Le pont
Tunisie : 2024
Titre original : Quantra
Réalisation : Walid Mattar
Scénario : Walid Mattar, Leyla Bouzid, Radwen Dridi
Interprètes : Mohamed Amine Hamzaoui, Seifeddine Omrane, Sarra Hannachi
Distribution : Sudu Connexion
Durée : 1h30
Genre : Drame
Date de sortie : 27 mai 2026
3.5/5
Synopsis : À Tunis, Foued, jeune metteur en scène, accepte de filmer le clip de hip-hop de son ami d’enfance, Tita. Lors d’un tournage avec Safa, ils découvrent un paquet de cocaïne et décident de le revendre dans une boîte de nuit branchée. Chaque nuit, ils traversent un pont reliant deux rives de la ville. Mais ce jeu dangereux les entraîne peu à peu dans une spirale qui leur échappe.
La jeunesse face à la drogue : depuis que le cinéma existe, nombreux sont les films qui ont abordé cette rencontre. Eh bien, figurez vous que cette rencontre peut encore permettre de se soustraire au « déjà vu ». Comment ? En mettant en scène 2 jeunes hommes et une jeune femme plein de rêves et de naïveté, qui font ce qu’ils peuvent, chacun dans son domaine, pour gagner sa vie en restant dans les clous, qui n’ont jamais envisagé de vendre de la drogue et qui se retrouvent par pur hasard en possession d’une quantité importante de cocaïne. N’est-ce pas une occasion rêvée pour changer le cours de leur existence ? Il y a là Foued, un jeune photographe qui rêve de se lancer dans le cinéma, Tarak, un réparateur de téléphone qui cherche à se lancer dans le rap sous le pseudo de Tita, Safa, tout à la fois étudiante, influenceuse et vendeuse de bijoux. Foued a accepté de tourner un clip pour Tita et proposé que Safa soit, moyennant une rétribution, LE personnage féminin sexy indispensable pour tout clip de rap. Foued a bien fait les choses : il a loué une décapotable rouge pour les besoins du tournage. Toutefois, Tita en veut encore plus, mais, lorsqu’il exige de tourner sur un yacht, il ne peut pas deviner les conséquences de cette exigence. Tout d’abord, il n’y aura pas vraiment de yacht, mais un bateau de pêcheurs. Ensuite, depuis ce bateau, le trio va mettre la main sur un sac comprenant plusieurs kilos de cocaïne. Qu’en faire ? Face à ce pactole potentiel, les 3 personnages vont dévoiler leur vraie nature : Tita, le rappeur, apparait vite comme étant le plus pétochard du trio, Foued, le plus naïf, et Safa, celle qui, des trois, a le plus de sang-froid. Ce qu’elle arrive à imposer à ses 2 complices n’est pas particulièrement glorieux et n’a rien de bien honnête : revendre cette cocaïne dans une boite de nuit située dans les quartiers riches de Tunis. C’est là que le pont Radès-La Goulette prend toute son importance : ce pont qui va être traversé chaque soir pour aller vendre cette drogue, il donne non seulement son titre au film mais, surtout, il marque la frontière entre 2 univers, celui de la banlieue sud de Tunis, avec ses quartiers pauvres dont sont issus Foued, Tita et Safa, et celui du nord de la ville, beaucoup plus opulent. Bien sûr, tout cela ne va pas se dérouler sans anicroche : ces nouveaux dealers qui rêvent de devenir des nouveaux riches ne sont que des amateurs et leur petit manège ne va pas passer inaperçu.
Lorsqu’on prend un certain plaisir à la vision d’un film dans lequel la moralité est quelque peu mise à mal, ce plaisir est-il coupable ? A votre conscience de voir ! En tout cas, on ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine sympathie pour Tita (un peu), pour Foued (un peu plus) et Safa (encore plus) : ce ne sont pas des délinquants, ils cherchent juste, en toute naïveté, à profiter d’une situation qui leur est tombée dessus par hasard. Après tout, s’ils n’avaient pas mis la main sur ce sac rempli de cocaïne, il aurait été récupéré par ses véritables propriétaires, de vrais délinquants eux, et la drogue aurait fini dans les mêmes boites de nuit huppées de la ville. Bien sûr, ils auraient pu, ils auraient dû aller porter ce sac à la police. Oui, sauf que, une fois de plus, voilà un film qui nous montre au cours d’une scène combien la corruption est présente dans la police tunisienne. Il y a 8 ans, on avait apprécié Vent du nord, le premier long métrage de Walid Mattar. Comme dans ce film, on retrouve Leyla Bouzid, dont on apprécié récemment A voix basse, dans l’écriture du scénario et Mohamed Amine Hamzaoui parmi les interprètes. Dans Le pont, il est Foued, bien entouré par Seifeddine Omrane dans le rôle de Tita et Sarra Hannachi dans celui de Safa. Arriver à faire cohabiter avec bonheur le drame, la comédie et un côté social, voire politique, au sein d’un film n’est pas chose facile. Malgré quelques maladresses, Walid Mattar y est arrivé dans ce qui est son deuxième long métrage en tant que réalisateur. Avec les sorties en l’espace de quelques semaines de A voix basse, de La maison dorée, maintenant de Le pont, et quelques mois après la sortie de La voix de Hind Rajab, la preuve est apportée que le cinéma tunisien se porte bien.
















