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C’est à un joli fourre-tout extrêmement éclectique que les distributeurs de films de patrimoine convient le public de cinéphiles nostalgiques en ce mois de novembre 2026. Une bonne quinzaine de films plus ou moins anciens, venus d’un peu partout quoique principalement des États-Unis, viendra rythmer les quatre mercredis de cette dernière linge droite avant l’hiver.
Aucune rétrospective d’envergure n’y est à signaler, à l’exception de deux œuvres et demie du réalisateur français Leos Carax, qui sera toutefois encore plus mis à l’honneur en décembre. Mais cela ne vous empêche pas de croiser quelques grands noms ayant marqué l’Histoire du Septième art, dont Douglas Sirk, Denis Villeneuve, Lewis Milestone, Guillermo Del Toro, Martin Scorsese, Erich von Stroheim, Sofia Coppola et John G. Avildsen.
Le thème fédérateur du mois paraît être l’anniversaire. Ce qui tombe bien, puisque nous allons célébrer le nôtre à la fin du mois … Trêve de plaisanteries, il s’agit bien sûr des dates d’anniversaire des sorties initiales de films distribués pour la première fois en 1976 ou 2006. Avec en prime un petit hommage à l’acteur mythique du cinéma français Jean Gabin, qui nous avait quittés il y a un demi-siècle, le 15 novembre 1976.

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Leos Carax dans tous ses états, première partie
Ce n’est guère une pratique courante et on y soupçonne toujours un zeste d’opportunisme, mais deux distributeurs distincts s’emploient ce mois-ci à rendre de nouveau accessibles sur grand écran les œuvres de l’enfant terrible du cinéma français Leos Carax (* 1960). Qui par ailleurs fêtera, lui aussi, son anniversaire en novembre, le 22 pour être exact, mais passons.
Car c’est dès le 11 novembre que Carlotta Films ressortira son film passablement maudit Pola X. Tellement maudit en fait, qu’il lui aura fallu plus de deux ans pour sortir sur les écrans de cinéma français après son accueil houleux au Festival de Cannes en 1999 et que son pauvre réalisateur était condamné à tourner des clips musicaux pour Carla Bruni et autres courts-métrages avant son retour en grâce treize ans plus tard avec Holy Motors. La sortie de la version cinéma de Pola X restaurée en 4K sera accompagnée de la version passée à la télévision « Pierre ou les ambiguïtés ».
Deux semaines plus tard, le 25 novembre donc, Potemkine Films offre une cure de jouvence au film précédent de Carax, à la réputation presque aussi sulfureuse. Le conte romantique des laissés-pour-compte Les Amants du Pont-Neuf avec Juliette Binoche et Denis Lavant avait défrayé la chronique au début des années ‘90 en raison du dépassement exorbitant de son budget. Un gouffre financier que même son succès d’estime en France et à l’étranger n’a pas su combler. Ensuite, il faudra attendre le 9 décembre pour redécouvrir trois autres films de ce cinéaste de l’excès, toujours distribués par Potemkine : Boy Meets Girl, Mauvais sang et Holy Motors.
Pour quiconque ambitionne de se familiariser avec la filmographie de Leos Carax par ordre chronologique, cet emploi du temps de ressorties dans le désordre le plus total représente un véritable casse-tête. Toutefois, il correspond après tout plutôt bien à l’état d’esprit à tendance foutraque du réalisateur de Annette, le seul de ses longs-métrages que vous n’aurez pas le privilège de revoir sur grand écran d’ici la fin de l’année.

