Critique : Roqya

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Roqya

France : 2024
Titre original : –
Réalisation : Saïd Belktibia
Scénario : Saïd Belktibia, Louis Pénicaut
Interprètes : Golshifteh Farahani, Amine Zariouhi, Jeremy Ferrari, Denis Lavant
Distribution : The Jokers / Les Bookmakers
Durée : 1h36
Genre : Action, Thriller
Date de sortie : 15 mai 2024

3/5

Synopsis : Nour vit de contrebande d’animaux exotiques pour des guérisseurs. Lorsqu’une consultation dérape, elle est accusée de sorcellerie. Pourchassée par les habitants du quartier et séparée de son fils, elle se lance alors dans une course effrénée pour le sauver. La traque commence…

Un thriller féministe

Le titre d’un film revêt une certaine importance dans la décision d’aller ou non le voir, et, si la signification d’un titre n’est pas évidente pour vous, il est intéressant de creuser un peu le sujet, par exemple en allant faire un petit tour sur Internet. En tapant « Roqya » sur un moteur de recherche, on va se trouver devant une kyrielle de liens dans lesquels apparaissent les mots Islam, sorcellerie, exorcisme, sourate, possession, médecine coranique, ésotérisme, marabouts, etc. Et c’est bien ce domaine que, pour son premier long métrage, Saïd Belktibia a choisi de nous faire découvrir sous la forme d’un thriller plutôt bien construit. Le personnage principal s’appelle Nour, « lumière » en arabe. C’est une jeune femme moderne, de la deuxième, voire de la troisième génération d’immigrés et elle s’est trouvée un business lucratif : elle vit de la contrebande d’animaux exotiques qu’elle revend à des marabouts ou autres guérisseurs et elle est sur le point de lancer Baraka (« Bénédiction » en arabe) sur Internet, une application genre Doctolib permettant de trouver facilement un marabout ou une guérisseuse.

Pour son bonheur, Nour a un fils, Amine. Pour son malheur, elle a un ex-compagnon violent, Dylan, le père de ce fils. Dans ces conditions, tout va à peu près bien pour elle jusqu’au jour où la tentative de suicide d’un jeune dont elle s’est occupée la voit être accusée de sorcellerie et devenir une proie pour les habitants du quartier, une situation d’autant plus critique que, au même moment, son fils a disparu. L’histoire a montré que l’accusation de sorcellerie a souvent été une arme pour discréditer les femmes et, tout particulièrement celles qui, par leurs idées, par leur comportement, refusent de se soumettre et se sont opposées à la domination masculine, au machisme ordinaire. La chasse à la sorcière que nous propose Saïd Belktibia se déroule de nos jours, à l’époque d’Internet et des réseaux sociaux, mais l’esprit demeure le même.

Ancien prof de sport, membre du collectif Kourtrajmé, réalisateur de plusieurs court-métrages, inspiré par le cinéma coréen et, tout particulièrement, par Kim Jee-woon, Saïd Belktibia tenait à réaliser son premier long métrage en Seine Saint-Denis, le département dont il est originaire. A noter que le producteur de son film n’est autre que Ladj Ly, le réalisateur de Les misérables, film également tourné en Seine Saint-Denis. Doit on être étonné, doit on être choqué, que l’action de Roqya se déroule tout du long comme si les services publics de notre pays n’existaient pas, en particulier la police à laquelle il n’est jamais fait appel même en cas de mise en danger extrême, comme si, également, les seules personnes à même de soigner étaient des marabouts ou des guérisseuses, jamais d’authentiques médecins ? En fait, à la vision du film, il est impossible de savoir si cette séparation qui y est montrée entre l’Etat et ce qu’on a coutume d’appeler « les quartiers » est un fait que regrette ou pas le réalisateur. Il n’est pas interdit de le regretter.

Pour interpréter le rôle de Nour, Saïd Belktibia rêvait de travailler avec Golshifteh Farahani. Cela s’est fait apparemment très facilement : son rêve est devenu réalité. La présence de l’humoriste Jérémy Ferrari dans le rôle de Dylan, l’ex-compagnon de Nour, un homme violent, peut apparaître surprenante mais, finalement, elle s’avère convaincante. On retrouve aussi Denis Lavant en père persuadé que son fils est possédé. Une certitude : Roqya est un film qui dégage une grande énergie, qui « accroche » le spectateur. Seul l’avenir pourra nous dire si ce qu’on a ressenti durant sa vision laisse longtemps une trace notable.

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