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Critique : Pour le plaisir (Reem Kherici)

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Pour le plaisir

France, 2026
Titre original : –
Réalisatrice : Reem Kherici
Scénario : Reem Kherici, Gari Kikoïne et David Solal
Acteurs : Alexandra Lamy, François Cluzet, Mitty Hazanavicius et Reem Kherici
Distributeur : Studio TF1 Cinéma
Genre : Comédie
Durée : 1h28
Date de sortie : 6 mai 2026

3/5

Il est quand même étonnant qu’au bout d’un demi-siècle de libération sexuelle, il y ait encore et toujours besoin de se pencher sur l’absence de plaisir pris par un nombre conséquent de femmes pendant l’acte sexuel. En 2026, on aurait osé espérer que les mœurs ont suffisamment évolué pour que la thématique de la négligence de l’orgasme féminin ne soit plus qu’un lointain souvenir. Visiblement, ce n’est pas le cas. Ce qui nous vaut une comédie pas sans mérite comme Pour le plaisir. Certes, le quatrième long-métrage de Reem Kherici en tant que réalisatrice ne fait rien pour réinventer le genre des frivolités érotiques sur grand écran. Toutefois, il insiste sans lourdeur excessive sur le détail – fort important en la matière – que le plaisir partagé en couple, ça se construit et ça n’est pas l’affaire passagère d’un bon coup de libido débordante. Bien au contraire !

De ce point de vue-là, le choix d’Alexandra Lamy et de François Cluzet pour porter cette leçon plutôt plaisante d’éducation à la vie affective et sexuelle s’avère globalement pertinent. Tandis que la première affiche en toute circonstance son habituel pragmatisme bon enfant, le deuxième dans le rôle du mari en apparence un peu bébête, mais finalement plein de ressources, tente sans relâche de rétablir l’équilibre de son mariage. Des emplois guère originaux quoique somme toute solides, là où Kyan Khojandi en pote par défaut du mari et François-Xavier Demaison en concurrent sur le terrain des inventions farfelues font à peine plus que de la figuration. Enfin, la réalisatrice s’est donnée le rôle au cœur même de l’intrigue : celui de la sexologue qui met sa patiente sur le bon chemin, mais qui est rapidement dépassée par la synergie foudroyante du couple inventeur de sex-toys.

© 2026 Marie-Camille Orlando / Vendôme Films / Baxtory / TF1 Films Production / Studio TF1 Cinéma Tous droits réservés

Synopsis : Au bout de presque vingt ans de mariage, Fanny n’ose pas trop se l’avouer. Et pourtant, son mari Tom, un ingénieur au chômage depuis quelques mois, ne l’a jamais fait jouir. Quand sa sexologue Victoria l’incite à le lui dire, la vérité éclate enfin au grand jour. Profondément blessé dans son honneur masculin, Tom cherche par tous les moyens et dans tous les endroits imaginables de satisfaire son épouse. Sans grand succès. La situation change de fond en comble, lorsqu’il se met en tête de lui fabriquer son propre vibromasseur. Un projet d’invention qui ne tarde pas à ravir Fanny.

© 2026 Marie-Camille Orlando / Vendôme Films / Baxtory / TF1 Films Production / Studio TF1 Cinéma Tous droits réservés

Est-ce que Pour le plaisir reflète dans sa forme une réalité quelconque du quotidien français au milieu des années 2020 ? Certainement pas. Il y fait beau tous les jours, avec un soleil si radieux qu’il surexpose la plupart des plans. De même, Fanny et Tom habitent une demeure des plus luxueuses – certes vaguement mise en vente –, malgré leurs sources de revenue probablement modestes. Bref, comme portrait social de la France contemporaine en régions, on a déjà vu plus crédible.

Néanmoins, cette esthétique tout droit sortie du monde aseptisé de la publicité et de la télé-réalité s’accorde finalement pas si mal avec le propos du film de Reem Kherici. C’est-à-dire qu’il faut bel et bien un microcosme dépourvu de quelque autre enjeu dramatique que ce soit afin de nous permettre de nous focaliser entièrement sur les frustrations de la fidèle épouse. Car l’infidélité éventuelle des uns et des autres n’est pas non plus un sujet d’envergure dans cette comédie gentiment débridée.

