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Critique : C’est quoi l’amour ?

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C’est quoi l’amour ?

France, 2025
Titre original : –
Réalisateur : Fabien Gorgeart
Scénario : Fabien Gorgeart
Acteurs : Laure Calamy, Vincent Macaigne, Lyes Salem et Mélanie Thierry
Distributeurs : Zinc / Memento Distribution
Genre : Comédie
Durée : 1h48
Date de sortie : 6 mai 2026

3,5/5

Jadis dans les années 1930 et ‘40, les comédies de remariage étaient à la mode à Hollywood. Près d’un siècle plus tard, le réalisateur Fabien Gorgeart en donne une relecture astucieuse avec son troisième long-métrage. Sauf qu’à bien y regarder, C’est quoi l’amour ? procède moins à une mise en abîme du dispositif des cœurs brisés qui se retrouvent dans des circonstances improbables qu’à une formidable comédie de mœurs sur l’éternelle redéfinition du cercle familial. Un projet des plus ambitieux dont le réalisateur s’acquitte avec une aisance remarquable. Mieux encore, plutôt que de se moquer avec malice des épreuves diverses et variées qu’il fait traverser à ses personnages, sa mise en scène soignée véhicule une bienveillance, voire une sympathie infaillible à leur égard.

Or, avec une procédure de droit catholique des plus archaïques comme point de départ, le pari narratif n’était nullement gagné d’avance. Qu’il soit remporté haut la main par cette comédie jubilatoire se laisse vérifier en premier lieu par le traitement qu’il réserve aux personnages issus du clergé. La finesse de l’écriture de Gorgeart n’en fait ni des caricatures pitoyables, ni des inquisiteurs d’un autre âge. Non, sous les traits de Jean-Marc Barr et de Grégoire Leprince-Ringuet, ces hommes d’église paraissent certes à part de par leur rôle et leur façon de s’exprimer, comparé au joyeux bordel que la démarche matrimoniale du protagoniste masculin déclenche. Mais en même temps, ils constituent un rouage essentiel et donc pleinement intégré de cette course folle au divorce devant Dieu.

Au-delà de cet exemple parmi tant d’autres de la capacité extraordinaire du récit de nous prendre doucement au dépourvu, c’est surtout un nouveau rôle en or pour Laure Calamy qui confère au film ses lettres de noblesse. Sa Marguerite est une femme sublimement à fleur de peau. Tiraillée de toutes parts, entre la responsabilité de sa fille pubère et les complications qui s’accumulent du côté de ce qui n’aurait dû être qu’une simple formalité, elle tente de garder le cap, tout en se laissant submerger par une multitude d’émotions contradictoires. À ses côtés, Vincent Macaigne fait une fois de plus preuve d’une grande variété dans le choix de ses personnages, en excellant ici dans le registre d’une sensibilité attachante, quoique jamais mièvre.

© 2025 Deuxième Ligne Films / Petit Film / France 3 Cinéma / Zinc / Memento Distribution Tous droits réservés

Synopsis : Comme si Marguerite n’avait pas déjà assez à faire à gérer sa fille adolescente Raphaëlle et son travail de responsable dans un magasin de vêtements, un recommandé lui annonce que son premier mari Frédéric lui demande l’annulation formelle de leur mariage religieux vingt-cinq ans plus tôt. Elle ne voit aucun inconvénient à contribuer de la sorte au bonheur de son ex avec Chloé, une catholique pratiquante, d’autant moins qu’elle s’était elle-même remariée avec le moniteur de conduite Sofiane. Pourtant, à force de remuer le passé et de voir la procédure retardée à plusieurs reprises, Marguerite se voit ébranlée dans ses convictions affectives.

© 2025 Manuel Moutier / Deuxième Ligne Films / Petit Film / France 3 Cinéma / Zinc / Memento Distribution Tous droits réservés

C’est ce qu’affirme Marguerite au cours des premières minutes de C’est quoi l’amour ? Cette remarque censée indiquer les limites de l’insolence à sa fille se laisse cependant aussi appliquer au film dans son ensemble. En bien, évidemment, puisque Fabien Gorgeart maîtrise à la perfection l’art de l’humour à retardement, du changement de rythme et de la déception délicieuse de nos attentes, grâce à des trouvailles encore plus intelligentes que ce à quoi on était en droit de s’attendre ! On vous laisse vous délecter de la brève séquence autour du bain de minuit – par ailleurs la plus franchement amusante de tout le film – pour comprendre ce que l’on veut dire par là. Car ces pirouettes narratives sont nombreuses, sans jamais trahir l’esprit optimiste de l’intrigue, ni simplifier des portraits joliment nuancés de personnages en perpétuelle quête de sens.

