Critique : Le procès de l’herboriste

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Le procès de l’herboriste

République tchèque : 2020
Titre original : Charlatan
Réalisation :
Scénario : Marek Epstein
Interprètes : , ,
Distribution :
Durée : 1h58
Genre : Biopic, Drame, Historique
Date de sortie : 30 juin 2021

4/5

Bien que polonaise de naissance et de nationalité, c’est à Prague, la capitale de ce qu’on appelait alors la Tchécoslovaquie, qu’ a fait ses études de cinéma. Pour être plus précis, à la FAMU, considérée comme une des meilleures écoles de cinéma du monde. Après avoir travaillé comme assistante auprès des réalisateurs polonais Krzysztof Zanussi et Andrzej Wajda, après avoir réalisé un court métrage et quelques films pour la télévision, a réalisé en 1979 son premier long métrage de cinéma, Acteurs provinciaux, film présenté à la Semaine de la Critique Cannoise de 1980. C’est avec Europa Europa, une coproduction germano-franco-polonaise de 1990, que la réalisatrice a fini par rencontrer un véritable succès critique et public. Ne cessant de passer d’un pays à l’autre en matière de production, de passer d’un écran à l’autre, petit et grand, n’avait pas convaincu l’ensemble des spectateurs avec son dernier film, L’ombre de Staline, sorti entre les 2 confinements dans notre pays. On peut augurer davantage d’unanimité positive avec Le procès de l’herboriste, dont la première projection publique eut lieu en févier 2020 lors du Festival de Berlin 2020 !

Synopsis : Dès son plus jeune âge, Jan Mikolášek se passionne pour les plantes et leurs vertus médicinales. Il devient l’un des plus grands guérisseurs de son époque. Dans la tourmente de la guerre et des crises du XXe siècle, il consacre sa vie à soigner sans distinction les riches comme les pauvres, les Allemands nazis sous l’Occupation comme les fonctionnaires communistes d’après-guerre. Sa popularité finira par irriter les pouvoirs politiques. Accusé de charlatanisme, Mikolášek doit alors prouver le bien-fondé de sa science lors de son procès.

Véritable don ou charlatanisme ? Qu’importe, après tout !

L’affiche du film nous prévient : « Inspiré de faits réels » est-il écrit. Autre indication fournie par l’affiche : « L’homme qui défia l’état ». De fait, une indication réductrice, car c’est bien deux états, deux régimes, que Jan Mikolášek, un tchèque qui a vécu de 1889 à 1973, a défié durant sa carrière d’herboriste, le régime nazi pour commencer, puis le régime communiste. Ce fils de jardinier s’était très tôt intéressé aux fleurs et aux plantes médicinales et, entre les deux guerres mondiales, il avait acquis dans son pays une grande réputation de guérisseur. Véritable don ou pur charlatanisme ? En fait, le véritable but du film, dont le titre original est « Charlatan », n’est pas de répondre à cette question. Tout l’ « art » de Jan était de faire des diagnostics à partir de l’observation visuelle de flacons d’urine : il regardait un flacon à la lumière et cela lui permettait de deviner le sexe et l’âge de la personne à l’origine de cette urine, ainsi que l’affection qui le touchait, puis de dicter à son assistant un traitement à base de plantes. Vous conviendrez que cela ressemble fort à du charlatanisme, mais voilà, pendant longtemps, Jan Mikolášek a réussi à faire croire à son don les nazis puis les dirigeants communistes qui leur ont succédé. Peut-être pas tous les dirigeants communistes, mais au moins l’un d’entre eux et pas des moindres : Antonín Zápotocký qui fut Premier Ministre puis Président de la République de la Tchécoslovaquie juste après la seconde guerre mondiale et qui avait recours aux services de Mikolášek. C’est d’ailleurs par les derniers moments de cet homme que commence le film, un moment crucial pour Jan Mikolášek car la perte de la protection dont il bénéficiait de la part de Zápotocký va donner le champ libre à ses détracteurs, à tous ceux qui voyaient en lui un charlatan ou qui se contentaient de le jalouser. C’est par une telle scène qu’on commence à déceler le véritable but de : montrer et dénoncer l’arbitraire qui règne lorsqu’un pays vit sous un régime autoritaire ou dictatorial. Qu’importe, après tout, que Jan Mikolášek ait été ou non un charlatan puisque son sort, in fine, ne dépendait que de celui qui tenait les rênes du pouvoir.

Une construction intelligente

C’est avec beaucoup d’intelligence que a construit son film : commençant par l’agonie et la mort de celui qui protégeait Jan Mikolášek depuis la tête de l’état tchèque, et le terminant par le procès de l’herboriste, elle retrace petit à petit toute une vie en faisant appel à de nombreux flashbacks. Sans aucun manichéisme, elle nous montre Jan Mikolášek dans toute sa complexité, un homme strict, voire parfois rude dans son comportement, un homme persuadé qu’il a un don, un homme qui ne profite pas vraiment de sa richesse tout en étant capable de beaucoup de générosité avec certains patients n’ayant pas les moyens financiers de le payer, un homme tiraillé entre sa foi et son attirance pour celui qui est devenu son assistant, Frantisek Palko, un homme, enfin, sachant rester très digne lors de son procès. Par le plus grand des hasards, Le procès de l’herboriste présente un intérêt particulier auquel n’avait surement pas pensé, son film ayant été tourné avant l’arrivée de la pandémie : celui de nous plonger dans ce que nous n’avons que trop bien connu durant les 18 derniers mois, les querelles intestines du monde de la médecine, les accusations de charlatanisme et l’utilisation d’autres épithètes injurieuses bien senties.

