Outland – Loin de la Terre
États-Unis : 1981
Titre original : Outland
Réalisation : Peter Hyams
Scénario : Peter Hyams
Acteurs : Sean Connery, Peter Boyle, Frances Sternhagen
Distributeur : Warner Bros.
Durée : 1h52
Genre : Science-Fiction
Date de sortie cinéma : 2 septembre 1981
Disponible en DVD / Blu-ray
Note : 4/5
Un policier, William T.O’Neil, accepte le poste de shérif d’une station de forage minier installée sur l’un des quatre satellites de Jupiter. Une série d’incidents se produisent et les ouvriers ont un comportement très agressif. Le shérif s’aperçoit alors qu’on les dope pour obtenir un rendement meilleur. Seulement la drogue utilisée est très dangereuse…
Peter Hyams s’est, au fil des films, façonné une image de cinéaste bourrin et habile, indéniablement sympathique. S’il ne tourne plus beaucoup ces dernières années, un regard sur sa filmographie nous confirme que Peter Hyams possède un don bien réel pour mettre en boite des films populaires diablement efficaces, même s’ils n’ont évidemment pas tous forcément marqué les mémoires avec la même intensité. Mais à la différence d’un cinéaste tel que Russell Mulcahy, qui a explosé à peu près à la même époque mais qui s’est vite laissé dépasser par ses sujets – et n’a finalement livré en 20 ans qu’une enfilade de nanars au cœur desquels on a bien du mal à sauver une poignée de films – Hyams s’est spécialisé au fil des films dans les actioners simples et secs, notamment ceux qu’il a tourné avec Jean-Claude Van Damme, les brutaux Timecop et Mort subite. Bien sûr, réduire Peter Hyams à un simple statut d’artisan du bourre-pif serait naturellement passer un peu vite sur une carrière autrement plus éclectique. Avant de faire courir Jean-Claude Van Damme dans les couloirs d’une patinoire en distribuant des torgnoles à tout ce qui dépasse, le cinéaste avait déjà touché au thriller paranoïaque avec Capricorn One, au polar avec Un flic aux trousses ou encore à la science-fiction ambitieuse avec 2010 : L’Année du premier contact.
Mais surtout, Peter Hyams a toujours possédé un talent particulier pour construire des univers immédiatement lisibles, fonctionnels, presque palpables. Chez lui, les décors ne servent pas uniquement à faire joli derrière les acteurs : ils deviennent des machines à fabriquer du suspense. Ainsi, à ses débuts de réalisateur, Peter Hyams imposait avec Outland – Loin de la Terre à la SF ses normes drastiques, à base de sobriété et de réalisme forcené. Film carré s’il en est, Outland donnait à voir au spectateur une vision de l’avenir crédible, grâce notamment au soin maniaque apporté aux décors du métrage. Et forcément, le film de Hyams réussit sans peine à traverser les décennies, avec la même classe qu’un Alien ou un Blade Runner auxquels il emprunte quelques éléments épars avec déférence. La comparaison avec Alien est d’ailleurs presque impossible à éviter. Sorti deux ans après le film de Ridley Scott, Outland en récupère cette vision d’un futur industriel débarrassé des chromes rutilants et des combinaisons moulantes : l’espace n’est plus une terre promise, mais un gigantesque chantier où l’on bosse, transpire, picole et crève pour enrichir une compagnie située à quelques centaines de millions de kilomètres. Sur Io, lune de Jupiter transformée en colonie minière, les travailleurs ne sont pas des explorateurs héroïques mais des prolos du futur, soumis aux cadences, aux primes et à une hiérarchie qui considère l’être humain comme une pièce détachée légèrement plus coûteuse qu’un boulon.
Et c’est précisément là qu’Outland trouve sa personnalité. Derrière ses oripeaux de science-fiction se cache en réalité un western pur jus, variation spatiale autour du principe du western Le Train sifflera trois fois. Sean Connery y incarne un marshal débarquant dans une communauté gangrenée par un trafic de drogue, découvrant progressivement que tout le monde préfère fermer les yeux plutôt que risquer sa peau. Les chevaux sont remplacés par des navettes spatiales, le saloon par un bar de station minière et les rues poussiéreuses par des coursives métalliques, mais la mécanique demeure exactement la même : un homme seul, une poignée de salauds et une horloge qui avance inexorablement vers l’arrivée des tueurs. Formellement, Peter Hyams exploite admirablement cette simplicité. Pas besoin d’inventer quinze espèces extraterrestres ou une guerre intergalactique avec des lasers qui font « piou-piou » : le danger vient essentiellement de la cupidité humaine, ce qui coûte moins cher en effets spéciaux et vieillit généralement beaucoup mieux. La mise en scène privilégie les cadres géométriques, les longues perspectives et l’enfermement, transformant la station en immense piège métallique. Même lorsque l’action s’emballe, Outland conserve quelque chose de froid, méthodique et brutal qui lui donne encore aujourd’hui une étonnante modernité.
Porté par une réalisation sans faille, un casting solide (Sean Connery et Peter Boyle sont tous deux remarquables) et une bande originale angoissantissime signée Jerry Goldsmith, Outland s’impose sans trop de peine comme un des meilleurs films – si ce n’est LE meilleur – de Peter Hyams, même si le manque de diffusion semble le condamner à rester toujours aussi injustement méconnu. Mais cet oubli relatif entourant le film est peut-être finalement aussi une des raisons qui le rendent aujourd’hui si attachant. Outland n’a jamais vraiment acquis le statut de monument de la SF accordé à certains de ses contemporains, alors qu’il partage avec eux cette capacité à donner au futur une texture, une odeur, presque une température. Pas de grande révélation métaphysique ni de monolithe noir flottant dans l’espace : simplement des hommes qui bossent trop, une multinationale qui ferme les yeux et un Sean Connery suffisamment remonté pour décider que, bordel, quelqu’un va finir par payer l’addition. Dans le genre, difficile de demander beaucoup plus.




















