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Test Blu-ray : Steak

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Test Blu-ray : Steak

Titre original : Steak
Réalisateur et scénariste : Quentin Dupieux
Casting principal : Eric Judor, Ramzy Bedia, Jonathan Lambert
Genre : Comédie, Science-fiction Date de sortie France : 20 juin 2007 Date de sortie BR/4K : 16 septembre 2026
Durée : 1h24
Pays : France, Canada (2007)
Éditeur : StudioCanal

En 2016, la mode et les critères de beauté ont beaucoup changé. Une nouvelle tendance fait des ravages chez les jeunes : le lifting du visage. Georges, un jeune diplômé récemment lifté, profite des vacances d’été pour s’intégrer à la bande de caïds la plus respectée de la région, une quinzaine de loubards liftés à l’extrême, riches, fans de sports abstraits et consommateurs de nouvelles technologies futiles. Blaise est rejeté par son ex ami d’enfance, Georges. Après une tentative ridicule de lifting à l’agrafeuse, Blaise kidnappe une petite fille et demande une rançon à ses parents afin de pouvoir lui aussi se payer un vrai lifting…

Test Blu-ray : Steak

Le film

[3,5/5]

Avec Steak, Quentin Dupieux a probablement réussi l’une des opérations de sabotage promotionnel les plus réjouissantes du cinéma français des années 2000. Vendu à l’époque comme la nouvelle comédie du duo d’humoristes Eric et Ramzy, le film avait pourtant bien peu de choses en commun avec les précédentes aventures du tandem. Et pour cause : derrière la caméra, Quentin Dupieux, alias Mr. Oizo, n’avait aucune intention de se plier aux habitudes d’un public venu chercher sa ration de gags et de grimaces. Résultat, un véritable OVNI cinématographique, personnel, barré et complètement « From Outer Space », qui a laissé une bonne partie des spectateurs sur le tarmac. De mémoire de cinéphile, pareille entreprise de déstabilisation n’avait probablement pas été tentée depuis Atomik Circus – Le retour de James Bataille. Le problème n’était finalement pas tant le film que le rendez-vous manqué entre une œuvre singulière et une campagne marketing qui lui promettait une tout autre destination.

Test Blu-ray : Steak

L’action de Steak se déroule en 2016, dans une société où la chirurgie esthétique est devenue un passage presque obligé pour les jeunes désireux de se faire une place au soleil. Georges, fraîchement lifté, cherche à intégrer les Chivers, une bande de types aux visages impeccablement remodelés, reconnaissables à leurs blousons rouges, leurs bottines et leur consommation compulsive de lait. Son ancien ami Blaise, tout juste sorti d’un établissement psychiatrique après avoir purgé sept années à la place de Georges, aimerait bien retrouver sa place auprès de lui. Mais les codes ont changé et l’amitié d’autrefois ne pèse plus grand-chose face aux impératifs d’une intégration sociale réussie. Sous ses dehors de farce extraterrestre, Steak s’amuse ainsi à observer les mécanismes du conformisme, la dictature de l’apparence et cette curieuse nécessité de ressembler à tout le monde pour prétendre être quelqu’un. Le lifting devient un rite d’appartenance, le visage une carte de membre et l’individualité une anomalie qu’il convient de corriger. Une satire de la normalisation qui, presque vingt ans plus tard, a plutôt bien résisté au passage du temps.

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Quentin Dupieux ne cherche d’ailleurs jamais à rendre son univers aimable ou immédiatement compréhensible. Son cinéma préfère les silences gênants, les situations qui s’étirent, les dialogues volontairement décalés et les ruptures de ton aux traditionnelles mécaniques comiques. La mise en scène cultive une froideur presque clinique, renforcée par des décors ordinaires, des cadrages soigneusement composés et une direction d’acteurs qui refuse de souligner les plaisanteries. C’est précisément dans cet écart entre la banalité apparente des situations et leur absurdité profonde que Steak trouve sa personnalité. Les Chivers ont beau s’agiter autour de leurs règles incompréhensibles, leur petit monde fonctionne avec une logique interne parfaitement cohérente. Il faut également apprécier les nombreuses références qui parsèment le film, notamment à Orange mécanique, David Cronenberg ou encore Bertrand Blier et son formidable Buffet froid. Mais Quentin Dupieux ne se contente pas de collectionner les clins d’œil cinéphiles : il les digère pour construire une petite planète dont les habitants auraient définitivement perdu le mode d’emploi de la vie en société.

