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À revoir sur MyCanal : The Wicker Man

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The Wicker Man

Royaume-Uni : 1973
Titre original : –
Réalisation : Robin Hardy
Scénario : Anthony Shaffer
Acteurs : Edward Woodward, Christopher Lee, Diane Cilento
Distributeur : StudioCanal
Durée : 1h35
Genre : Fantastique
Date de sortie cinéma : 10 janvier 2007
Actuellement disponible sur MyCanal

Note : 5/5

Le sergent Howie de la police de Western Highland arrive à Summerisle, une petite île privée de la côte ouest de l’Écosse, pour enquêter sur la disparition présumée d’une jeune fille. Ce qui commence comme une enquête de routine devient une confrontation entre le policier dévot et les étranges coutumes et rituels ayant cours à Summerisle…

The Wicker Man est un de ces films étranges sur lesquels le temps n’a pas d’accroche. Dans sa forme, il ressemble aux productions Hammer Films de l’époque, tout en se démarquant complètement d’elles. Il suit par exemple la progression typique du récit d’épouvante à la Hammer : un personnage auquel s’identifie le public se retrouve au cœur d’une situation dans laquelle il devient un élément perturbateur (ici le sergent Howie découvrant les mœurs bizarres de Summerisle). Il y aura ensuite confrontation, et retour à la normale.

Enfin, « retour à la normale », façon de parler : c’est précisément à cet endroit que le film de Robin Hardy commence à sérieusement savonner l’escalier. Car dans The Wicker Man, la normalité est une notion particulièrement élastique. Pour le sergent Howie, elle passe par Dieu, la morale chrétienne et une sexualité soigneusement rangée dans un tiroir avec les chaussettes du dimanche ; pour Lord Summerisle et ses administrés, elle implique plutôt de chanter dans les champs, de copuler joyeusement et d’envisager le sacrifice humain comme une activité communautaire tout à fait raisonnable. Le génie du film consiste justement à ne jamais véritablement désigner lequel de ces deux mondes serait le plus « normal ».

Ainsi, dès le départ, The Wicker Man s’écarte un peu du schéma narratif Hammeresque classique : le personnage principal, ancré dans ses croyances profondément religieuses, ne facilite pas forcément l’identification du spectateur. Le film est également très diurne, et très musical (il y a quelques séquences chantées dans le film, et ce sont peut-être elles qui marquent le plus durablement le spectateur), et s’oppose par conséquent aux productions Hammer de l’époque, se déroulant plutôt de nuit, et où la musique n’intervenait pas vraiment. Le film est également très « sexuel » (la danse d’invitation aux délices de la chair de Britt Ekland reste dans les mémoires de tous les spectateurs masculins), et comporte certaines idées barges sorties d’on ne sait où (la main/bougie censée endormir le policier).

Et c’est probablement cette accumulation d’éléments contradictoires qui explique pourquoi The Wicker Man demeure aussi fascinant cinquante ans après sa sortie. Robin Hardy fabrique de l’horreur avec du soleil, des fleurs, des chansons et des gens souriants. Rien ou presque ne correspond aux signes habituels du genre : Summerisle ressemble davantage à une destination pour brochure touristique légèrement hippie qu’à l’antichambre de l’Enfer. Pourtant, un malaise diffus s’installe immédiatement. Les chansons folkloriques, la sexualité omniprésente et les rites païens deviennent progressivement les pièces d’un gigantesque puzzle dont Howie refuse longtemps de considérer l’image d’ensemble. Même Christopher Lee, impérial sous les oripeaux de Lord Summerisle, abandonne les ténèbres gothiques auxquelles son visage était associé pour une inquiétante bonhomie en plein soleil.

Mais l’élément le plus surprenant de The Wicker Man reste incontestablement son final, amoral au possible, lorsque les habitants de Summerisle dansent et chantent paisiblement, dans des costumes bariolés et le sourire aux lèvres, alors qu’à l’intérieur du « Wicker Man » (un géant d’osier brûlé en l’honneur des dieux), périt misérablement le sergent Howie, se réfugiant dans les prières afin de mieux supporter son calvaire. C’est également là toute la force de ce final, qui confronte des hommes aveuglément retranchés dans leurs croyances (les habitants / le policier), au point de ne pas voir à quel point ils sont semblables. Les prières du mourant et les chants des insulaires se mélangent jusqu’à ce que, dans le dernier plan du film, la tête du Wicker Man, courbée par les flammes, s’effondre pour laisser place au soleil, symbole positif ultime.

Et c’est là que The Wicker Man devient beaucoup plus retors qu’une simple opposition entre christianisme raisonnable et paganisme barbare. Howie et Summerisle parlent finalement deux dialectes différents d’une même langue : celle de la certitude absolue. Chacun possède sa vérité, ses rites, ses interdits et sa conception du sacrifice. Le premier accepte de mourir plutôt que de renier sa foi ; les seconds acceptent de tuer parce que la leur l’exige. Aucun doute ne traverse véritablement leurs convictions, et cette symétrie donne au dernier acte une puissance assez vertigineuse.

Reste alors ce soleil apparaissant derrière l’effondrement du colosse d’osier. Image superbe, presque obscène dans son optimisme : la nature continue, parfaitement indifférente aux croyances, aux prières, aux chansons et aux hommes qui brûlent pour elles. Peut-être est-ce finalement elle, la seule divinité réellement toute-puissante de The Wicker Man. Et plus de cinquante ans plus tard, tandis que Howie brûle toujours sous un ciel radieux et que les habitants continuent de chanter, le film de Robin Hardy n’a effectivement pas pris une ride. Il est même devenu plus étrange encore – ce qui, pour un film où Christopher Lee gambade en robe et où une main coupée sert de somnifère, constitue déjà une assez remarquable performance.

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