Test Blu-ray : Les Vierges de Satan

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Les Vierges de Satan

Royaume-Uni : 1968
Titre original : The Devil Rides Out
Réalisation : Terence Fisher
Scénario : Richard Matheson
Acteurs : Christopher Lee, Charles Gray, Nike Arrighi
Éditeur : Tamasa Diffusion
Durée : 1h36
Genre : Fantastique, Horreur
Date de sortie cinéma : 27 août 1969
Date de sortie DVD/BR : 31 octobre 2023

Le débonnaire duc de Richleau a été chargé de prendre soin du fils de son ami défunt, Simon Aron. Le duc découvre que le jeune homme a rejoint un culte satanique dirigé par le diabolique Mocata, qui a l’intention de faire de Simon l’un des disciples du Diable. Pour détruire le duc et ses amis, Mocata n’hésite pas à faire appel à l’Ange de la Mort en personne…

Le film

[5/5]

Secte satanique, magie noire, sacrifices humains… Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec Les Vierges de Satan, Terence Fisher et la Hammer y allaient à fond dans l’occulte. Et mine de rien, même si les thématiques liées à l’occultisme ont vaguement tendance à faire sourire aujourd’hui, force est de constater qu’elles étaient vraiment dans l’air du temps à la fin des années 60. On ignore si ce retour à des peurs primitives ancestrales (diable, démons…) était intrinsèquement lié aux révolutions sociales qui explosaient un peu partout dans le monde à l’époque, et à la perte de repères qu’elles sous-tendaient… Mais le fait est que Les Vierges de Satan ne fut pas le seul film traitant de la peur du Diable en 1968 : le film de Roman Polanski Rosemary’s Baby sortirait en effet la même année, et son succès considérable amènerait avec lui une horde d’autres représentants du malin au cinéma, tels que L’Exorciste (William Friedkin, 1973), La Malédiction (Richard Donner, 1976) ou encore La Sentinelle des maudits (Michael Winner, 1977).

Les Vierges de Satan est adapté d’un roman de Dennis Wheatley, publié en 1934. Il s’agit d’un auteur britannique très populaire dans les années 50/60, dont la plupart des romans n’ont malheureusement pas traversé la Manche : seuls quelques-uns sont disponibles en France. Parmi ceux-ci, après s’être offert une première traduction dans l’hexagone en 1984, « Les Vierges de Satan » ressortira en décembre 2023 chez Terre De Brume. Considéré comme une sommité en matière de surnaturel, de satanisme, d’exorcisme et de magie noire, Dennis Wheatley prenait ces sujets très au sérieux. Par conséquent, Terence Fisher et son scénariste Richard Matheson en font de même, et s’efforceront avec Les Vierges de Satan de construire un monde au cœur duquel de telles forces existent et peuvent être amenées à bouleverser l’équilibre du monde.

C’est précisément là que l’on peut mesurer le talent de Terence Fisher, qui avec Les Vierges de Satan prend le parti d’y aller par petites touches, subtiles et efficaces. Au début du film, le spectateur sera forcément amené à s’identifier au personnage incarné par Leon Greene, sceptique de nature, qui ne comprendra pas l’inquiétude qui gagne le duc de Richleau (Christopher Lee) au fur et à mesure de ses découvertes. Pour autant, au fil des séquences, Terence Fisher parvient à créer une atmosphère vraiment solide, qui emportera le spectateur avec lui de la découverte des premières bizarreries jusqu’à un climax confinant à une panique totale, alors que nos héros seront amenés à affronter les ténèbres et à assister à des phénomènes de plus en plus étranges.

Les Vierges de Satan est étonnamment riche en action, et déroule son intrigue sur un rythme trépidant. Au fur et à mesure de leurs (mauvaises) rencontres, Matheson placera sur la route de Leon Greene et Christopher Lee d’autres rationalistes acharnés, qui devront bien se rendre à l’évidence de l’existence du mal : on pense notamment au personnage de Richard (Paul Eddington), qui ne parvient pas à croire à cette sombre histoire de culte satanique, ou à sa femme Marie (Sarah Lawson), qui réussira quant à elle à surmonter ses doutes initiaux et finira par accepter l’existence de ce Mal ancestral. Le peu de temps qu’il faudra à Christopher Lee pour la convaincre nous laisse à penser que Marie était une fausse sceptique.

En face du Duc de Richleau se dressera non pas le Diable, mais son émissaire démoniaque, le grand prêtre Mocata, interprété par un Charles Gray plus charismatique que jamais. Surtout connu de nos jours pour avoir incarné le méchant Blofeld dans Les Diamants sont éternels ainsi que pour son rôle de criminologiste commentant l’action de The Rocky Horror Picture Show une pipe vissée dans la bouche (« It’s just a jump to the left »), Charles Gray démontre ici qu’il avait une stature réellement impressionnante. Sa présence à l’écran et son regard bleu magnétique lui permettent de dominer ses partenaires dans chaque scène des Vierges de Satan dans laquelle il apparaît, au point même d’en éclipser l’immense Christopher Lee – ce qui n’était pas une mince affaire.