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La musique joue également un rôle essentiel dans cette entreprise de désorientation. Quentin Dupieux, Sébastien Tellier, SebastiAn et Kavinsky appartiennent à cette famille artistique où les frontières entre cinéma, musique électronique et expérimentation visuelle deviennent particulièrement poreuses. Steak possède ainsi quelque chose d’un morceau de musique étiré jusqu’à devenir un long-métrage, même si Quentin Dupieux avait déjà réalisé Nonfilm quelques années auparavant. Cette liberté formelle, cette façon de laisser les séquences exister pour leur seule étrangeté, donne au film une identité assez rare dans le paysage de la comédie française. Et si l’échec commercial de Steak a pu surprendre son réalisateur, il a aussi contribué à lui ouvrir un espace de liberté inattendu. Eric Judor et Ramzy Bedia ont sans doute été quelque peu désorientés par cette expérience, mais ils ont également pu mesurer ce que signifiait travailler avec un cinéaste qui ne leur demandait pas de reproduire éternellement la même partition. Leur film suivant, Seuls Two, allait d’ailleurs témoigner d’une envie de s’émanciper des attentes habituelles. Eric Judor, Ramzy Bedia, Jonathan Lambert, Sébastien Tellier et Vincent Belorgey (alias Kavinsky) se fondent avec un sérieux désarmant dans cette drôle de communauté de bras cassés liftés. Et c’est peut-être là que réside la plus belle réussite de Steak : avoir transformé un rendez-vous manqué avec le grand public en un objet de cinéma absolument libre, dont l’étrangeté constitue aujourd’hui le principal charme. Le film n’avait simplement pas prévu de demander la permission avant de décoller.

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Le Blu-ray

[4/5]

Avec cette nouvelle édition Blu-ray de Steak, proposée par StudioCanal dans sa Collection Première, le film de Quentin Dupieux bénéficie d’une présentation particulièrement bienvenue. Le boîtier est accompagné d’un fourreau et d’un livret de douze pages signé par la rédaction de Première. Une attention éditoriale sympathique pour ce long-métrage qui méritait bien de retrouver une seconde jeunesse. L’image restitue correctement l’identité visuelle assez particulière de Steak, avec ses couleurs franches, ses blousons rouges immédiatement reconnaissables et ses ambiances parfois volontairement ternes. La photographie de Riego van Wersch conserve ainsi son caractère singulier, entre naturalisme du quotidien et étrangeté presque artificielle. Les contrastes permettent de profiter des séquences nocturnes sans sacrifier les détails, tandis que les teintes de peau et les décors conservent une belle cohérence. Côté son, deux pistes françaises sont proposées en DTS-HD Master Audio 5.1 et DTS-HD Master Audio 2.0. Le mixage multicanal offre une spatialisation agréable, particulièrement appréciable pour profiter de la bande originale électronique et de ses interventions parfois décalées. La piste stéréo conserve quant à elle une restitution équilibrée et une belle intelligibilité des dialogues. Deux présentations complémentaires qui respectent parfaitement l’esprit sonore du film.

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Côté bonus, cette édition propose plusieurs suppléments permettant de prolonger la découverte de cet OVNI du cinéma français. On commencera avec un bêtisier (8 minutes), on continuera avec les scènes coupées (4 minutes), un complément forcément intéressant pour découvrir quelques scènes supplémentaires mettant en scène Blaise et un souffleur de feuilles mortes. On poursuivra avec une interview d’Eric Judor et Ramzy Bedia (10 minutes), particulièrement savoureuse lorsque les deux comédiens reviennent sur cette expérience atypique. Eric Judor y fait notamment preuve d’une belle clairvoyance en expliquant que Steak était un film appelé à bien vieillir. Difficile de lui donner tort aujourd’hui ! Enfin, une analyse du film par les équipes de Première (10 minutes) permet de revenir sur les intentions de Quentin Dupieux, la réception catastrophique du film à l’époque (et particulier dans le magazine Première, d’ailleurs) et la place singulière de cette comédie dans sa filmographie. Un ensemble de suppléments certes modeste en volume, mais suffisamment pertinent pour accompagner cette redécouverte.

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