Oscars 2021 : les statistiques des nominations

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Judas and the Black Messiah © 2021 Glen Wilson / Bron Studios / Participant / Warner Bros. France Tous droits réservés

Alors que de plus en plus de détails sont communiqués sur la 93ème cérémonie des Oscars, qui se tiendra dans moins de cinq semaines, le dimanche 25 avril, en simultané dans la gare Union Station de Los Angeles et au Dolby Theatre à Hollywood, revenons un instant sur les anecdotes, records et autres faits divers autour de la liste des nominations, annoncée lundi dernier, le 15 mars, depuis Londres par Priyanka Chopra Jonas et Nick Jonas.


Il aura fallu du temps, mais la campagne #OscarsSoWhite, lancée en 2015 pour protester contre l’absence de diversité parmi les acteurs nommés à la récompense suprême du cinéma américain, aura enfin porté ses fruits. Avec cinq acteurs et actrices afro-américains, une actrice coréenne, un acteur américain d’origine asiatique et deux acteurs britanniques d’origine pakistanaise ou ougandaise, le profil racial des vingt heureux nommés dans les catégories d’interprétation n’a jamais été aussi varié. La même chose vaut pour les candidats à l’Oscar du Meilleur réalisateur, où pour la première fois deux réalisatrices ont été nommées et où l’on trouve également le premier nommé américain d’origine asiatique.


Quasiment certaine de remporter le deuxième Oscar attribué à une réalisatrice, onze ans après Kathryn Bigelow pour Démineurs, grâce à son troisième long-métrage Nomadland, la Chinoise Chloé Zhao est d’ores et déjà la première femme nommée à quatre reprises la même année. Sa nomination en tant que monteuse de son film lui fait rejoindre le club plutôt exclusif et jusque là masculin des réalisateurs aussi explicitement associés au montage de leurs films.

A ce titre, elle succède à David Lean (La Route des Indes), aux frères Coen sous le pseudonyme Roderick Jaynes (Fargo et No Country For Old Men), James Cameron (Titanic et Avatar), Alfonso Cuaron (Les Fils de l’homme et Gravity) et Michel Hazanavicius (The Artist). Quant à Robert Wise pour Citizen Kane de Orson Welles et Hal Ashby pour Dans la chaleur de la nuit de Norman Jewison, ils avaient été nommés comme monteurs avant d’entamer leur brillante carrière de réalisateur.

Thomas Vinterberg sur le tournage de Drunk © 2020 Rolf Konow / Zentropa Entertainments / Film i Väst / Haut et court
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Le film de Chloé Zhao, Nomadland, est le quatrième Lion d’or du Festival de Venise de suite à être nommé à l’Oscar du Meilleur Film après La Forme de l’eau, Roma et Joker. Seul le film de Guillermo Del Toro l’avait gagné en 2018. Il faudrait remonter en arrière plus de dix ans supplémentaires pour trouver le champion précédent de la compétition de la Biennale sélectionné aux Oscars avec Le Secret de Brokeback Mountain, voire jusqu’en 1981 pour son prédécesseur Atlantic City.

En tant que coproductrice du film, Frances McDormand devient la deuxième actrice nommée dans la catégorie reine des Oscars, après Oprah Winfrey en 2015 pour Selma. De nombreux confrères les ont précédées dès le milieu des années ’50 pour des films pas réalisés par eux-mêmes : Henry Fonda, Warren Beatty, Jacques Perrin, Michael Douglas, Danny DeVito, Bob Balaban, Grant Heslov, Mark Wahlberg, George Clooney, Steve Coogan, Brad Pitt, Leonardo DiCaprio, Bradley Cooper, Matt Damon, Jordan Peele et Robert De Niro.


Quant à Lee Isaac Chung, nommé comme Meilleur réalisateur pour Minari, il devient le sixième réalisateur d’origine asiatique nommé de la sorte après Hiroshi Teshigahara (La Femme du sable), Akira Kurosawa (Ran), M. Night Shyamalan (Sixième sens), Ang Lee (Tigre et dragon, Le Secret de Brokeback Mountain et L’Odyssée de Pi) et le lauréat de l’année passée Bong Joon-ho (Parasite).


Enfin, pour en finir avec la catégorie du Meilleur réalisateur, l’invité surprise Thomas Vinterberg pour Drunk est le premier Danois à y être nommé. Seul son compatriote Lars von Trier avait auparavant été nommé aux Oscars, quoique dans la catégorie de la Meilleure chanson pour Dancer in the Dark. Drunk est déjà le deuxième film de Vinterberg nommé en tant que Meilleur Film étranger / international, sept ans après La Chasse qui s’était alors incliné face au candidat italien La grande bellezza de Paolo Sorrentino.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Drunk est le premier film en près d’un siècle de cérémonies des Oscars nommé la même année seulement dans les catégories du Meilleur réalisateur et du Meilleur Film étranger / international. La Femme du sable de Hiroshi Teshigahara avait obtenu ces deux nominations étalées sur deux années, en 1965 et ’66.

