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Critique : Pluie d’enfer

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Pluie d’enfer

États-Unis : 1998
Titre original : Hard Rain
Réalisation : Mikael Salomon
Scénario : Graham Yost
Acteurs : Morgan Freeman, Christian Slater, Randy Quaid
Distributeur : UGC Fox Distribution
Durée : 1h37
Genre : Thriller, Action
Date de sortie cinéma : 6 mai 1998
Disponible en DVD / Blu-ray

Note : 3,5/5

Il ne cesse de pleuvoir depuis plusieurs jours sur la petite ville d’Huntingburg. Le niveau de l’eau monte et le barrage situé en amont de la ville menace de céder. Les autorités décident d’évacuer la population. Seuls le shérif, ses adjoints et quelques habitants irréductibles restent sur place. Deux convoyeurs de fonds, Tom et Charlie, viennent chercher l’argent de la banque pour le mettre au sec. C’est le moment qu’attendaient le vieux Jim et ses complices, bien décidés à s’emparer des trois millions de dollars qui dorment dans le coffre…

Sorti sur les écrans du monde entier en 1998, Pluie d’enfer est un film qui fut pas mal « rêvé » avant d’être véritablement vu ; c’est d’avantage une idée, un fantasme. C’est d’abord un pitch de rêve, qui nous narre les aléas d’un braquage qui se complique à cause d’une inondation de folie qui fout un village entier sous l’eau, et qui suit le parcours du tenace flicaillon qui traque les Bad Guys. Sur le papier, difficile effectivement de ne pas saliver : prendre les codes bien balisés du film de braquage, y balancer quelques millions de litres de flotte et regarder tout ce petit monde patauger en essayant de ne pas perdre les biftons en route. A l’époque de la mise en chantier du film, les exécutifs Hollywoodiens ne comprenaient plus rien aux goûts et aux attentes du public, et donnaient de ce fait le feu vert à des projets improbables – une période bénie de quelques années durant laquelle l’usine à rêves semblait prête à mettre des moyens assez considérables au service de concepts de série B complètement zinzins.

Dans Pluie d’enfer, la catastrophe naturelle n’est pas un simple décor mais une mécanique dramatique : plus l’eau monte, plus les alliances se déplacent, plus les motivations deviennent troubles et plus le terrain de jeu se transforme. Et faut avouer qu’au final, le film du danois Mikael Salomon (ancien directeur de la photo, sur le Abyss de James Cameron notamment) se révèle une petite série B plutôt efficace dans son genre, grâce donc à son contexte fort cinématographique et à son interprétation solide (Randy Quaid est étonnant). C’est également l’occasion de voir une série de séquences jamais vues jusque-là et quelques plans superbes (la nuit accentuant l’effet), comme ce générique survolant un matte painting assez bluffant ou cette traque en jet ski dans les couloirs d’un collège.

Le passé de chef opérateur de Mikael Salomon saute d’ailleurs régulièrement aux yeux. Pluie d’enfer est un film sombre, bleuâtre, presque entièrement nocturne, qui tire un maximum de ses décors engloutis, de ses éclairages électriques se reflétant sur l’eau et de ses silhouettes perdues au milieu d’une ville devenue aquarium. La flotte transforme chaque lieu banal en espace de cinéma : une rue devient un canal, une maison un piège, un établissement scolaire un circuit pour jet-skis. Le scénario, lui, reste d’une simplicité presque désarmante, mais il a l’intelligence de redistribuer progressivement les cartes, notamment autour du personnage incarné par Morgan Freeman, suffisamment charismatique pour éviter au braqueur de service de sombrer dans la caricature.

Christian Slater fait quant à lui parfaitement le boulot dans un registre de héros à l’ancienne, davantage occupé à survivre qu’à se construire une psychologie en douze couches. C’est aussi ce qui fait aujourd’hui le charme du film : Pluie d’enfer ne cherche jamais à devenir autre chose qu’une grosse attraction hollywoodienne humide, tendue et généreuse, bricolant son suspense autour d’un environnement qui ne cesse de se dégrader. Pas de mythologie, pas de franchise à préparer, pas de scène post-générique annonçant Pluie d’enfer : Tokyo Drift. Juste des flingues, du pognon, des types pas très recommandables et de l’eau jusqu’aux genoux. Et comme l’ensemble est torché de façon très carrée et professionnelle, on apprécie plutôt le spectacle. Mais comment ne pas se prendre à rêver de ce que le métrage aurait pu donner entre les mains de John Woo, qui fut un moment attaché au projet ?

Car avec le réalisateur de À toute épreuve et Volte/Face aux commandes, difficile de ne pas imaginer les mêmes décors transformés en gigantesque opéra aquatique, avec ralentis, doubles flingues, colombes probablement trempées jusqu’au trou de balle et Christian Slater traversant une fenêtre en tirant dans les deux sens. Un fantasme, quoi. De son côté, Mikael Salomon livre quelque chose de beaucoup plus sage, certes, mais son film conserve cette qualité devenue presque précieuse : celle d’une série B bâtie autour d’une idée simple, immédiatement lisible et exploitée avec suffisamment de savoir-faire pour tenir ses promesses. Pluie d’enfer n’est peut-être toujours pas tout à fait le film que son pitch faisait fantasmer. Mais vingt-cinq ans plus tard, dans un paysage hollywoodien nettement moins porté sur ce genre de folies autonomes, son petit déluge a pris un sacré charme.

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