Test Blu-ray : Les horreurs de Frankenstein

0
507

Royaume-Uni : 1970
Titre original : The horror of Frankenstein
Réalisation :
Scénario : Jeremy Burnham,
Acteurs : , Kate O’Mara,
Éditeur :
Durée : 1h35
Genre : Horreur
Date de sortie cinéma : 31 mai 1972
Date de sortie DVD/BR : 30 novembre 2020

A la mort de son père, Frankenstein Jr reprend le flambeau et s’adonne a toutes sortes d’expériences jusqu’au jour ou lui aussi conçoit un être s’approchant a peu près de l’homme…

Le film

[4/5]

Très injustement considéré par tout un tas d’observateurs comme le pire de la série des huit « Frankenstein » produits par la , ne mérite en aucun cas le mépris ou l’indifférence polie qui lui sont généralement réservés. Au contraire, avec le recul, cette tentative d’amener un nouveau souffle à la franchise par le biais de l’humour et de la distanciation vis-à-vis du mythe créé par Mary Shelley nous apparaîtra, aujourd’hui, comme vraiment rafraîchissante, faisant au final de ces Horreurs de Frankenstein l’opus le plus fun de la série, et par conséquent l’un des films les plus inhabituels et les plus attachants produits par la

Placé sous le signe de l’humour noir, déviant même régulièrement sur le potache, est donc un film fantastique développant le fameux esprit « campy » cher aux anglo-saxons – on entend par là que le film de cultive de façon manifeste un humour absurde et doucement provocateur.

A ce titre, le scénario du film signé Jeremy Burnham et enchaîne donc les « punchlines » destinées à faire rire le spectateur. Il y parvient, naturellement, avec plus ou moins de bonheur, mais certaines répliques font vraiment mouche et s’imposeront comme d’excellentes saillies, sèches et percutantes, d’autant plus efficaces qu’elles s’avèrent la plupart du temps complètement inattendues.

Pour le reste, nous propose une variation sur l’histoire que l’on connaît déjà, en apportant de légères modifications à l’intrigue et aux personnages secondaires. Pour prendre le relais de Peter Cushing dans la peau du Comte Frankenstein, la production se tourna vers , qui s’avérerait par la suite littéralement omniprésent dans les productions jusqu’à 1975. Et en tant que Frankenstein, Bates s’avère vraiment bon. En fait, il est même meilleur que bon : il est excellent. Arrogant, froid, cynique, imbu de sa personne et volontiers grossier dans ses manières, il compose un Comte Frankenstein haut en couleurs, inoubliable.

Aux côtés de , les autres acteurs sont également plutôt bons. Dans la peau de la « créature », les plus observateurs reconnaîtront David Prowse, qui deviendrait par la suite mondialement célèbre, sans pour autant que l’on connaisse réellement son visage : il incarnerait en effet le personnage de Dark Vador dans la saga Star Wars entre 1977 et 1983. Du côté des Girls, on notera la présence de deux têtes connues des habitués de la  : celles de Kate O’Mara (The vampire lovers) et de (Dracula et les femmes, Le retour de Frankenstein).

Côté décors et réalisation, s’inscrit par ailleurs de façon spectaculaire dans le meilleur de la veine gothique made in  : les décors, les costumes, la photo ainsi que la direction artistique en général font vraiment du long-métrage de un régal pour les yeux. Le charme typique des productions de la firme Britannique agit plus que jamais – qu’est-ce qui, dès lors, explique le désamour du public vis-à-vis du film ?

La source de toutes ces réactions négatives n’est finalement qu’une simple question de « regard », ou de réception de la part des fans de la . semble vraiment avoir été vécu par beaucoup de spectateurs comme une parodie à peine voilée des films précédents. Comme on l’a expliqué un peu plus haut, la tonalité du film tire effet sur la comédie, l’humour noir est extrêmement présent, le film revêtant presque par moments une dimension « méta » dans sa façon de souligner ouvertement les clichés du genre. En cela, s’avère non seulement un excellent petit film de la , mais s’impose également comme le précurseur d’une poignée de films à venir, qui approfondiront encore cette réflexion sur les codes du genre. On pense à des films tels que Frankenstein Junior (Mel Brooks, 1974), Chair pour Frankenstein (Paul Morrissey et Antonio Margheriti, 1973) ou même The Rocky Horror Picture Show (Jim Sharman, 1975). Rien que ça !