Glenn Close dans Une ode américaine © 2020 Lacey Terrell / Imagine Entertainment / Netflix France Tous droits réservés

Du côté de l’interprétation, l’un des faits les plus marquants est bien sûr la nomination du regretté Chadwick Boseman, décédé en août dernier d’un cancer, pour son rôle principal dans Le Blues de Ma Rainey de George C. Wolfe. Il s’agit de la sixième nomination posthume dans la catégorie du Meilleur acteur après celles de James Dean (A l’est d’Eden et Géant), Spencer Tracy (Devine qui vient dîner), Peter Finch (Network) et Massimo Troisi (Le Facteur).

Puisqu’il est assez probable que Boseman s’impose dans sa catégorie, il deviendra alors le troisième acteur à gagner l’Oscar de manière posthume, après Peter Finch et Heath Ledger, Meilleur acteur dans un second rôle en 2009 pour The Dark Knight Le Chevalier noir. Cependant, il sera le premier à gagner l’Oscar pour son tout dernier rôle, puisque Ledger était en train de tourner L’Imaginarium du docteur Parnassus au moment de sa mort et que Finch était encore à l’affiche du téléfilm « Raid sur Entebbe ». Enfin, il serait le deuxième acteur victorieux dans le film d’un réalisateur afro-américain, après Denzel Washington dans Training Day de Antoine Fuqua.


Est-ce que la pauvre Glenn Close n’en a pas marre de perdre ? Avec sa huitième nomination et la quatrième en tant que Meilleure actrice dans un second rôle pour Une ode américaine, elle égalise le triste record de Peter O’Toole. Au détail près que l’illustre comédien anglais avait tout de même reçu un Oscar d’honneur en 2003, quarante ans après sa première nomination pour Lawrence d’Arabie et quatre ans avant sa dernière pour Venus. Pareil sort risque fort d’arriver aussi un jour à l’actrice de Liaison fatale et Les Liaisons dangereuses. Alors certes, en théorie, elle peut encore gagner. Mais au vu de son film et de la concurrence, on peut supposer que cela relève du défi.

Car Close est aussi nommée aux Razzies, les Framboises des plus mauvais films, pour le drame familial de Ron Howard. Elle n’est que la troisième personne « honorée » ainsi, après James Coco (Du rire aux larmes) et Amy Irving (Yentl) au début des années 1980. Le comble de l’ironie serait qu’elle perde pour la deuxième fois de suite contre Olivia Colman, qui s’était imposée en 2019 dans La Favorite face à Close dans The Wife.


Après le sacre du film sud-coréen Parasite l’année dernière, l’Académie du cinéma américain s’est visiblement plus ouverte à la culture asiatique. Avec Steven Yeun dans Minari, c’est le premier acteur originaire de l’Asie du Sud-Est qui obtient une nomination à l’Oscar du Meilleur acteur. La représentation de cette région du monde était légèrement plus soutenue du côté des acteurs dans un second rôle grâce aux Japonais Sessue Hayakawa (Le Pont de la rivière Kwaï), Mako (La Cannonière du Yang-Tsé), Pat Morita (Karate Kid Le Moment de vérité) et Ken Watanabe (Le Dernier samourai), ainsi qu’au Cambodgien Haing S. Ngor (Killing Fields).

La partenaire de Yeun à l’écran, la légende du cinéma coréen Youn Yuh-jung est la première actrice de son pays nommée à l’Oscar et seulement la troisième de l’Asie du Sud-Est après Miyoshi Umeki (Sayonara) et Rinko Kikuchi (Babel), toutes dans la catégorie de la Meilleure actrice dans un second rôle.

Sacha Baron Cohen dans Les Sept de Chicago © 2020 Niko Tavernise / Marc Platt Productions / Cross Creek Pictures /
Dreamworks Pictures / Paramount Pictures / Netflix France Tous droits réservés

Le seul acteur à déjà avoir été nommé l’année dernière pour son second rôle dans Les Deux papes, Anthony Hopkins devient à 83 ans le comédien le plus âgé nommé dans la catégorie du Meilleur acteur. Il détrône Richard Farnsworth qui avait 79 ans lors de sa nomination pour le sublime Une Histoire vraie de David Lynch en l’an 2000. Hopkins avait obtenu la première de ses désormais six nominations en 1992 pour Le Silence des agneaux, qui lui avait valu son seul Oscar à ce jour.