Un sens qui peut prendre des formes diamétralement opposées et pourtant parfaitement cohérentes en termes cinématographiques pour mener ces turbulences conjugales à bon port. Pour Marguerite, le simple service initial à rendre à son ex-mari ne tarde pas à se transformer en une reprise de contact plus compromettante, tandis que son mari actuel – Lyes Salem, toujours aussi solide – voit d’un œil suspicieux ce remue-ménage. En face, les choses ne sont guère plus simples, puisque Frédéric retrouve malgré tout un trait de caractère récurrent des personnages interprétés jusque là par Vincent Macaigne : l’envie irrépressible de vouloir plaire à tout le monde. Une illusion d’homme parfait, doux et compréhensif, par laquelle se laisse berner au moins pour un temps sa fiancée. Au rôle potentiellement ingrat de grenouille de bénitier, Mélanie Thierry sait conférer un mélange saisissant de rigidité morale d’un côté et de clairvoyance sentimentale de l’autre.

© 2025 Deuxième Ligne Films / Petit Film / France 3 Cinéma / Zinc / Memento Distribution Tous droits réservés

De cette structure chorale, où les points de vue s’échangent librement sans pour autant diviser cette famille recomposée en camps, naît un récit d’une justesse de ton impressionnante. Alors que les gros coups de théâtre en sont autant absents que les passages à vide, la vitesse des répliques et de l’avancement de l’intrigue s’inscrit dans un projet filmique qui cherche avant tout à divertir élégamment. Mais pas que, puisque le réalisateur nous livre en parallèle, presque accessoirement, une vision de l’existence désarmante de gentillesse.

Tout ce qui arrive aux personnages, chez eux ou sur leur lieu de travail, devant les différentes instances ecclésiastiques ou bien en visite à Rome, aurait pu déboucher sur un règlement de comptes cinglant, en guerre contre l’hypocrisie qui gouverne bon nombre de relations sociales dans les cultures occidentales. Ici, cet enchaînement de péripéties ne produit par contre que des élans de libération, ainsi qu’un sentiment communicatif de solidarité plus ou moins contrariée, quoique in extremis victorieuse.

L’ultime basculement, franc seulement en apparence et en réalité fidèle à l’adresse constante avec laquelle Fabien Gorgeart passe du rire aux larmes, survient à la suite d’un moment surprenant de catharsis quasiment spirituelle. Pendant cette ultime séquence, qui nous confirme par ailleurs tout le bien que l’on pensait de C’est quoi l’amour ? jusque là, la fille née de l’union entre Marguerite et Frédéric, campée par une Céleste Brunnquell particulièrement candide, fait passer en revue les bons et les moins bons moments qu’elle a vécus en leur compagnie.

À partir d’un dispositif des plus conventionnels – car après tout, ce ne sont pas les mariages qui donnent de la saveur aux comédies de remariage, mais les tractations acrobatiques qui les précèdent –, la narration sait faire éclore un nouvel instant touchant. Sans forcer le trait, ni provoquer des larmes de manière poussive. Juste avec la même sincérité naturelle et un savoir-faire filmique indiscutable qui nous ont rendu cette histoire et ces personnages si chers au cours des près de deux heures écoulées.

© 2025 Deuxième Ligne Films / Petit Film / France 3 Cinéma / Zinc / Memento Distribution Tous droits réservés

Conclusion

On s’était rendu un peu à reculons à la découverte du lauréat du dernier Festival de l’Alpe d’Huez. C’était sans doute par crainte de complaisance ou, pire encore, de gêne causée par la déception, face au troisième long-métrage d’un ancien camarade de fac, depuis perdu de vue. Grand mal nous en a pris et quel soulagement d’avoir pu savourer C’est quoi l’amour ? dans toute sa splendeur humaine ! En effet, aux côtés d’une interprétation généralement excellente, même dans de brèves apparitions comme celle d’Aurélia Petit en énième avocate devant laquelle plaider la cause désespérée, c’est principalement la facilité avec laquelle Fabien Gorgeart sait tout ramener vers le fond du problème existentiel, l’imperfection humaine et la comédie burlesque qu’on joue chaque jour pour ne pas se l’avouer, qui nous a indéniablement subjugués.

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