Test Blu-ray : Les valseuses

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France : 1974
Titre original : –
Réalisation :
Scénario :
Acteurs : , ,
Éditeur : Gaumont
Durée : 1h57
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 20 mars 1974
Date de sortie DVD/BR : 1 juin 2021

Série noire pour Jean-Claude et Pierrot. D’abord, ils découvrent à leurs dépens que les gens n’aiment pas qu’on leur fauche leur voiture. Ensuite, Pierrot, blessé par une balle mal placée, est inquiet pour sa virilité. Il la retrouvera avec Marie-Ange, shampouineuse pas bégueule. Pas de chance : elle est plus frigide que la Terre entière. Pour couronner le tout, les voilà complices d’un meurtre. Y a des jours comme ça !

Le film

[5/5]

Valseuses [valsœ:z] Subst. fém. plur. : Testicules. Synonymes : gonades, roubignoles, roupettes, roustons.

Quoi qu’aient pu en penser les vierges effarouchées qui poussèrent leur cris d’orfraie lors de la sortie du film en 1974, avec , avait fait le choix de la transparence, les posant littéralement sur la table. Personne n’a été pris en traitre, et le public ne s’y est pas trompé, réservant au cinéaste le plus grand succès de sa carrière. Avec 5,7 millions d’entrées en France, s’est en effet imposé comme un immense succès populaire, révélant les personnalités de , et .

Véritable « bombe » au cœur du cinéma français, a surtout permis au public de découvrir la plume de , sa tonalité, sa musique, bref son style, souvent imité, jamais égalé. Avec ce deuxième film de fiction après Si j’étais un espion (1967), il s’affranchissait de l’ombre envahissante de son père, libérant la parole et la narration avec une telle audace qu’on ne peut s’empêcher d’y voir le geste d’un artiste capital, qui réussira, quelques années plus tard, à réconcilier la critique et le public autour d’une œuvre dont la cohérence est tout simplement unique dans le paysage cinématographique français.

Car était une révolution – un film au moins aussi important que les premiers de la Nouvelle Vague à la fin des années 50. On salue d’ailleurs bien bas l’intuition de Jeanne Moreau, qui, douze ans après Jules et Jim, prenait part ici à une deuxième remise en cause des codes formels et narratifs du cinéma français. Comme la plupart des œuvres de , nous propose une véritable « vision » : celle d’un hexagone représenté comme un no man’s land construit sur les ruines des désillusions de mai 68, et où l’humanité – ou ce qu’il en reste – semble à la dérive, traversant l’existence comme dans un rêve et se laissant dominer par toutes ses pulsions.

La mort et la sexualité se côtoient donc de près dans , le tout étant également largement teinté d’une touche d’absurde, et de beaucoup d’humour. Les principaux protagonistes de sont deux jeunes désœuvrés, des « loubards » comme on le disait à l’époque, fauteurs de troubles passant leur temps à harceler les femmes et à provoquer un système et une société qui sont, pour eux, des synonymes d’exploitation et d’aliénation. Jean-Claude (), sauvage et dominant, est un artiste primitif du chaos. Pierrot () semble un peu plus sensible, S’il ne fait pas toujours confiance à l’instinct de son ami, il n’hésite en revanche jamais à le suivre. La relation entre les deux hommes est trouble, et dépasse largement le stade du simple schéma dominant / dominé. Un lien puissant les unit ; celui-ci est d’ailleurs peut-être même amoureux, et en tous cas très sensuel / sexuel – ils font l’amour ensemble aux mêmes femmes, ils se lavent ensemble sans la moindre pudeur, et semblent partager bien plus qu’une simple amitié.

Entre les deux, bien sûr, il y a les femmes : , Jeanne Moreau, Brigitte Fossey, . Chacune représente une étape, une vision du monde. Les films de fonctionnent selon un ensemble de règles et de codes très particuliers. Le cinéaste aime ses personnages, même si ces derniers ont beaucoup de mal à s’intégrer au reste de la société ; il les aime mais n’hésite pas non plus à mettre le doigt sur leurs blessures profondes, voire même à les humilier. Ainsi, les personnages évoluant dans semblent tous autant qu’ils sont voués à l’échec. Ils sont faibles, leurs actes n’étant motivés par leurs instincts primaires ; les personnages féminins quant à eux sont des femmes soumises, ne retrouvant de contrôle sur elles-mêmes et sur les autres que lorsqu’elles font l’amour.

La fine ligne qui sépare la comédie du drame dans – et dans le cinéma de Blier en général – est très ténue. Certaines scènes sont en effet extrêmement drôles, mais ces dernières sont souvent empreintes de malaise, voire même d’un certain désespoir. Et au fur et à mesure que le récit avance, le miracle se produit : alors que le spectateur devient un compagnon de route de ces petites frappes incarnées par et , il commencera à pardonner l’impardonnable, et même à les trouver franchement sympathiques. Contrairement à ce qu’ont pu écrire certains critiques à la sortie du film en 1974, ce n’est pas que Blier esthétise la violence et/ou la décadence, bien au contraire. Dans le monde de Blier, tout est graveleux, et la notion même de « beauté » n’existe pas. Cependant, on ne peut que s’attacher à ces personnages d’éternels adolescents agités qui semblent uniquement voués au plaisir des sens, et qui trouvent le sens de la vie à travers le sexe, le rire, l’aventure, la complicité. La fuite en avant.

Caricatural, drôle, provocateur, bête et méchant – est clairement un peu de tout ça. Cependant, grâce à l’écriture unique en son genre de et à l’interprétation habitée de son duo d’acteurs principaux, le film développe également une intense et incontournable poésie. Une véritable magie qui incitera le spectateur à acquiescer aux derniers mots du film, lorsqu’il se voit invectivé par les personnages à l’écran. « On est pas bien, là ? » Si. On est bien.

Le Blu-ray

[4/5]

Après avoir fait l’objet de plusieurs éditions DVD depuis 1999, débarque donc ENFIN aujourd’hui au format Blu-ray, sous les couleurs d’. Encore famélique il y a seulement deux ans, l’offre Haute-Définition tournant autour de la filmographie de s’est maintenant un peu étoffée : une dizaine de ses films sont aujourd’hui disponibles en France en Blu-ray, contre trois en 2019.

Du point de vue de « l’objet » en lui-même, le Blu-ray des Valseuses est une édition simple, et la conception graphique de la jaquette semble volontairement très similaire aux éditions de chez Gaumont. Côté Blu-ray, la copie est globalement d’une très belle propreté, malgré quelques légers outrages liés au temps qui demeurent un peu visibles. Cela dit, on préférera toujours quelques imperfections n’ayant pu être gommées numériquement que le lissage abusif que pratiquent, encore aujourd’hui, certains éditeurs, sans même se rendre compte à quel point ils dénaturent parfois les œuvres. Ici, le grain argentique est respecté à la lettre, le piqué est d’une finesse et d’une précision vraiment étonnantes, la profondeur de champ est remarquable. Les détails sont très bons, avec de nombreux gros plans offrant une profondeur merveilleuse et une clarté considérablement améliorée par rapport aux antiques éditions DVD du film. Bref, c’est du très beau boulot, naturellement proposé en 1080p – on est assurément en présence d’un très beau Blu-ray, techniquement très solide. Côté son, c’est la grande classe également : le film est proposé dans un classique mixage DTS-HD Master Audio 2.0, mono d’origine. L’ensemble est assez frontal, mais enthousiasmant. Évidemment, il ne s’agit pas de la dernière démo technique destinée à décrasser votre système audio, mais là n’est pas non plus l’esprit du film… Pas de bonus.

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