Le Blu-ray

[5/5]

A ce jour,  est uniquement disponible en Blu-ray au sein du coffret, disponible chez depuis le 30 novembre. Ce coffret est disponible en édition limitée et numérotée à 2 000 exemplaires, et nous propose sept films produits par le studio dans les années 70, dans de superbes versions restaurées, scannées en 4K et restaurés en 2K sous la supervision de Mark Bonnici. Plutôt que d’évoquer la sortie de ce coffret majeur dans un papier lapidaire qui nous aurait contraint à évoquer les films de façon trop rapide, on a pris le parti d’évoquer chaque film de façon individuelle, dans une série d’articles qui paraîtront dans les jours et semaines à venir. Sur les sept films qui composent le coffret , seuls six étaient jusqu’ici disponibles en France au format DVD, chez StudioCanal. Les films disponibles au sein du coffret sont les suivants : (1970, inédit en DVD), (1970), (1971), La momie sanglante (1971), (1972), Les démons de l’esprit (1973) et Une fille pour le Diable (1976).

Côté Blu-ray, le travail éditorial fourni par sur les films composant le coffret est tout simplement magnifique et remarquable. Chaque film nous est proposé dans une superbe copie restaurée, respectueuse du grain d’origine, avec un beau piqué et des couleurs qui en envoient littéralement plein les mirettes. La restauration a fait place nette des poussières et autres points blancs, et le résultat s’avère vraiment excellent. Côté son, la version originale ainsi que la version française d’époque (quand celle-ci existe) sont proposées en Dolby Digital 2.0 (mono d’origine), et le rendu acoustique s’avère, dans chaque cas, parfaitement clair, net et sans bavures. Dans le cas de , seule la VO est disponible.

C’est bien entendu du côté des suppléments que chaque galette Blu-ray diffère un peu de sa voisine. Sur le Blu-ray des Horreurs de Frankenstein, on trouvera tout d’abord une présentation du film par Nicolas Stanzick (« Un nouveau cycle », 45 minutes). Pour ceux qui l’ignoreraient encore, Nicolas Stanzick est « LE » grand spécialiste français de la , auteur de l’ouvrage de référence Dans les griffes de la (éditions Bord de l’Eau, 2010).

Nicolas Stanzick s’efforcera donc de remettre le film dans son contexte de tournage, l’idée ici étant d’amorcer un nouveau cycle afin d’attirer un public plus jeune, notamment par le biais d’un nouvel acteur pour incarner Frankenstein, plus jeune et plus sexy. Il reviendra dans un premier temps assez longuement sur la personnalité et le travail du scénariste , qui dans le cas présent modifiera le récit dans le but avoué de verser dans la comédie noire. Par la suite, il reviendra sur le choix de par la , sur le rôle des Girls, ainsi que sur l’apparition de Dave Prowse. Dans la deuxième partie de son intervention, il reviendra sur le tournage du film ainsi que sur la cohérence de la saga « Frankenstein » de la . Il terminera enfin en nous proposant une analyse de cet épisode « récréatif » adepte de la distanciation, allant jusqu’à trouver une dimension « Godardienne » au film de .

On continuera avec une intéressante featurette intitulée « Humour de potence » (18 minutes), qui reviendra sur l’histoire de la production du film, rythmée par des entretiens avec les historiens du cinéma Kevin Lyons, John J. Johnston, Alan Barnes et Jonathan Rigby. Ils y reviendront sur le côté parodique du film, sur l’aspect égocentrique du personnage incarné par , ainsi que sur le rôle de , qui exprimera d’ailleurs ses regrets quant à la tournure comique du film. Si dans l’ensemble, les intervenants semblent ne pas spécialement porter le film dans leur cœur, Alan Barnes quant à lui regrette que la n’ait pas produit d’autres films mettant en scène le Frankenstein de .

Avant de terminer avec la traditionnelle bande-annonce du film, on s’arrêtera sur un épisode de « , l’horrifique histoire » par Bruno Terrier (9 minutes), consacré aux « années Fox » de la firme britannique. Il reviendra donc amoureusement sur les films produits dans la deuxième moitié des années 60, distribués par la 20th Century Fox. Il trahira dans ses propos le secret autour des films à venir au sein du prochain coffret édité par , qui sera normalement disponible dans le courant de l’année 2021. Il évoque donc la sortie de Dracula, prince des ténèbres (Terence Fisher, 1966), L’invasion des morts-vivants (John Gilling, 1966), Raspoutine le moine fou (Don Sharp, 1966), La femme reptile (John Gilling, 1966) et Dans les griffes de la momie (John Gilling, 1967). Le coffret annoncé par Tamasa contenant huit films, trois restent encore à découvrir ! On croise les doigts pour qu’il contienne Le peuple des abîmes (Michael Carreras, 1968).

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici