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À revoir sur Pluto TV : Sunchaser

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Sunchaser

États-Unis : 1996
Titre original : The Sunchaser
Réalisation : Michael Cimino
Scénario : Charles Leavitt, Michael Cimino
Acteurs : Woody Harrelson, Jon Seda, Anne Bancroft
Distributeur : Warner Bros.
Durée : 2h02
Genre : Thriller, Drame
Date de sortie cinéma : 29 mai 1996
Actuellement disponible sur Pluto TV

Note : 3,5/5

Un brillant cancérologue proche de la consécration, aux dépens de sa famille, est pris en otage par un patient, Brando Blue Monroe, jeune métis indien, qui se sait condamné par une tumeur incurable. Il veut retrouver le lac enchanté situé dans les montagnes sacrées du Colorado, dont un sorcier navajo lui a chanté les vertus curatives lorsqu’il était enfant. Lors de ce voyage forcé et mouvementé, le médecin découvre progressivement la véritable personnalité de son ravisseur et remet peu a peu en question ses propres valeurs…

Il est toujours intéressant de voir des réalisateurs ayant sondé dans leur œuvre passée les tréfonds les plus sombres et les plus désespérés de l’âme humaine se tourner, au détour d’un film, vers une exploration des sentiments les plus positifs et les plus généreux que l’on puisse imaginer. George Miller a habilement choisi la métaphore animale avec Babe, le cochon devenu berger en 1995, Michael Cimino, plus frontal, a choisi de traiter le sujet en racontant la poignante histoire de deux hommes que le destin a lié l’un à l’autre dans Sunchaser, son dernier long-métrage, sorti en 1996.

Alors on vous voit venir : le rapprochement entre ces deux films pourra certes sembler suffisamment saugrenu pour provoquer quelques luxations de sourcils, mais il dit finalement assez bien quelque chose de la démarche de Michael Cimino. Après avoir filmé l’Amérique comme une immense machine à broyer les individus, les rêves et parfois les corps, le cinéaste choisit ici la fuite, presque la guérison. Celle-ci passe par un road-movie dans lequel deux hommes que tout oppose – un cancérologue blanc, riche et cynique, et un jeune délinquant métis condamné par la maladie – vont peu à peu abandonner leurs positions respectives à mesure que la route dévore les kilomètres.

Et parce qu’il a choisi un sujet sensible en en faisant sans détour un drame humain bourré de pathos, Michael Cimino a été, lors de la sortie du film dans les salles, la cible de tous les quolibets et de toutes les moqueries. Pour autant, trente ans plus tard, il ne serait pas étonnant de voir le film enfin réhabilité. Certes, Sunchaser n’évite pas certains écueils dus à son sujet difficile (un certain manichéisme dans la représentation des flics par exemple), mais il faut admettre que cette belle histoire d’amitié véhicule un paquet d’émotions très fortes et poignantes. De plus, le film a plutôt très bien supporté les outrages du temps, avec son atmosphère intense et électrique, son rythme parfait, et son duo d’acteurs formidables (Woody Harrelson et Jon Seda).

Le plus beau reste néanmoins la façon dont Michael Cimino transforme progressivement un récit de cavale en véritable voyage initiatique. Plus les deux hommes s’éloignent des villes, des hôpitaux, des routes balisées et de leurs identités sociales, plus Sunchaser se rapproche du western, jusqu’à retrouver ces paysages gigantesques dont le cinéaste a toujours su faire autre chose que de jolies cartes postales. Chez Cimino, l’espace américain possède une dimension presque métaphysique : il écrase l’homme tout en lui offrant paradoxalement la possibilité de renaître. La quête de Brandon devient alors autant celle de Blue, chacun cherchant dans le désert quelque chose que la médecine, l’argent ou la violence se sont révélés incapables de lui offrir.

Qu’on le veuille ou non, Sunchaser restera une œuvre puissante et hypnotique, à l’image des westerns auxquels Cimino rend un ultime hommage en tournant la moitié de son métrage dans le Grand Ouest américain, aux côtés des indiens qui accompagnent et guident les héros du film. Et puisqu’il s’agit du dernier long-métrage réalisé par Michael Cimino, difficile aujourd’hui de ne pas voir dans cette traversée vers un ailleurs presque mythologique quelque chose d’un adieu au cinéma. Un adieu imparfait, volontiers mélodramatique, mais d’une sincérité désarmante : celle d’un immense cinéaste qui, après avoir tant filmé les blessures de l’Amérique, choisissait finalement de terminer sa carrière en cherchant comment les guérir.

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