Le Blu-ray

[4,5/5]

À ce jour, Les Vierges de Satan est uniquement disponible en Blu-ray au sein du coffret Hammer 1966-1969 – l’Âge d’Or, disponible chez Tamasa Diffusion depuis le 31 octobre. Ce coffret est disponible en édition limitée et numérotée à 2000 exemplaires, et nous propose sept films produits par le studio Hammer dans les années 60, dans de superbes versions restaurées. Le coffret contient par ailleurs une poignée de goodies, telles que des cartes reproduisant les affiches originales des 7 films et un livret inédit de 52 pages avec documents, illustrations, photos et affiches. Si vous commandez le coffret sur le site de l’éditeur Tamasa Diffusion, vous pourrez peut-être également recevoir un décapsuleur aux couleurs de la Hammer ainsi qu’un jeu de 3 sous-bocks. Attention, quantités limitées !

Comme dans le cas du coffret Hammer 1970-1976 – Sex & Blood sorti en novembre 2020, on a choisi d’évoquer la sortie de ce coffret majeur en revenant sur chaque film de façon individuelle, dans une série d’articles qui paraîtront dans les jours à venir. Le coffret Hammer 1966-1969 – l’Âge d’Or contient donc sept films, qui étaient tous sortis en France au format DVD en 2005, chez Metropolitan Vidéo, dans la collection « Les Trésors de la Hammer ». Il s’agit des films suivants : Dracula prince des ténèbres (1966), Raspoutine le moine fou (1966), L’Invasion des morts-vivants (1966), La Femme reptile (1966), Dans les griffes de la momie (1967), Frankenstein créa la femme (1967) et Les Vierges de Satan (1968).

Côté Blu-ray, le travail éditorial fourni par Tamasa Diffusion sur les films composant le coffret Hammer 1966-1969 – l’Âge d’Or est d’une solidité à toute épreuve. Même si des taches et autres petits défauts apparaissent de façon occasionnelle, même si les scènes nocturnes et/ou à effets affichent de légères pertes de définition, le grain argentique a globalement été scrupuleusement préservé, la définition est accrue et les couleurs s’avèrent assez sublimes. Les films bénéficient donc indéniablement d’un joli upgrade Haute-Définition, surtout lorsqu’on les compare à leurs équivalents au format DVD. Bref, le résultat s’avère vraiment excellent. Côté son, chaque film du coffret est proposé en VOST uniquement et Dolby Digital 2.0 (mono d’origine). Le rendu acoustique s’avère, dans chaque cas, parfaitement clair, net et sans bavures. On pourra néanmoins regretter la disparition des versions françaises, qui étaient en revanche disponibles sur la plupart des galettes DVD de 2005.

Du côté des suppléments, chaque Blu-ray nous propose, en plus de la traditionnelle bande-annonce, une présentation du film par Nicolas Stanzick, qui s’avère incontestablement « LE » grand spécialiste français de la Hammer, puisqu’il est l’auteur de l’ouvrage de référence Dans les griffes de la Hammer (éditions Bord de l’Eau, 2010). Un deuxième module est présent sur tous les Blu-ray du coffret : il s’agit d’une analyse de séquence par Mélanie Boissonneau, docteure en études cinématographiques, spécialiste de la figure de la « pin-up » au cinéma. Enseignante à l’Université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle et à L’École de la Cité, elle travaille également sur le cinéma d’horreur, le sport au cinéma et les super-héroïnes.

Sur le Blu-ray des Vierges de Satan, on trouvera donc tout d’abord une présentation du film par Nicolas Stanzick (« Echecs avec le Diable », 56 minutes). Il replacera dans un premier temps le film dans son contexte de production, en soulignant que ce dernier était à l’avant-garde de l’occulte : les thèmes diaboliques ne tarderaient en effet pas à se montrer très populaires sous l’impulsion de Rosemary’s Baby en 1968. Il abordera ensuite l’œuvre de Dennis Wheatley, réputée « inadaptable », le scénario de Richard Matheson, la volonté de la Hammer d’adapter « Je suis une légende », la prestation de Christopher Lee et la mise en scène de Terence Fisher. On terminera le tour des suppléments sur une note plus légère avec l’analyse de séquence de Mélanie Boissonneau (« Rétromobile présente », 7 minutes), qui se basera sur la séquence de course-poursuite en voiture, très influencée par la bande dessinée, ainsi que sur toutes les voitures de collection des années 20 que nous donne à voir le film de Terence Fisher.

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