Or, la doyenne des nommés de cette 93ème édition des Oscars est la chef costumière Ann Roth. Nommée pour la cinquième fois du haut de ses 89 ans et déjà lauréate d’un Oscar en 1997 pour Le Patient anglais, elle a à quelques jours près le même âge que James Ivroy et Agnès Varda lors de leurs nominations en 2018. Si jamais elle reçoit son deuxième Oscar pour Le Blues de Ma Rainey, elle serait la deuxième lauréate la plus âgée, derrière Ivory pour le scénario adapté de Call Me By Your Name et devant Ennio Morricone pour la musique originale de Les Huit salopards.


Nommé deux fois cette année pour deux films différents, Meilleur scénario adapté pour Borat Le film d’après et Meilleur acteur dans un second rôle pour Les Sept de Chicago, Sacha Baron Cohen est l’un des rares acteurs nommés pour leurs talents d’écriture. Si l’on fait abstraction des acteurs-scénaristes-réalisateurs comme Charles Chaplin, Orson Welles, Warren Beatty, Woody Allen, Kenneth Branagh, Billy Bob Thornton et Roberto Benigni, Cohen appartient plutôt au groupe des scénaristes occasionnels comme Alec Guinness, Peter Ustinov, Gene Wilder, Sylvester Stallone, Massimo Troisi, Emma Thompson, Matt Damon et Ethan Hawke.

Son cas se rapproche à peu près de la situation de George Clooney en 2006. Ce dernier avait alors gagné l’Oscar du Meilleur acteur dans un second rôle dans Syriana de Stephen Gaghan, tout en étant nommé pour le scénario et la mise en scène de son propre film Good Night and Good Luck. Quant à John Huston et John Cassavetes, ils avaient été nommés à la fois pour les scénarios de leurs propres films et pour des seconds rôles chez d’autres réalisateurs, respectivement Otto Preminger (Le Cardinal) et Robert Aldrich (Les Douze salopards).

Leslie Odom Jr. dans One Night in Miami © 2020 Patti Perret / Snoot Entertainment / ABKCO Films / Amazon Prime France
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Également nommé à deux reprises, comme Meilleur acteur dans un second rôle et Meilleure chanson pour One Night in Miami, Leslie Odom Jr. est le premier acteur à obtenir cette double reconnaissance dramatique et musicale. Il succède par contre à trois actrices aux talents aussi diversifiés, nommées entre 2018 et 2020 : Mary J. Blige (Mudbound), Lady Gaga (A Star is born) et Cynthia Erivo (Harriet). Auparavant, seule Barbra Streisand avait été nommée dans ces deux types de catégories, mais pas pour les mêmes films. Parmi les acteurs uniquement nommés à l’Oscar de la Meilleure chanson, on peut citer le cowboy chantant Gene Autry, Isaac Hayes, Keith Carradine, Dolly Parton, Irene Cara, Michael McKean, Annette O’Toole, Seth McFarlane et Common.


Pour rester un moment dans l’univers musical : Glenn Close pourrait certes se plaindre d’être si cruellement ignorée par les membres de l’Académie du cinéma américain. Mais que devront dire alors les compositeurs Diane Warren et James Newton Howard ? La reine des chansons inspirantes vient de recevoir sa douzième nomination, dont la quatrième consécutive et la sixième depuis 2015 ! Son parcours en termes d’Oscars fait donc preuve d’une belle symétrie, avec une première période de six nominations entre 1988 et 2002, de la chanson de Mannequin à celle de Pearl Harbor, mais, hélas pour elle, toujours aucun trophée à son actif.

Avec ses neuf nominations infructueuses, Howard n’est guère mieux loti, en dépit de ses collaborations avec Barbra Streisand (Le Prince des marées), Andrew Davis (Le Fugitif), M. Night Shyamalan (Le Village), Tony Gilroy (Michael Clayton) ou cette année-ci Paul Greengrass (La Mission).


Enfin, L’Affaire Collective de Alexander Nanau renouvelle l’exploit accompli la première fois par Honeyland l’année dernière, c’est-à-dire d’être nommé à la fois comme Meilleur Documentaire et Meilleur Film international. Il est de même le premier film roumain nommé dans ces catégories. Son concurrent chilien El agente topo de Maite Alberdi, comme lui présélectionné sur les listes du documentaire et du film international, n’a finalement été nommé que pour le premier.

Un autre pays qui fait son entrée tardive dans le cercle des cinématographies nommées à l’Oscar du Meilleur Film international est la Tunisie, grâce à L’Homme qui a vendu sa peau de Kaouther Ben Hania.

L’Homme qui a vendu sa peau © 2020 Tanit Films / Cinétéléfilms / Kwassa Films / Bac Films Distribution
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