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Des classiques venus d’Hollywood et du Mexique
Qu’est-ce qui décide si un film s’est fait sa petite place plus ou moins définitive dans les annales de l’Histoire du cinéma ? Pour les besoins de cette chronique, cette responsabilité nous revient. Mais globalement, on peut considérer qu’une certaine pertinence et une popularité indiscutable au fil du temps peuvent en être des indices fiables. Selon cette définition, vous pourrez en retrouver un, deux, voire trois par semaine dans vos salles de patrimoine préférées à partir du 11 novembre, jour férié et par conséquent propice à une sortie ciné rétro.
Ce jour-là, les deux premiers volets de l’univers futuriste imaginé par Frank Herbert et adapté par Denis Villeneuve Dune et Dune Deuxième partie ressortiront chez la Warner, sous forme de piqûre de rappel en amont de la sortie du troisième épisode le 16 décembre. Également le 11 novembre, le chef-d’œuvre du cinéma urbain Taxi Driver de Martin Scorsese fera son énième retour chez Park Circus France, à l’occasion du 50ème anniversaire de la Palme d’or de 1976.
Le cinéma fantastique sera de même remis à l’honneur cette semaine-là, Le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro s’offrant le luxe chez Studiocanal d’une sortie décalée le vendredi 13 novembre. Qu’à cela ne tienne, le vingtième anniversaire – encore un – de cette histoire curieusement enchantée se fera en version restaurée 4K et 3D, afin de nous permettre de réévaluer peut-être avec un peu plus d’enthousiasme le lauréat en 2007 de trois Oscars techniques et de sept Goyas espagnols.
De loin le plus ancien des films soumis de nouveau ce mois-ci à l’approbation du public est Queen Kelly. L’épopée inachevée de Erich von Stroheim, son dernier film muet en tant que réalisateur, date initialement de 1929 et sera distribuée par Carlotta Films à partir du 18 novembre. Tandis que von Stroheim et sa vedette Gloria Swanson formaient un duo aussi nostalgique que tristement harmonieux à l’écran une vingtaine d’années plus tard dans le classique Boulevard du crépuscule de Billy Wilder, le tournage de ce film-ci était apparemment aussi tumultueux et hors normes que ceux des films précédents du cinéaste maudit, comme Folies de femmes et Les Rapaces.
Enfin, le dernier mercredi du mois, le 25 novembre, deux films au style et à l’ambition diamétralement opposés se croiseront dans les salles du Quartier latin à Paris et en régions. Or, chacun d’eux fait écho à sa façon à l’actualité cinématographique. Pour Marie Antoinette, le troisième long-métrage de Sofia Coppola chez Pathé Films, il s’agit autant de célébrer le vingtième anniversaire de sa relecture mi-faste, mi-pop de l’aristocratie française que d’accompagner le documentaire que feue sa mère Eleanor Coppola avait tourné pendant le tournage et qui sortira en France dès ce vendredi 6 novembre en ligne sur Mubi.
Le prétexte pour la ressortie mondiale chez Park Circus de Rocky de John G. Avildsen – Oscar du Meilleur Film en 1977 – aura lieu légèrement plus tard. C’est au moment des fêtes de fin d’année que sortira en France I Play Rocky de Peter Farrelly, l’histoire rocambolesque du tournage du drame sportif mythique avec le jeune Anthony Ippolito dans le rôle de Sylvester Stallone.

Des raretés tout aussi précieuses
Si l’on a déjà galéré un peu à vous présenter les ressorties de ces quelques repères incontestables du cinéma sous une forme à l’efficacité condensée, la tâche se montre plus ardue encore du côté des huit autres films, plus rares et originaux, qui illumineront les écrans d’un nombre forcément restreint de salles ce mois-ci. Pour faire simple, il y a d’abord ceux qui tirent leur notoriété toute relative de grands noms ayant excellé encore plus dans d’autres films, puis ceux qui nous rappellent avec force qu’énormément de champs du cinéma international restent à être défrichés.
Les trois films restants du 11 novembre figurent certainement dans la première catégorie. Tourné en 1956 par le roi du mélodrame hollywoodien Douglas Sirk et ressorti grâce à Splendor Films, Demain est un autre jour dans lequel Barbara Stanwyck, Fred MacMurray et Joan Bennett forment un triangle romantique ironiquement tortueux n’est pas tout à fait à la hauteur de ses contemporains Tout ce que le ciel permet et Écrit sur du vent du même réalisateur. De même, l’intrigue de The Front Page – Spéciale première pour le titre français d’origine – de Lewis Milestone chez Swashbuckler Films a été revue à la perfection en 1940 à travers La Dame du vendredi de Howard Hawks. Et la ressortie anniversaire de Martin Roumagnac de Georges Lacombe chez Bluma Films vous permettra surtout de compléter la belle rétrospective Marlene Dietrich / Josef von Sternberg à l’affiche depuis mercredi dernier !
Du moins au plus obscur, il nous reste à mentionner les films suivants. Le 18 novembre, la comédie drôlement belge Quand la mer monte de Gilles Porte et Yolande Moreau remontera de l’oubli dans une belle restauration 4K chez Les Films du Losange, plus de vingt ans après son sacre aux César où il avait remporté les prix de la Meilleure actrice pour Moreau et du Meilleur Premier Film. Les temps socialement agités que la France traverse actuellement trouvent un écho révolutionnaire par le biais du seul film d’André Malraux, ministre de la culture sous De Gaulle, Espoir Sierra de Teruel chez Les Acacias le 25 novembre sur les derniers jours de la lutte anti-fasciste en Espagne dans les années 1930. Malavida Films poursuit dès demain son exploration des cinématographies des pays de l’est avec L’Amérique des autres du réalisateur serbe Goran Paskaljevic, un conte d’immigration de 1995 situé à Brooklyn avec Miki Manojlovic et Tom Conti.
Le même jour, Wild Bunch permet à l’un des films d’animation les plus appréciés des studios Ghibli, conçu mais pas réalisé par le maître de l’anime Hayao Miyazaki deux ans avant Princesse Mononoké, Si tu tends l’oreille de Yoshifumi Kondo de sortir au cinéma en France, après une distribution en vidéo. Enfin, dans deux semaines, le cinéma féministe s’enrichira d’une nouvelle perle trop longtemps ignorée grâce à la sortie chez Extralucid Films d’un inédit supplémentaire : le film néerlandais Une femme comme Eva de Nouchka Van Brakel avec Maria Schneider, l’héroïne malheureuse sept ans plus tôt du Dernier tango à Paris de Bernardo Bertolucci.
