Non, tout ce qui semble intéresser le scénario, basé sur l’invention véritable en 2013 du Womanizer par Michael Lenke, un bricoleur allemand, c’est l’entraide qui fait la force de ce couple après tout pas non plus si ébranlé. Les détours avant de toucher au but y sont nombreux, tout comme les petites digressions comiques plus ou moins réussies. Parmi les premières, on compte la séquence de l’aquarium, alors que, pour les deuxièmes, la mise en place de la blague du haut-parleur est décidément trop laborieuse.

Il n’empêche que le récit fonctionne, dans ses grandes lignes, grâce à la complicité entre les deux personnages principaux. Le fait de se dire enfin leurs quatre vérités en termes sexuels n’y débouche point sur l’éclatement de leur lien conjugal. Il participe davantage à réaffirmer leur amour réciproque sur des bases plus saines. Ce qui revient malgré les apparences à une approche en fin de compte faiblement iconoclaste, non ?

© 2026 Marie-Camille Orlando / Vendôme Films / Baxtory / TF1 Films Production / Studio TF1 Cinéma Tous droits réservés

Le discours doucement féministe de Pour le plaisir mérite en effet qu’on s’y attarde un peu. Puisque Fanny et Tom n’existent pas non plus en vase clos, en dépit de l’aspect édulcoré de leur environnement de vie, leur démarche provoque toutes sortes de réactions dans leur entourage. La plus parlante est sans doute celle de leur fille, qui manifeste un rejet catégorique de la moindre confidence sur la vie intime de ses parents. Rien d’anormal à cela, même si la libération de la parole n’est pas forcément une question de générations. Ici, ce point de vue-là a l’avantage de créer un contrepoids aux commentaires plus grivois et prévisibles de la part d’autres personnages secondaires, coincés pour leur part dans des situations moins classiques que celle des deux protagonistes.

Ces façons plus compulsives de vivre sa sexualité – par exemple du côté de la sœur de Fanny qui enchaîne les rencontres sans lendemain et s’extasie devant des photos phalliques ou bien de celui du pote de Tom, a priori un célibataire endurci involontaire – sonnent tout de suite moins justes que la quête à longue haleine du climax, dans laquelle se sont engagés presque par accident les deux personnages principaux. Ce qui relève la question oh si épineuse de comment et dans quel contexte parler de la sexualité.

Reem Kherici n’ambitionne nullement d’y apporter une réponse définitive, ne serait-ce que pour ce moment précis de l’Histoire en Europe, où des forces obscurantistes veulent plus que jamais obliger des esprits libertins de faire marche arrière. Par contre, son film réussit l’exploit assez impressionnant de banaliser une chose aussi essentielle que l’orgasme des femmes. Quoique en nous laissant toujours cet arrière-goût d’étonnement qu’un tabou social et culturel plane dessus avec une persistance tout à fait regrettable !

© 2026 Marie-Camille Orlando / Vendôme Films / Baxtory / TF1 Films Production / Studio TF1 Cinéma Tous droits réservés

Conclusion

Sur le chemin du retour en transports de notre séance de rattrapage de Pour le plaisir à l’autre bout de Paris, nous étions assis par hasard en face d’un couple légèrement plus âgé que celui du film. Où en sont-ils de leur franchise réciproque par rapport aux plaisirs charnels qu’ils ont dû se donner et recevoir tout au long de leur vie commune ? Bien entendu sans jamais nous inciter à fouiller dans l’intimité des gens, le film de Reem Kherici participe à sa manière à décoincer un débat qui gagnerait à être un peu plus public. Il y parvient au moins en partie, sur le ton de la comédie globalement légère. Quitte à choisir un film pour dérider des libidos complexées, entre celui-ci et l’infiniment plus jouissif et joyeux Shortbus, on opterait néanmoins sans la moindre hésitation pour l’ode cinématographique à une sexualité sans entraves de John Cameron Mitchell, sortie en France il y a bientôt vingt ans !

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