la réalité vient perturber de temps en temps l’illusion bucolique de ces derniers, au détour d’un coup de soleil ou d’une maladie de moutons, les religieuses se fient un peu trop rapidement à leur pouvoir de provoquer des miracles. La beauté du geste filmique, déjà considérable au moment des chutes vertigineuses en plein air, borde alors carrément au sublime, lors de la conclusion de ce parcours icarien par excellence.

Comment en effet ne pas se brûler les ailes à force de tendre vers le soleil ? Mister Lonely livre quelques pistes de réflexion toujours aussi stimulantes douze ans après sa sortie, quand le deuil de Michael Jackson remonte à si longtemps qu’on ne se souvenait même plus que c’était cette splendide bête de foire de la culture populaire qui avait jadis lancé la mode des masques ! Or, le film de Harmony Korine – par ailleurs notre préféré du réalisateur, bien qu’il nous en reste pas mal à découvrir – se soustrait à toute considération trop étroitement datée, pour mieux célébrer avec une élégance infaillible l’aspect universel de l’impossibilité tragique de brouiller outre mesure son identité.

© 2008 O’Salvation / IFC Films / Shellac Distribution Tous droits réservés

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici