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Critique : The Criminals

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The Criminals

Royaume-Uni, 2025
Titre original : Fuze
Réalisateur : David Mackenzie
Scénario : Ben Hopkins
Acteurs : Aaron Taylor-Johnson, Theo James, Gugu Mbatha-Raw et Sam Worthington
Distributeur : SND
Genre : Thriller
Durée : 1h37
Date de sortie : 6 mai 2026

3/5

Bien que l’action de The Criminals soit parfaitement ancrée en Angleterre, elle aurait aussi bien pu se dérouler en Allemagne. En effet, pas plus tard qu’à la fin de l’année dernière, le contenu de centaines de coffres dans une filiale de la Caisse d’épargne allemande à Gelsenkirchen a été volé au cours d’un casse spectaculaire. Et dans les centres-villes de nos voisins d’outre-Rhin, les évacuations à grande échelle pour des opérations de déminage d’engins explosifs datant de la Seconde Guerre mondiale sont encore assez courantes. Toutefois, le douzième long-métrage de David Mackenzie ne s’encombre guère de quelque spécificité culturelle britannique ou européenne que ce soit. À cela, il préfère un récit aussi dense qu’intense, au cours duquel les ficelles narratives deviennent certes de plus en plus visibles. Mais dans l’ensemble, en tant que divertissement musclé aux multiples rebondissements de moins en moins crédibles, il remplit assez honorablement son contrat.

Peut-être même un peu plus, puisque son maniement de cette affaire de haut vol, voire littéralement explosive, repose sur des bases qui n’ont pas manqué de nous interpeller. À commencer par un regard foncièrement masculin – pour ne pas dire masculiniste – sur ce microcosme d’institutions aussi amplement explorées au cinéma que l’armée et la police. Tandis qu’il nous fait croire, pendant un certain temps, que l’inclusion de deux, trois personnages féminins y soit le fruit tout à fait appréciable d’une redistribution progressive et progressiste des rôles dans ce genre historiquement acquis aux héros, il s’avère en fin de compte que l’impuissance de ces héroïnes de pacotille ne sert qu’à mieux promouvoir la maestria en termes de manipulation de la part des hommes.

Dans le même ordre d’idées, la valeur morale du film s’apparente dangereusement à de l’apologie du crime. Un constat auquel le retour en arrière final et les quelques explications en début de générique de fin ne changent pas grand-chose.

© 2025 Robert Viglasky / Anton / Sigma Films / SND Tous droits réservés

Synopsis : Au cœur de Londres, une bombe non explosée datant de la Seconde Guerre mondiale est découverte pendant des travaux de construction. Le spécialiste du déminage de l’armée britannique Will Tranter est dépêché sur place, alors que le périmètre urbain est évacué sous la direction de la cheffe de police Zuzana Greenfield. Après un premier examen du site, l’équipe de Tranter préconise l’explosion maîtrisée de l’engin. En même temps, quelques rues plus loin, un groupe de braqueurs profite du calme et du quartier désert imposés par l’opération pour s’attaquer à la salle de coffres forts d’une banque.

© 2025 Robert Viglasky / Anton / Sigma Films / SND Tous droits réservés

La mise en scène très fluide et efficace de David Mackenzie a beau ne pas insister outre mesure sur ce point, il est néanmoins largement question de rouages dans The Criminals. Peu importe l’énormité des événements, tout un chacun semble y avoir une routine préétablie à suivre, afin d’y faire face de la manière la plus rassurante imaginable. Sauf que face à cette sécurité factice des dispositifs parés à la moindre éventualité, l’imprévu ne cesse de créer un joyeux désordre. Ce qui n’est, au fond, rien d’autre que la définition du genre du thriller, où des personnages parfaitement satisfaits de leur existence conformiste se trouvent confrontés à d’insurmontables désagréments. Au détail près que le récit s’engage un peu trop volontiers ici du côté d’un suspense davantage frustrant que réellement jouissif.

Ainsi, il devient vite évident que les deux actions parallèles, le déminage et le braquage, devront tôt ou tard se rejoindre. De quelle manière ? La proximité dans l’espace entre ces deux théâtres, l’un du bien et l’autre du mal, aurait pu suggérer que notre vaillant héros, proche de ses hommes sur le terrain et mis à l’écart par son hiérarchie, s’improvise d’une seconde à l’autre en chasseur vigoureux de malfrats. Tout comme la famille de réfugiés, chassée de chez elle dans le cadre de l’évacuation, aurait pu servir d’écran idéologique à toutes sortes de propos sur les préjugés qui vont hélas de pair avec ce type de personnage.

Au moins, admettons-le, le scénario se garde soigneusement de répondre avec trop de mollesse aux attentes qu’un public peu exigeant aurait pu émettre envers une telle intrigue haletante. Pourtant, par le maintien d’une identification pour le moins ambiguë envers ces hommes qui ne le sont pas moins, il cherche à compenser par une course contre la montre au rythme soutenu ce qu’il ne peut pas nous fournir en termes de motivations plus sophistiquées.

© 2025 Robert Viglasky / Anton / Sigma Films / SND Tous droits réservés

Car au fur et à mesure que la prémisse prometteuse se transforme en quelque chose de plus conventionnel, d’un point de vue cinématographique, les clichés sur ces rôles types reviennent au galop. D’où presque une certaine lassitude de voir les deux vedettes Aaron Taylor-Johnson et Theo James rester fidèles au stéréotype du casse-cou, à la fois bourré de charme et à la moralité douteuse. Évidemment, ils sont avant tout les moteurs qui font avancer leurs actions respectives, avant que leurs chemins ne se croisent in extremis.

Et en tant que tels, ils remplissent convenablement le rôle d’hommes virils, à la tablette de chocolat plusieurs fois exposée à l’écran, qui compensent tant soit peu par ces avantages physiques la minceur du tissu psychologique de leurs personnages. Or, cela n’aurait pas été de refus de les voir briser pour une fois le carcan du beau gosse prêt à tout pour réussir, au profit d’individus moins sommairement en charge de leur destin.

Alors que la participation de Sam Worthington en braqueur mi-méfiant, mi-grincheux reste plutôt anecdotique, celle de Gugu Mbatha-Raw nous met face à une déception singulière. D’emblée présentée comme une fonctionnaire exemplaire, prête à donner immédiatement des ordres fermes et à reconstituer en un temps record les pièces du puzzle criminel, sa cheffe de police perd soudainement de sa carrure réconfortante. À moins qu’elle ne l’ait jamais eu … ? Son emploi de contre-poids régulateur aux forces malveillantes s’effrite en fait, au fur et à mesure que la drôle de dynamique entre Taylor-Johnson et James prend le dessus.

À tel point que, rétrospectivement, elle devient le grain de sable fragile de la manipulation suprême que David Mackenzie cherche à nous faire gober, sans y parvenir pleinement. À partir d’un rôle particulièrement ingrat, elle réussit au moins à conférer un peu d’envergure humaine à cette histoire, qui serait sans elle rien d’autre qu’une chasse au pactole coincée à la surface de ses effets voyants, dopés à la testostérone.

© 2025 Robert Viglasky / Anton / Sigma Films / SND Tous droits réservés

Conclusion

Comme bon nombre de films semblables avant lui, The Criminals court un peu trop le risque de nous laisser un arrière-goût légèrement amer. Sans conteste, l’action y est rondement menée et le déroulement de l’intrigue sait préserver un minimum de crédibilité. De même, la distribution masculine s’acquitte avec un engagement certain de ses rôles de crapules plus ou moins marquées. Dommage seulement que le décor annexe de la centrale de police – au courant des moindres faits et gestes grâce à une surveillance accrue, quoique toujours avec un temps de retard – ne soit finalement qu’un leurre. Malheureusement, celui-ci se montre très pauvre en aplomb moral, une fois que les choses seront entrées dans le désordre qui récompense le crime sans le moindre scrupule.

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