Test Blu-ray : Land of the Sons

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Land of the Sons

Italie, France : 2021
Titre original : La terra dei figli
Réalisation : Claudio Cupellini
Scénario : Claudio Cupellini
Acteurs : Leon de la Vallée, Paolo Pierobon, Maria Roveran
Éditeur : Condor Entertainment
Durée : 1h56
Genre : Science-fiction
Date de sortie DVD/BR : 25 mai 2022

Dans le futur, un mystérieux fléau a mis fin à la civilisation. L’humanité a presque disparue. Dans ce monde abandonné devenu hostile, un père et son fils luttent pour leur survie. Lorsque le premier finit par mourir, le jeune homme se lance dans un voyage vers l’inconnu, au cours duquel il va apprendre que chaque rencontre peut être la dernière…

Le film

[3,5/5]

Land of the Sons est l’adaptation cinématographique d’un « roman graphique » italien, sorti en 2016 et intitulé La Terra dei figli (« La Terre des fils », Futuropolis, 2017 pour l’édition française). Pour ceux qui auraient loupé ce petit monument du Neuvième Art au moment de sa sortie, il s’agit d’un grand récit de science-fiction post-apocalyptique imaginé par Gian Alfonso Pacinotti alias Gipi, et ayant obtenu de nombreux prix en Europe. Il s’agit d’une œuvre dure, très fortement imprégnée de désespoir et dégageant au fil de ses pages un amer sentiment de mort imminente, et comme une vague odeur de pourri née de l’histoire qui nous est racontée.

La première constatation que l’on fait à la découverte du film de Claudio Cupellini, c’est que la même odeur de décomposition imprègne Land of the Sons. Au trait aéré, pointu et desséché de Gipi succède ici une mise en place minimaliste mais extrêmement efficace. Le cinéaste possède un grand sens de l’image, et parvient à faire passer beaucoup de choses en évitant les dialogues explicatifs superflus : l’âpreté de ce monde nouveau se reflète essentiellement dans les visages décharnés et dans les mains noueuses de ses personnages – le spectateur se rendra de fait rapidement compte qu’aucun espoir n’est permis, et que l’on n’est pas là pour rigoler.

Dans Land of the Sons, le contexte dans lequel prend place le récit et les différents paysages ravagés filmés par Claudio Cupellini ne servent pas uniquement à illustrer la vision du futur imaginée par Gipi, mais constituent à leur manière une partie essentielle de l’histoire et de la narration. Ici, le paysage est un véritable personnage silencieux, qui pleure en permanence à l’arrière-plan. Et c’est dans cette capacité à laisser parler l’environnement que réside sans doute le plus grand mérite du film. Grâce à des mouvements de caméra enveloppants, un montage soigné, des costumes usés jusqu’à la corde et une photo vraiment étouffante, Land of the Sons plonge le spectateur dans un lieu hors du temps et de l’espace. Le marécage dans lequel évoluent le père et le fils au début du film pourrait se trouver à n’importe quel endroit sur le globe, et se reflète rapidement comme un miroir parfait de la déchéance morale dans laquelle tout le monde se vautre.

La question centrale au cœur de Land of the Sons est celle de la transmission : comment en effet envisager l’avenir au cœur d’un monde ayant perdu les mots pour raconter son histoire ? C’est là tout le dilemme existentiel sur lequel est bâti le film de Claudio Cupellini : dans cet univers régi par la loi du plus fort, les mots ne semblent plus avoir aucune utilité, au point que même le personnage principal n’a pas de nom. Ayant été élevé à la manière d’un animal, le jeune garçon au cœur de l’intrigue (Leon de la Vallée) ne connaît de la vie que la chasse et la répétition des mêmes gestes, qu’il reproduit dans une espèce de routine pleine de violence et de boue.

Le seul reflet d’une hypothétique vie « d’avant » consiste en un journal intime, soigneusement rempli par son père et dont il a hérité à la disparition de celui-ci. Ne sachant pas lire, le jeune homme deviendra peu à peu obsédé par le contenu de ces pages mystérieuses. Le voyage vers nulle-part entrepris par le fils au fil de Land of the Sons prendra ainsi la forme d’un singulier récit de coming of age : son but avoué est de trouver quelqu’un qui puisse faire la lumière sur le contenu du journal. C’est là tout le cœur du film : si rustre soit-il, le jeune homme est poussé par une véritable soif de savoir allant bien au-delà de l’univers sordide duquel il semble prisonnier.

Cet élément explique en partie le titre du film, Land of the Sons : on comprend que ceux qui façonneront le monde de demain sont bel et bien les jeunes, qui survivent et tentent de poser les bases d’un avenir meilleur. La relation nouée par le jeune homme avec Maria (Maria Roveran), la jeune prisonnière qu’il aide à s’évader, évoque également une possibilité de « fertilité » au cœur de ce monde en décomposition, ce qui contraste fortement avec le cadre du film et tend à apporter une petite touche d’espoir à l’ensemble.

Le Blu-ray

[4/5]

C’est à Condor Entertainment que nous devons aujourd’hui le plaisir de découvrir Land of the Sons sur support Blu-ray. Le format Scope 2.35 :1 a été respecté, et le piqué / les couleurs s’avèrent tout à fait satisfaisant. Le rendu Haute-Définition est des plus corrects, mais quelques petits soucis demeurent : on commencera par un encodage en 1080i, qui réduit la durée du film de 2h01 à 1h56. Les spectateurs dont les rétines sont sensibles aux saccades remarqueront le désentrelacement dès les premières minutes du film, car la mise en scène de Claudio Cupellini utilise régulièrement des travellings latéraux, qui manquent de ce fait de fluidité. De même, si le master devrait satisfaire le plus grand nombre, on notera que la gestion des contrastes et des scènes nocturnes laisse à désirer, avec de nombreux aplats ou zones d’ombre complètement pixellisées. Côté son, la version française ainsi que la VO sont proposées en DTS-HD Master Audio 5.1 : dans les deux cas, l’immersion est excellente, les effets sont dynamiques et nombreux, et le rendu acoustique affiche une ampleur assez impressionnante. On privilégiera naturellement la VO, ne serait-ce que pour apprécier à sa juste valeur la performance générale du casting : la VF réalisée par les équipes de chez AudioProjects nous propose malheureusement toujours les mêmes acteurs de doublage au ton monocorde. On y reconnaît notamment les voix de Michael Rudy Cermeno et Caroline Lemaire.

Dans la section suppléments, on commencera avec un court making of (4 minutes) qui reviendra brièvement sur le boulot d’adaptation de la BD d’origine, mais également les décors, les maquillages et les costumes. Intéressant mais trop succinct. On continuera ensuite avec une featurette consacrée à l’adaptation du roman graphique de Gipi (2 minutes), sans jamais cela dit que l’auteur ne s’exprime sur les modifications apportées à son œuvre par le scénariste / réalisateur Claudio Cupellini. Enfin, on terminera avec une reproduction des 20 premières pages du roman graphique, ce qui, on l’espère, suscitera un regain d’intérêt pour cette œuvre majeure. On notera par ailleurs qu’un joli petit ex-libris signé Gipi est également disponible au sein du boîtier.

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