Romanesque et esthétiquement soigné

Film passionnant faisant preuve d’un souffle romanesque indéniable, Le procès de l’herboriste est également un film à l’esthétique très soignée, une qualité que l’on doit bien sûr à la réalisatrice mais également, tout autant, au Directeur de la photographie slovaque, . Une scène, en particulier, mérite d’être mise en exergue, une scène qui « vaut le voyage », comme dirait le guide Michelin : celle d’un dialogue entre Jan Mikolášek et son accusateur, avec les têtes des deux personnages bien éclairées dans une moitié de l’écran, tout le reste de l’écran étant sombre.

Dans le contexte d’un film embrassant la vie entière d’un homme, il était impossible de faire jouer le rôle de Jan Mikolášek par un seul comédien. a résolu le problème en faisant appel à un père et son fils : Jan Mikolášek jeune est interprété par , le fils du grand acteur tchèque de théâtre, de télévision et de cinéma qui lui, incarne, un Mikolášek plus âgé. Un choix d’autant plus judicieux que , que la réalisatrice avait déjà dirigé dans la mini-série Sacrifice, est d’une prodigieuse justesse tout au long de sa prestation. Quant à Frantisek Palko, celui qui s’est imposé comme assistant de Mikolášek, celui auquel ce dernier n’est pas insensible mais qui va se révéler source de problème, c’est , un comédien slovaque, qui interprète son rôle avec toutes les nuances qu’il réclame.

Conclusion

A force de passer d’un pays à l’autre en matière de production, à force de passer d’un écran à l’autre et vice-versa, on pouvait penser, à la vision décevante de L’ombre de Staline, qu’ n’avait plus en elle les qualités lui permettant de réaliser un grand film. Il n’en est rien : Le procès de l’herboriste est un grand film, tant au niveau du fond, avec sa dénonciation subtile de l’arbitraire qui règne lorsqu’un pays vit sous un régime autoritaire ou dictatorial, que de la forme, avec une esthétique particulièrement soignée et un montage très intelligent.

3 Commentaires

  1. Une escroquerie cinématographie et scénaristique… lourde et prétentieuse… Ou comment salir la mémoire d’un homme qui aux yeux de A. Holland a été un insupportable chrétien… ce qui visiblement lui pose un problème. Ce film déforme complètement la vie de ce guérisseur et herboriste, Jan Mikolášek , persécuté par le régime communiste, alors qu’il est encore très célèbre en actuelle république tchèque et ancienne Tchécoslovaquie pour les milliers de guérisons exceptionnelles qu’il a provoquées, proche de nombreux médecins et professeurs qui l’ont par ailleurs soutenu toute sa vie malgré sa pratique médicale peu orthodoxe. A. Holland en fait un charlatan (c’est d’ailleurs le titre original du film), un homosexuel pathologique à moitié pervers (avorteur à ses heures pour obéir à des pulsions qu’elle invente totalement), reprenant à son compte les accusations totalement puantes du régime communiste du début des années 1960 pour éliminer ce personnage aimé du peuple.
    Le régime communiste tchèque de l’après guerre est évidemment attaqué dans ce film et mis sur le même pied que le régime de l’Allemagne nazie, mais A. Holland et son scénariste M. Epstein (le bien nommé…) sont des anti-chrétiens visiblement pathologiques. Il s ne peuvent supporter que cet homme ait pu être un mystique totalement dévoué aux malades pour qui il se dévouait et a risqué sa vie à plusieurs reprises. Il n’existe pas un seul témoignage en Tchécoslovaquie ni aucun commencement de preuve étayant le scénario d’Epstein dénaturant totalement la vie et l’œuvre de Jan Mikolášek.
    Sur le plan cinématographique, c’est lourdaud et du sous-Hollywood. Esthétique glauque et direction d’acteur raide. L’acteur principal ne se cache pas dans ses interviews en république tchèque de ses difficultés avec la réalisatrice visiblement plus intéressée par filmer les scènes de cul de l’acteur que par la vérité psychologique du personnage.
    Il y a eu de très grands réalisateurs polonais, Wajda, Munk , Kawalerowicz, Kieslowsk i, Polanski.
    A. Holland est très très très loin de leur niveau…
    mais elle trouve régulièrement de généreux financements pour salir finalement les pays qui l’ont vu naître et étudier et surtout pour y distiller une sous-culture du néo-libéralisme mêlée à une haine du génie (voir son film raté ‘Verlaine et Rimbaud’…) et des sources civilisatrices chrétiennes de ces pays qui ont su tenir le choc du communisme.

    • J’ai l’impression que nous n’avons pas vu le même film. En effet, je n’ai jamais eu l’impression que A. Holland cherchait à salir Jan Mikolášek, bien au contraire.

  2. merci Jean-Jacques Corrio de votre article sur le film. En effet, il vaut mieux aller voir ce film plutot que des lire des reactions contre Holland, sans avoir vu le film. Son portrait de l’herboriste est en tout en nuance, et certainement pas contre lui! Au contraire!

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